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XIU XIU Réalisé par Joan Chen - Chine - 1997
Avec Li Xiaolu, Lopsang, Gao Jie, Lu Yue, Yan Ping Wang

Note : 8/10
Résumé
Dans la Chine de 1975, la Révolution culturelle touche bientôt à sa fin. Xiu Xiu, fille d’un tailleur de Chengdu est l’une des dernières « intellectuelles » à être envoyée à la campagne dans le cadre des ‘ Mesures de rééducation de masses’ dont les objectifs sont sérieusement remis en question.

Joan Chen, célèbre actrice chinoise naturalisée américaine depuis peu, débute avec Xiu Xiu en 1997 ses premiers pas dans la réalisation après avoir brillé dans les années 70 pour « Little Flower » jusqu’aux oeuvres occidentales de Bernardo Bertolucci et Oliver Stone.

Xiu Xiu sera suivit en 2000 d’un automne à New York, en 2003 de The Unwanted et fut interdit en Chine car contenant des scènes de nudités loin de mettre l’actrice sous le meilleur de son profil chinois.
Présent à Vesoul, Xiu Xiu nous délivre la vie d’une jeune fille innocente et joyeuse, qui s’engage avec coercition du jour au lendemain dans la jeunesse, envoyée en campagne. Selon le camarade Mao les citadins y apprendront la solidarité, les métiers qui serviront et honoreront le peuple chinois. Xiu Xiu fait entièrement confiance à son pays et quitte sa famille, ses amis. Parmi ces derniers, un jeune homme l’aime secrètement et nous en conte son éphémère jeunesse.

Xiu Xiu est emmené dans une contrée du Tibet où seul les steppes habitent le paysage. On la laisse à la responsabilité de Lao Jin, éleveur de chevaux et ancien soldat émérite dont la précision de tir impressionnait ses camarades. La jeune citadine doit s’habituer rapidement à l’environnement et ne dispose que d’une tente pour seule habitation. Xiu Xiu est tout de même rassuré car elle connaît la situation délicate de Lao Jin. En effet lors de combats fratricides, Lao Jin a perdu sa masculinité d’un coup de couteau prévue à cet effet .

Mais cette fille n’est pas là pour ne rien faire. Elle apprend l’équitation, manipule des chevaux afin de devenir l’élite de l’armée tel des valkyries chinoises. Son apprentissage est long et dure de nombreux mois dans un lieu désertique. Elle a de plus en plus conscience qu’elle ne rentrera pas chez elle comme cela était prévu. Un homme responsable de la mission communiste locale lui fait miroiter un retour possible en l’échange de quelques rapports sexuels. Lao Jin n’était pas prêt à cette situation et sa tente devient une étrange maison close pour des hommes de la campagne en quête de sexe. Tous ces hommes perdus au milieu de nulle de part s’invente des responsabilités afin de donner un peu d’espoir à Xiu Xiu. Mais plus elle couche avec ces diables, plus elle y vend son âme…

Difficile de rester sans réaction devant un long métrage d’une telle atrocité sociale. Joan Chen met en cause la période de la Révolution Culturelle et ses effets sur toute une jeunesse. La plupart y survivront mais pour d’autres ces années seront les pires de leurs vies. On sait par exemple que Chen Kaige a dû dénoncer son père en place publique. Ici Xiu Xiu y perd son innocence et le peu d’honneur qu’elle avait. Traitée comme un objet sexuel que l’on se renvoi telle une balle et malgré la protection de Lao Jin, Xiu Xiu est seule maître de son destin. Tous les hommes mis à part ce dernier profiteront de cette fille qui dans sa désespérance la plus totale assumera ses actes et sa sexualité débridée.

Son impatience et sa naïveté la pousse à coucher avec des hommes (le sont ils encore ?) qu’elle croit aux relations importantes qui pourrait lui donner les clés du paradis, à savoir un retour à Chengdu.

Pourtant Xiu Xiu se sent si bien en la présence de Lao Jin qui la traite comme un précieux trésor. Même si cette vie ne lui convient pas, elle y apprend de nombreux savoir faire mais malheureusement aucun savoir être.

Elle devient victime de la barbarie des soi-disant communistes plus en proie à leur satisfaction sexuelle qu’à la solidarité commune.

L’interprète de Xiu Xiu, Li Xiaolu, accusant une forte ressemblance avec Zhou Xun, fait preuve d’un grand talent et donne au cinéma chinois l’un des meilleurs diamants bruts à peaufiner afin de certainement devenir l’une des plus grandes actrices de la patrie au drapeau rouge serties d’étoiles. Entre impertinence, tristesse, joies éphémères et désenchantement, Li Xiaolu en dévoilant son corps, évènement rare pour une actrice en Chine, à su montrer l’ampleur de ses sentiments et la perspective d’une grande carrière.

Les terribles évènements s’enchaînent jusqu’à une fin certes poétique mais qui certainement d’un peu de courage et d’audace. Lao Jin interprété par le tibétain Lopsang n’est pas en reste puisqu’il est dans cette sombre comptine l’ange gardien aux remords ineffaçables. Sa qualité de jeu lui vaut tous les honneurs de la presse de l’époque.
Alors après projection nous taraude plusieurs réflexions : Qu’en aurait il si Lao Jin n’était pas impuissant ? Est-ce que lui aussi aurait profité de la jeune fille ? Est-ce que Xiu Xiu était elle totalement irresponsable ou avait elle donné choisit son destin ? La faute est elle uniquement à la Révolution culturelle ou à ces « gui zhi » chinois ? (NDLR : gui zhi = démons, terme utilisé par les chinois pour parler des occidentaux et des japonais).
Le cœur meurtrit, le souvenir de ces scènes superbes à cheval sous la lune, Xiu Xiu donne naissance à une œuvre brute et puissante, réactionnaire d’une période douloureuse dans l’histoire chinoise. Comme ce garçon plein d’amour, le cinéphile se souviendra longtemps du visage de Xiu Xiu jusqu’à en conter sa vie sans fin.

Hinomura


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