GENRE
: Comédie
Les dissensions entre le Japon et la Corée sont ancestrales,
on le sait. Plus que de dissensions, c'est de haine qu'il s'agit lorsque
le Japon commença à occuper la Corée au début
du XXe siècle. Jusqu'à ce que la Seconde Guerre Mondiale
arrive et que le Japon grand perdant, puissance hégémonique
assommée se relève lentement de ses traumatismes. En
1945, la Corée est libérée. Une autre guerre
ne tardera pas à voir le jour, résultant en une séparation
géographique du territoire en 1953. Mais ça c'est une
autre histoire, celle que nous conte nombre de productions coréennes
de nos jours. Ici, c'est d'un film japonais qu'il s'agit et l'action
se situe à Kyoto en 1968. Des coréens ont été
"importés" de force lors de la colonisation de la
péninsule pour servir comme main d'oeuvre peu chère.
C'est donc toute une diaspora coréenne qui habite dans l'archipel
à cette époque. Deux clans s'affrontent dans les lycées
coréens et japonais de Kyoto. Cette violence civile est exacerbée
par les tensions politiques qui existent alors dans la région
sino-coréenne.
Dans ce tumulte, Kosuke, étudiant japonais tente de jouer les
conciliateurs et trouver une issue honorable pour les deux clans.
Peine perdue. Ceux-ci s'enferrent dans encore plus de violence gratuite.
Pourtant Kosuke est amoureux de Kyung-ja (jouée par Erika
Sawajiri) la soeur d'An-sung, le leader du groupe coréen
qui rêve de repartir en Corée. Ce n'est pas sans difficultés
qu'un japonais fait ses premiers pas dans la communauté coréenne.
C'est sur le ton de l'humour que Kazuyuki Izutsu aborde la
question et c'est sans doute, comme souvent, le meilleur moyen d'exorciser
les vieux démons. Et la réussite de We shall overcome
someday, c'est que cette comédie fonctionne à merveille.
Elle souligne les attraits et les travers de chaque culture, elle
n'hésite pas à jouer de l'auto-dérision (groupies
japonaises en délire, professeur caricatural) et à pincer
les Coréens, là où ça fait mal (leur tempérament
de feu, les nerfs à vif et une immense fierté de leurs
origines). Et dans l'assistance, composée en majorité
de Coréens, ça rit à gorge déployée,
la bonne humeur est communicative et c'est là la magie du film.
Un réalisateur japonais, en mettant en scène des rivalités
sanglantes entre les deux pays a su trouver le ton juste pour, à
la fois inciter chacun à l'auto-critique et mettre l'accent
sur l'absurdité de querelles encore existantes à l'heure
actuelle. Il en ressort deux heures de pur bonheur cinématographique
avec des acteurs incroyablement justes (bien que tous japonais!),
une mise en scène soignée qui ne laisse pas de répit
dans les scène de combat et ménage quelques moments
de calme pour revenir sur l'origine historique de ces luttes.
Et au travers du couple naissant qui se veut préfigurer le
dégel des relations nippo-coréennes, on peut mesurer
bien plus que cela. Une chanson coréenne interdite à
l'époque "Imgin River" devient le symbole unificateur
de deux peuples dans une scène d'une émotion intense,
partagée par tous dans la salle. Le silence se fait, les coeurs
battent la mesure de cet hymne salvateur et lorsque les lumières
se rallument Japonais et Coréens auraient envie de se jeter
dans les bras les uns des autres. Enfin...il ne faut pas exagérer
non plus! Ah, c'est beau le cinéma! C'est pour des moments
inoubliables comme ceux-là qu'on va voir des films. We shall
overcome someday est absolument à voir pour qui veut mieux
comprendre l'Histoire derrière l'histoire et passer, sans se
priver, deux heures d'intense jubilation cinématographique.
Courage les gars, vous devriez parvenir à surmonter ça...un
jour! |