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The silent holy stone
de Wanma Caidan - 2005 -
Avec Luosang Danpei |
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Filmé dans un village tibétain, avec des acteurs tibétains non professionnels, par un réalisateur tibétain, The silent holy stone est ou devrait être un film tibétain. Malgré tout, c’est un film chinois, approuvé par le Bureau du film tourné dans une province qui, depuis maintenant quelques dizaines d’années, fait partie du grand empire du milieu. Mis à part cet épiphénomène qui en fait une œuvre politiquement correcte, sans sujet qui fâche, ce film vaut le détour. Un grand détour par les montagnes de l’Himalaya qui voudrait faire croire que le pouvoir central contrôle tout alors qu’il ne contrôle (presque) rien. Isolés du monde, isolés d’eux-mêmes, les Tibétains poursuivent sur leurs sentiers millénaires la quête de l’existence en appréhendant la marche du monde.
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Dans un temple perdu dans un petit village du Tibet, un jeune lama vit avec son vieux maître et professeur non loin de Sa Sainteté, réincarnation d’un être sage et éveillé, qui n’a que l’âge de regarder des séries à la télévision et a déjà les égards dus aux leaders religieux d’un âge avancé. L’action se déroule à la veille du nouvel an lunaire, époque de l’année où le jeune lama doit rejoindre sa famille pour quelques jours. Pendant ce retour aux sources, il tombe sur un objet de culte, hautement sacré sur l’autel familial, la télévision, nouvellement arrivée dans la demeure.
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Et pour couronner le tout, Le Roi des Singes, The monkey king et le moine de la dynastie Tong en saga VCD dont le jeune lama voudrait bien faire partager les aventures à son maître, lui qui connaît et conte si bien la légende du moine. Un petit écart à la rigueur monastique ne peut pas faire de mal à l’occasion du nouvel an et cet objet controversé qu’est la télévision ne fera qu’une courte escale dans le temple. Voilà le poste embarqué à dos de mulet vers le temple bouddhiste. Oui, mais, le jeune lama finirait par prendre goût à ces activités ludiques. |
The silent holy stone dépeint la vie dans le Tibet contemporain entre valeurs identitaires fortes et appât de la modernité. Ce jeune lama est la fierté de sa famille et du village. Vivre en accord avec les préceptes du Bouddha apporte l’harmonie et la chance sur son entourage. Dans ce village reculé, la vie est encore très marquée par les traditions et les superstitions. Mais, au moins, ce monde vit dans un climat paisible, rythmé par les saisons, et la vie, et la mort. Les personnages sont émouvants à commencer par le grand-père d’un calme olympien qui n’a rien à envier au vieux lama. Les acteurs de la troupe sont de vrais acteurs, les seuls. Et ce rassemblement populaire le jour du nouvel an dans une lumière radieuse, les retrouvailles du jeune avec ses frères et sœur, son enthousiasme devant toutes les nouveautés dont il est privé durant l’année font plaisir à voir. |
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Bref le gouvernement central de Pékin est loin. On ne sent pas son influence. Et pourtant, la Chine est là, omniprésente, menaçante. A l’instar du petit frère qui, en lieu et place des sutras et mantras du lama son frère, apprend les mathématiques et la géographie à l’école locale. Et c’est là qu’il apprend que le Tibet est en Chine et qu’historiquement il l’a toujours été. Mais avant tout, ce qu’il faut retenir, c’est son évaluation des trois leçons de l’école, comme échelle de statut social : « Si tu apprends l’arithmétique, dit-il à son frère, tu peux devenir comptable dans le village. Si tu apprends le chinois, tu pourras partir travailler dans une grande ville en Chine. Le tibétain ? A quoi ça sert d’apprendre le tibétain ? » . |
Ce constat amer fait planer sur le Tibet la menace d’une perte d’identité. Et paradoxalement, c’est ce « en Chine » qui sauve cette identité de l’oubli. Pour ces Tibétains, acteurs non-professionnels le temps d’un film entièrement tourné en tibétain par un réalisateur engagé, le Tibet sera toujours un voisin de la Chine. Un voisin, seulement ! Et si les opportunités que promet ce grand pays sont à la hauteur des horreurs qu’il leur a fait subir, ils resteront avant tout Tibétains, dans le cœur et dans l’âme. |
Et dans ce monde spirituel où la télévision est un nouveau moyen de propager le savoir et la culture avant d’être une menace impérialiste, un vieil homme sur le chemin du Temple au village continue de graver des pierres sacrées, inlassablement, comme un testament inachevé d’une vie consacrée au bien et au dévouement. |
Mystere 10e PIFF - Octobre 2005
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