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VAGUES INVISIBLES (Invisible waves)
de Pen-Ek RATANARUANG
- Thailande - 2006
Avec : Tadanobu Asano , Gang Hye Jung, Maria Cordero, Mitsuishi Ken, Eric Tsan |
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GENRE : Drame
NOTE : -/10
RESUME :
Après avoir supprimé l’épouse adultère de son patron sur les ordres de celui-ci, Kyoji, un jeune cuisinier japonais, part se faire oublier en Thaïlande. Sur le bateau qui l’emmène à Phuket, il rencontre Noi, belle jeune femme mystérieuse, qui voyage avec son bébé. Il s’aperçoit bientôt qu’il est suivi et comprend qu’on cherche à l’éliminer…
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Après leur précédente collaboration sur Last Life in the Universe, le réalisateur thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang, la vedette japonaise Asano Tadanobu (Ichi the Killer) et le chef opérateur australien Christopher Doyle (2046) se retrouvent sur une autre histoire imaginée par le scénariste Prabda Yoon. En résulte un étrange film noir mettant l'âme humaine à nu.
Le quotidien monotone du cuistot japonais Kyoji se retrouve chamboulé le jour où il reçoit pour mission d'éliminer la petite amie de son employer avec laquelle il entretient une relation. Rongé par la culpabilité, l'assassin accepte la proposition de son chef de partir quelques jours en Thaïlande. Son voyage ne sera pas de tout repos, une mystérieuse jeune femme lui faisant chavirer son cœur et de prétendus amis réclamant…sa vie.
| "Notre collaboration se voulait organique" confie Pen-Ek Ratanaruang au cours de sa tournée promotionnelle hongkongaise. "Nous n'avions pas besoin de mots pour nous comprendre…et pas besoin d'explications pour saisir le fond de cette histoire". |
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Invisible Waves est une expérience cinématographique à vivre. Dans la droite lignée de ses précédents, Ratanaruang exploite avant tout les émotions de personnages plongés au cœur de folles aventures. Que ce soit le personnage de la jeune femme obligée de suivre le présage du vieil homme dans Fun Bar Karaoke; la chômeuse découvrant une importante somme d'argent devant sa porte dans 6xty-N9ne; la folle épopée de Pan dans Monrak Transistor ou l'imprévu destin de l'étranger Kenji dans Last Life in the Universe...l'univers du réalisateur thaïlandais est peuplé de personnages totalement dépassés par les événements. Simples pantins de cahoteux scénarios imprévisibles, ils vivent leurs histoires comme un rêve éveillé. Invisible Waves pousse le principe à son paroxysme.
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Le personnage du cuisinier japonais semble totalement dénué du moindre sentiment; il ne laisse jamais transparaître la moindre émotivité, que ce soit au cours de ses rituels quotidiens ou au cours d'un meurtre de sang-froid absolu; face à des objets récalcitrants ou en tentant d'échapper aux nombreux attentats sur sa vie. Seules ses malaises allant en se multipliant pourraient symboliser un rejet physique de son corps rongé par un sentiment de culpabilité. |
| L'incarnation de Kyoji comme un somnambule (ou un fantôme) est renforcé par la bande son constituée d'un bruit sourd quasi imperceptible et les quelques mesures jouées au xylophone.
Le français Robert Bresson avait habitude de demander à ses acteurs de se dénuer de leurs émotions pour se plier totalement à l'histoire et de ne pas influencer le spectateur; Pen-Ek – au contraire – aime à entourer ses personnages principaux de figures secondaires survoltées. Tel le mystérieux "Lézard", prétendu ami de l'employeur de Kyoji et fin adepte du karaoké; son apparente bonne humeur n'est qu'une façade – l'émotion ne servirait-elle alors qu'à berner son prochain? |
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Invisible Waves est avant tout le travail du scénariste Prabda Yoon, qui aime à laisser planer de larges zones d'ombre et de privilégier le non-dit. Déjà perceptible dans son premier One Night Husband, il avait fait merveille en combinant son singulier univers à celui de Ratanaruang sur leur commun Last Life in the Universe. En revanche, Yoon n'avait que moyennement apprécié à ce que le réalisateur change la fin et n'a accepté une nouvelle collaboration que sous la seule condition à ce que son scripte soit respecté à la virgule près. |
L'avantage est de voir se dessiner les contours parfaitement esquissées de son particulier univers: un certain réalisme mélangé à des éléments fantastiques et les nombreux hommages à d'autres auteurs. Invisible Waves fait énormément penser à La Prisonnière Espagnole de David Mamet, autre film noir tacite et ambigu, où chaque point d'une machination machiavélique (ou d'une paranoïa aigue) devenait sujet à de multiples interprétations. Jacques Tati est ouvertement cité lors de la traversée en bateau: des objets du quotidien se transforment en de pièges redoutables; les personnages, cadrés de loin, ne s'expriment plus que par onomatopées et les bruitages deviennent le principal ressort comique.
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Kubrick sera l'ultime référence au détour d'une scène de bar directement reprise au Shining pour illustrer les prémisses d'une descente aux enfers du personnage principal; puis un malicieux Redrum (Murder = Meurtre écrit à l'envers) bariolé d'une main ensanglantée sur un mur pour illustrer le poids de la conscience du personnage principal.
Ces multiples (auto-)références présentent le danger de rebuter une bonne partie de son audience. L'œuvre tend – du coup – vers le nombrilisme (voire l'élitisme), loin des intentions premières de l'œuvre, qui est justement de créer la distanciation.
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Il faut donc accepter de se laisser aller au fil d'une intrigue absolument imprévisible et de ne pas succomber à la tentation à forcément vouloir comprendre; faire abstraction du formatage cinématographique tentant d'imposer que les personnages évoluent forcément en fin de film. Or, un être n'apprend pas forcement de ses erreurs, ni ne s'humanise en une petite heure et demi de film. Kyoji écope donc naturellement du sort qui lui est réservé…Fatal ou sans incident – la résolution est dans la juste logique de son scénario.
Happy |
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