"
J'ai planté un cactus espérant vivre cent ans "
chante Sun-Ye Lee dans Too young to die du réalisateur coréen
Jin Pyo Park. A 72 et 73 ans Chi-gyu Park et Sun-ye Lee connaissent
le renouveau amoureux après une vie qu'on présume à
la fois vide et bien remplie. Le chant de la jeunesse que Jin Pyo
Park revisite ici à la mode contemporaine, celui qui dit que
le temps est cruel, qu'il faut cueillir la fleur de la jeunesse avant
qu'elle ne se fâne. Il démontre au contraire qu'alors
qu'on imagine tout fini, la vie, les désirs, la séduction,
la jalousie, tout peut encore reprendre du sens passés soixante-dix
ans.
Chi-gyu Park et Sun-ye Lee jouent ici leur propre histoire, celle
d'un couple qui (re)commence une vie, un charme malicieux au coin
des lèvres, mêlé à une douce ingénuité
dans leurs regards nous font d'emblée adhérer à
leur histoire. Mais Jin Pyo Park s'amuse des nerfs et de la patience
des spectateurs ; et dans une scène provocante par sa longueur,
non son contenu (filmé crûment, sans complaisance mais
pudiquement), il déclenche facilement une vague de commentaires
ou de protestations. On comprend son discours : le temps a besoin
de lui-même pour exister. Le réalisateur veut laisser
respirer le récit au rythme de ses acteurs et de leurs ébats
sexuels laborieux mais stimulés par un amour qu'on sait sincère.
Toujours est-il qu'à ignorer l'art de l'ellipse, le film s'appesantit
de ces longueurs, de ces plans fixes parfois interminables. On reconnaîtra
volontiers à Jin Pyo Park le droit d'être provocant,
on ne s'étonnera pas plus, par conséquent, des nombreux
départs de la salle au milieu de la projection. Le parti pris,
en revanche, est intéressant : vouloir isoler la relation des
deux amants en occultant quasi-systématiquement le monde alentour
renforce la veine stendhalienne du récit. Les fleurs de cette
jeunesse, psalmodiée, scandée comme une incantation
s'effacent dans des premiers et des arrière-plans flous pour
ne faire le point que sur les deux personnages. La banlieue coréenne,
les scènes de marchés, le tout filmé en numérique
disparaissent derrière un cadrage stylé.
En
voulant illustrer d'une belle manière le chant de la jeunesse,
poème classique de Corée du Sud, Jin Pyo Park a choisi
de nous faire partager des saynètes de la vie quotidienne
de ce couple à la fleur de l'âge, encore trop jeune
pour mourir. La réalité se rappelle pourtant maintes
fois à eux, la maladie surgit mais la foi demeure. Entre
fiction et documentaire, le réalisateur a opté pour
une voie hybride qui ne plaide pas forcément en sa faveur.
Mais on lui admettra au moins d'avoir été jusqu'au
bout de son idée, sans en faire trop (soixante-sept minutes).
Une manière de rappeler que si le temps est assassin, il
est aussi précieux
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