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Travellers
and Magicians de
Khyentse NORBU
- Bhoutan - 2003
Avec Tshewang
DENDUP , Deki YANGZOM
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VOYAGEURS
ET MAGICIENS : 2003 - GENRE :
Aventure, Romance-
NOTE : 9 / 10
Résumé
Dondup, fonctionnaire dans un minuscule village des montagnes du
Bhoutan, rêve de partir faire fortune aux Etats-Unis. Pour
cela, il ne lui manque qu'un visa qu'il doit aller chercher à
pied dans une lointaine grande ville.
Il chemine avec un vendeur de pommes et un moine qui, jour après
jour, lui raconte l'histoire de Tashi, un jeune fermier qui, lui
aussi, voulait changer son existence mais vit ses plans modifiés
par une rencontre amoureuse.
Lorsqu'un marchand et sa très belle fille se joignent aux
marcheurs, la fable du moine trouve, chez Dondup, un écho
qui va changer son destin...
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| "Peu de personnes
savent situer le Bouthan et d'ailleurs ce n'est pas grave"
annonce, placide, Lhakpa Dorji, un des acteurs du film
lors de sa présentation officielle, ici à Deauville.
Pourtant ce joyau terrestre, enclavé entre deux géants,
l'Inde et la Chine a des trésors à revendre. Trésors
de simplicité et de spiritualité d'abord. Dans
ce royaume bouddhiste situé au sud du Tibet où
l'on trouve plus de moines bouddhistes que de soldats parmi
les deux millions d'habitants, un décret royal a fixé
le Bonheur National Brut comme prévalant sur le Produit
National Brut. |
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C'est
dans ces paysages accidentés, forestiers pour la plupart
(plus de 60% du territoire, une surface à préserver,
également sur décret royal) et magnifiquement
mis en lumière par Alan Kozlowski (Pacific Ocean
Post) que Khyentse Norbu nous conte l'histoire de Dondup.
Nouveau fonctionnaire dans un minuscule village à flanc
de montagne et bien décidé à ne pas y moisir
longtemps, il projette de partir pour le pays de ses rêves,
les Etats-Unis pour y faire fortune. Manquant le bus qui doit
le conduire à Thimphu où l'attend son visa, il
est alors contraint de faire du stop et une partie du chemin
à pied.
Au fil des kilomètres, c'et un vendeur de pommes, un
moine puis un marchand et sa fille qui deviennent ses compagnons
de route. C'est donc a priori à un road-movie des plus
classiques que nous convie Khyentse Norbu. Mais racontée
jour après jour, nuitée après nuitée
par le moine, l'histoire de Tashi un jeune apprenti-magicien
qui rêve lui aussi de rejoindre de nouveaux horizons et
voit ses plans modifiés par une rencontre amoureuse apporte
au film une dimension fantastique et initiatique. |
Comme dans La Coupe en 1999, Khyentse Norbu a travaillé
ici avec des acteurs non professionnels. La performance est d'autant
plus remarquable lorsqu'on sait que la distribution rassemble des
gens venus des quatre coins du pays, ne parlant pas les mêmes
dialectes, qu'ils ont dû collaborer avec des équipes
d'Australie, Allemagne, Inde, Canada et Etats-Unis et tourner en dzongkha,
la langue officielle du Bouthan mais réellement parlée
par un quart seulement de la population. Ces deux histoires intriquées
ont pour but de se faire écho l'une l'autre, de jeter en miroir
les deux destinées qui se dessinent. Ce travail est souligné
par un montage précis, soigné et signé John Scott
et Lisa-Anne Maris déjà compères sur La Coupe
et Un Américain bien tranquille (Philip Noyce).
Les
personnages que dépeint le film, ces voyageurs et magiciens
sont tous intéressants en cela qu'ils constituent la
trame archétypique d'un conte initiatique. Dondup
(Tshewang Dendup), nouveau fonctionnaire impétueux
incarne la modernisation du Bouthan, l'impatience de la jeune
génération qui préfère refuser des
postes prisés et gratifiants mais peu payés contre
une place au soleil (de l'Amérique). La jeune
fille Sonam (Sonam Lhamo) qui sacrifie son futur
à son père.
Mais est-ce seulement un sacrifice? Symbole d'un certain conservatisme
et d'une observation respectueuse des traditions. - elle sera
d'ailleurs celle qui symbolise le retour et la tempérance
de Dondup - Le vendeur de pommes béat, le "ravi
de la crêche" qui n'a point d'avis sur la question
mais reste souriant et trouve tout "merveilleux".
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Son regard profond
en dit pourtant plus sur la philosophie de vie de son peuple. Et le
moine, le sage de l'histoire, sorte de chur antique annonçant
les présages et les destinées. Accompagné de
son instrument traditionnel à cordes, il est le conteur clairvoyant,
le prêcheur complice de la troupe, celui qui apaise et réveille
à la fois. Il nous ouvre les yeux sur ce "pays de rêve"
qui en a fait déchanter plus d'un, comme ce certain Tashi
(Lhakpa Dorji) qui, se retrouvant malgré lui dans
une chevauchée étrange qui le mène à Deki,
épouse d'Agay (Deki Yangzom). Il ouvre les yeux
sur un pays, le Bouthan, sur sa lumière, du bleu fantomatique
au jaune ocre de ses terres brûlées.
Voyageurs et Magiciens, ce nom sonne comme le titre d'un conte et
c'est de cela qu'il s'agit. Une quête imaginaire où ce
qu'on recherche nous ramène inexorablement là d'où
l'on est parti, où la musique est aérienne, spirituelle,
comme la récitation des sutras, sobre et limpide, où
quelques plans géniaux nous font penser à Beinex - le
feu de camp devant cette paroi taggée de peintures bouddhiques
-, où la magie des effets spéciaux bien infusés
apporte au récit une saveur subtile. C'est un film à
la croisée des chemins de voyageurs, où "l'on ne
peut aller plus loin", mais où l'on n'en a pas besoin.
Voyageurs et Magiciens incarne peut-être un tournant dans le
paysage cinématographique de ce pays et une ouverture plus
grande, mais sans concession, à l'Occident. Mais comme nous
l'enseigne le Bouddha: "ce qu'on espérait hier, on
le redoute aujourd'hui". Il reste à espérer
que "cette fable aux confins du monde sur la valeur de l'amour
et les risques de l'ambition" préserve le Bouthan des
perturbations de notre propre civilisation. Mon coup de cur
du festival. Sortie le 21 avril. |
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Mystere Vic
Mars 2004 Festival du Film Asiatique de Deauville
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