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Three Times de HOU HSIAO HSIEN - 2004 - Samourai - JAPON
Avec Shu Qi, Chang Chen, Mei Fang, Liao Su-Jen

NOTE : -/ 10
Résumé
Quel est le meilleur de tous les instants? C'est un moment d'euphorie qui ne reviendra jamais. Nous en avons la nostalgie, non parce que c'est le meilleur, mais parce que nous l'avons perdu à jamais. Notre mémoire en conserve seulement des réminiscences et, de cette manière, cet instant demeure le plus beau. Trois époques, trois histoires, 1911, 1966, 2005, incarnées par le même couple, May (Shu Qi) et Chen (Chang Chen). Ce conte sentimental évoque la triple réincarnation d'un amour infini.

Hou Hsiao Hsien est fétichiste, au point de revisiter son passé et ses précédents films. Three times sont dernier opus présenté à Cannes cette année a été remonté à l’occasion du 10 e festival du film de Pusan qu’il inaugure ce 6 octobre 2005. Des rumeurs diront qu’il y eut autant de version que de présentations officielles (Toronto, New-York, etc.) mais HHH préfère dire qu’il a toujours eu cette manie de remanier. Quoiqu’il en soit, Three times dépeint 3 histoires d’amour, a priori similaires mais qui prennent pied dans trois époques et donc dans trois réalités différentes. Plus qu’un revival de ses anciens films, c’est une étude sur la façon dont un contexte social, politique, historique influence les relations de couple.

En effet, premier volet, l’époque du milieu, 1966, celle de la révolution culturelle en Chine. Mais à Taïwan qui fut occupée un demi-siècle par les japonais depuis la fin du XIXe, les influences sont tout autres. Base arrière de l’armée américaine durant la guerre du Vietnam, ce sont aux chansons des Platters, « Smoke gets in your eyes » et des salles de billiard que les adolescents taïwanais grandissent. Chen rencontre May dans son club de billiard préféré juste avant de partir à l’armée. Il lui promet de lui écrire. Celui-ci semble un coureur de jupons invétéré mais May lui répondra. Cette époque rappelle celle de Boys from Fengkuei.
Deuxième époque 1911, Taïwan est alors occupée par les Japonais dont Mr Chang un lettré de l’île accompagné de Mr Liang (Qi-Chiao Liang, un révolutionnaire exilé) cherchent à se débarrasser. C’est dans ce contexte diplomatique tendu que la courtisane et son client régulier Mr Chang échangent à demi-mot sur la situation du pays et celle de la maison. Après avoir vendu une des jeunes courtisanes au propriétaire d’un salon de thé, la patronne demande à la courtisane de prolonger son contrat. Mr Chang semble être indifférent à la situation de celle-ci. Il part pour le Japon collecter des fonds. Mais il lui écrit et au travers des lignes teintées de passion politique, la Courtisane croit entrevoir un amour indicible. Cette époque renvoie aux Fleurs de Shanghai qui peignait déjà la situation des courtisanes à la fin de la dynastie des Qing.

Enfin troisième époque, retour à aujourd’hui, 2005, Taipei, capitale de l’île. Jing est une chanteuse épileptique, née prématurée avec un souffle au cœur et une vue déclinante d’un œil. Chen travaille dans un labo photo digital et est artiste photographe. Leurs rencontres sont toujours torrides et animales. Les deux sont aussi dans une autre relation. Chen avec sa petite-amie et Jing avec une autre petite amie Micky qui l’aime passionnément. Où ces deux couples entrelacés vont-ils pouvoir trouver la plénitude ? Ce volet au rythme d’une techno mâtinée de punk et des sonneries de téléphones portables renvoie invariablement à Millenium Mambo dont Shu Qi était également l’héroïne.

Donc on pourrait se demander légitimement ce que peut apporter le réalisateur avec ces trois histoires mêlant trois époques différentes. C’est qu’en fait, il ne faut pas les prendre comme trois sketches individuels mais comme l’illustration des mêmes sentiments incarnés par les mêmes acteurs (Shu Qi et Chang Chen mais aussi les seconds rôles) et leur évocation dans trois climats différents. D’ailleurs aucune des trois histoires n’a de fin, sauf peut-être le premier volet où l’on peut entrevoir une happy end. C’est plutôt le thème choisi pour ces trois contes qui compte : 1966, un temps pour l’amour. Insouciance, émancipation, les jeunes pensent aux flirts et pas au lendemain. 1911, un temps pour la liberté, le contexte politique et social l’emporte inéluctablement sur la profusion des sentiments qui demeurent secrets et retenus.

2005, un temps pour la jeunesse. Titre ironique ? Une jeunesse émancipée certes, mais en proie au doute, à la douleur et au malaise. Le réalisateur insiste sur le parallèle fait entre ces trois époques en mettant en scène des actions répétées dans chacune d’elle : Nettoyage et préparation du billard par l’assistante de salle. Allumer la lampe à huile au début du 20 e siècle. Les séances de photos en 2005. Les romances épistolaires commencent au début du film par les lettres que Chen envoie à Haruko, la première assistante qui font écho aux lettres calligraphiées par Mr Chang en 1911. Enfin les sms sont la nouvelle forme de communication contemporaine. Une forme de communication qui frise l’incommunicabilité. Jing ne répond pas au téléphone. Aliénée par sa santé, elle veut se libérer de toute contrainte.

La mise en scène est toujours soignée chez HHH. Jeux d’ombres et de lumières, beaucoup d’intérieurs, jeu sur le flou, on passe d’une boule de billard à une autre, d’un visage à l’autre. Cette esthétique très particulière rappelleront donc à certains de très bons souvenirs et laisseront d’autres plus circonspects. Ce ne peut être parfait. Mais le réalisateur s’applique à démontrer son propos. Il va jusqu’à rendre le deuxième épisode muet, comme le cinéma d’avant le parlant. Avec des encarts textuels. Cette manœuvre pourra laisser sceptique, je la trouve au contraire très respectueuse d’une certaine idée du cinéma que se fait HHH. Il peut se permettre sur un tiers de film ce qu’il n’aurait pas pu se permettre sur les Fleurs de Shanghai au risque de lasser voire dégoûter le spectateur non averti. Officiellement ce subterfuge permet d’éviter la complexité de langage liée à la coexistence du chinois et du japonais, à l’époque langue officielle. Shu Qi joue bien, même très bien dans ce film. Elle sait adapter les nuances de son jeu à l’époque. Certains la préféreront sans doute dans la deuxième partie (1911) où elle s’insère à merveille. Sachez qu’elle préfère quant à elle la première (1966) où elle s’est amusée dans des vêtements très féminins. Chang chen y tient également une place honorable à ses côtés quoique plus constant en raison de ses personnages moins loquaces. Quant à HHH, il partagera sans aucun doute le goût de ses acteurs pour 1966 puisque cette histoire, ce moyen-métrage est en fait issu de sa propre expérience. Il tomba effectivement amoureux d’une assistante de salle avant de partir à l’armée à cette même époque. Comme quoi, un temps pour aimer, un temps pour se libérer, un temps pour renaître, Hou Hsiao Hsien a choisi de revenir à ses premières amours, et de danser encore cette valse à trois temps.
Mystere Vic – 10 e PIFF – Octobre 2005


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