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THE WORLD - de Jia Zhang-Ke - 2004 - Chine
Avec : Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue, Jiang Zhongwei, Wang Yiqun  


GENRE : Drame socilogique
NO
TE : 6/ 10
Résumé
Tao, jeune chinoise du nord émigrée à Pékin, passe son temps à voyager entre Paris et Tokyo, Ulan Bator et Le Caire, en passant par New Delhi ou Londres.
Que fait-elle ? Elle est simplement danseuse dans un parc d’attraction qui reproduit, au tiers, tous les plus grands monuments des grandes capitales mondiales.
Perdue dans cette usine à rêves, elle s’interroge sur son avenir, sur sa relation avec son petit ami Taisheng et assiste à la mutation inexorable du pays…

C’est la première fiction de Jia Zhang-Ke, distribuée en Chine après «  Xiao Wu, artisan pickpocket », «  Platform », «  Plaisirs Inconnus », tous interdits par le bureau d’Etat.

Non, le réalisateur n’a pas baissé les armes. Les autorités chinoises ont tout simplement renoncé à lui mettre des batons dans les roues, probablement en raison d’une renommée internationale grandissante et des multiples sélections dans les festivals les plus réputés. D’ailleurs, ce film recevra le Lotus du meilleur scénario du Festival du film asiatique de Deauville.

Sans pour autant affirmer que le film soit éclairé à la bougie(c’est tourné en numérique), Jia Zhang-Ke ne s’embarasse pas tellement avec sa mise en scène et la qualité de sa photo, malgré le joli et long plan-séquence d’ouverture. C’est du brut, du concret, et ça reste définitivement plus du côté de Sun Zhou ou Lou Ye que de Zhang Yimou .

Mention spéciale pour la superbe musique lancinante de Lim Giong, oui, le même Lim Giong qui travaille avec Triple H (je ne parle pas ici du célèbre catcheur de la WWF, mais de Hou Hsiao Hsien bien entendu.). Pour en avoir une petite idée, ça peut éventuellement rappeler quelques passages composés par Neil Young pour le « Dead Man » de Jim Jarmusch.

Si vous accrochez, vous vous en souviendrez alors avec émotion, en même temps que de l’image de la belle Tao (Zhao Tao) déambulant dans ce monde en miniature .

Parlons à présent du propos développé par le film.
On peut dire que ce dernier opus ne plaira pas à tout le monde.
Certains seront touchés et interpellés par cette critique socio-économique ascerbe et désenchantée, alors que d’autres passeront deux bonnes heures dans les bras de Morphée.
La faute à un film qui confond parfois ambition et folie des grandeurs.
Jia Zhang-Ke veut trop en faire, ça se sent, ça se voit, et ça peut déranger.

Prenons l’exemple de ces séquences d’animations naïves qui chapitrent le film. Elles ne sont évidemment pas là par hasard. Et c’est l’un des défauts de ce film. Il demande au spectateur d’opérer une réflexion permanente, et, en conséquence, établit une distance avec l’oeuvre filmée. On peut donc éprouver des difficultés à y « entrer ».
C’est cependant quasiment du docu-fiction, et Jia Zhang-Ke ne s’en cache pas :
« Mon film pose la question : est-on dans une dynamique de vie ou de mort ? L’accélération du rythme de la vie à Pékin entraine les gens dans un tourbillon, tout en créant chez eux des blessures invisibles. Ils ne s’en rendent pas compte sur le moment. On vit dans un monde virtuel en apparence extrêmement ouvert, mais qui, en réalité, isole….les gens ne sentent plus rien, ils sont comme anesthésiés » déclare-t-il à aux journalistes.

Prudence, donc, aux amateurs exclusifs de cinéma de divertissement.
Pour ce qui est de la frange dure des afficionados de Jia Zhang-Ke et des amateurs de chroniques sociales en général, ils pourront passer de longues heures introspectives à théoriser sur les différents aspects de ce film, qui dénonce en vrac : mondialisation, irruption de la technologie dans les rapports humains, prostitution, pratiques douteuses et magouilles dans le BTP chinois, ou encore matérialisme forcené d’une population qui, hélas, n’a que peu d’autres choses auxquelles se raccrocher.

Presque tous les personnages sont en pleine crise existentielle ou carrément dépassés, mais continuent tout de même à vivoter, le téléphone portable en main, et à espérer une hypothétique amélioration de leur quotidien maussade.
La séquence finale, pour le moins surprenante, est révélatrice de l’objectif engagé du réalisateur. Il lance une sorte de cri étranglé dans le vide. Libre à vous d’adhérer ou pas à son tableau démoralisant.

C’est le portrait d’une Chine qui va vite, trop vite, et qui écrase sauvagement les traînards et les faibles. Une Chine dans laquelle l’argent est souverain et pollue peu à peu une jeunesse déboussolée.

Un film dense et globalement assez pessimiste.

Ursa Minor


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