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THE HOST de Bong Joon-Ho - Corée - 2006
Avec : Song Kang-Ho, Byeon Hee-Bong, Bae Du-Na, Park Hae-II, Ko Ah-Seung, Lee Jae-Eung
GENRE : Thriller Monstre
NOTE : 9/10


Voir site officiel : THE HOST
VOIR LA BANDE ANNONCE : BANDE ANNONCE
VOIR LE TEASER : TEASER

Cinéma Coréen disponible chez Asia-Diffusion

Que reproche-t-on au cinéma hollywoodien ? Ses personnages archétypiques ? Ses scénarios indigents dont on découd le fil blanc dès les cinq premières minutes ? Ses effets spéciaux outranciers ? Et ce mélange de patriotisme exacerbé et de fatuité démesurée ? Bref tout ce que n’est pas The host. The Host, c’est le nouveau film à grand spectacle coréen qui se moque ouvertement du film à grand spectacle. C’est l’humour coréen mêlé à l’efficacité de son cinéma qui décrédibilise définitivement un récent Godzilla américain.

Entrée en matière : en moins de cinq minutes, le décor est planté. Un médecin légiste sur une base américaine implantée en Corée du Sud, visiblement en mal d’autorité, exige du grouillot de passage qu’il jette à l’évier, donc –via les égouts– à la rivière Han, du formaldéhyde, produit dont les effets tératogènes ne sont plus à démontrer. Deux ans plus tard, deux pêcheurs coréens remarquent une petite créature dégoûtante dans les eaux de la rivière. Quatre ans plus tard, la petite bête devenue grande a décidé de s’en prendre à la ville de Séoul, un garde-manger inépuisable, s’il en est. En cinq minutes donc, on y est.
Là où le cinéma américain aurait attendu les deux tiers du film pour nous montrer la créature, nous la dévoilant par petits bouts –ici une queue s’emparant d’une pauvre victime, ici une langue baveuse, là encore un œil tapi dans la pénombre, eh bien ici les auteurs choisissent d’entrer dans le vif du sujet. A quoi bon attendre la fin du film quand on peut s’offrir dès les cinq premières minutes une course-poursuite sur les bords de Han et en plein jour derechef ! La bête est découverte par tous les citoyens en même temps, suspendue au pont et piquant une tête dans la rivière. Elle se retrouve en deux brasses pourchassant son casse-croûte sur les berges.
Qui pourrait se moquer ainsi délibérément de l’Amérique si ce ne sont les Coréens qui subissent leur hégémonie colonialiste depuis les années 50. Au point techniquement puisque leur cinéma est aussi efficace que celui de leurs occupants, ils ont aussi très vite appris. Merci, les ricains pour cette contre-leçon totalement décalée et ouvertement critique sur l’ego-nationalisme nauséabond dont Hollywood s’est fait le fer de lance. Bref, les auteurs prennent à contre-pied les codes conventionnels du cinéma hollywoodien pour en brosser une critique acerbe et savoureuse tout en affirmant leur propre identité. Car au fond, le monstre amphibie n’est qu’un prétexte, là au second plan pour foutre la frousse aux personnages et parfois au public (ses apparitions restent bien mises en scène).
Le film vire la majeure partie du temps à la comédie, d’une manière que les Américains pourraient envier aux Coréens tant c’est réussi. Finalement, ces Coréens là, tout aussi patriotes et fiers que peuvent l’être les Américains démontrent ici tout le recul qu’ils peuvent prendre sur leur histoire et sur eux-même. Ils ne se prennent pas au sérieux. C’est cela qui est rafraîchissant dans cette histoire de mutant. L’impact est le même, l’émotion aussi. Le rire en plus.

Dans quel autre film –hormis les Monty Python, anthologie d’auto-dérision– verrait-on le héros au moment crucial où il doit jeter son cocktail molotov dans la gueule de la bête, le perdre et l’éclater sur le sol derrière lui ? Où pourrait-on voir cette caricature de docteur américain s’exclamant devant Park : « Mais pourquoi n’avez-vous pas appelé les media, les organisations humanitaires, la police, le FBI ? » avant de lui faire une ponction cérébrale à vif en clamant que le virus dont la bête est l’hôte a totalement attaqué son cerveau. Quelques autres clichés bien placés et c’est une championne de tir à l’arc –les Coréens en ont fait un sport national– qui se met à bander dès qu’elle aperçoit la bête et se la mange en pleine tronche. L’impérialisme américain dénoncé également, quand le monstre devient un « mâle de destruction massive » qu’il faut absolument que les Américains anéantissent « face à l’incompétence du gouvernement coréen à gérer cette crise ». Rappelons-nous qu’ils en sont à l’origine, toute ressemblance avec des faits actuels ne serait que fortuite.

Et de trouver une nouvelle arme, après le formol balancé à la rivière, l’agent jaune censé éradiquer « tout agent biologique à des kilomètres à la ronde » : les humains y compris donc ! Une référence très bien sentie à l’agent orange, dioxine utilisée durant la guerre du Vietnam sur les populations et ayant entraîné des mutations génétiques indescriptibles.
Ce n’est donc pas seulement contre Hollywood que le cinéma coréen se rebelle, la fin de la loi sur les quota de films nationaux annonçant sérieusement la mort des « petits » auteurs coréens. C’est contre le système américain tout entier. Et c’est un véritable brûlot que l’on lit entre les images, une dénonciation de cinquante années d’occupation, d’abus et d’iniquité. Que valent les vies de centaines de Coréens morts lors de l’attaque initiale du monstre, lorsqu’un officier de l’armée américaine a perdu le bras en combattant courageusement le monstre et en contractant le virus.
Ce film n’est pas sans rappeler qu’habituellement, ce sont les Américains qui remakent les films asiatiques (question de « goût culturel » nous dit-on, mais surtout de recettes financières). Ici la recette est la même. Pourtant la cuisine coréenne est on ne peut plus savoureuse qu’un Godzilla ou un King-Kong parce qu’il ne s’agit pas d’un remake justement. La sauce asiatique prend mieux que nulle part parce que Bong Joon-ho (Memories of Murder) a les moyens et l’inspiration pour concrétiser ses idées sur grand écran. Une tragi-comédie catastrophe à déguster pour les plus fins palais.

Mystere Vic – Quinzaine des Réalisateurs – 05/06/2006

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