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TAEGUKGI de Kang Je-Gyu - 2004
Avec JAng Dong-Gun, Woon Bin, Lee Eun-Joo

TAEGUKGI : 2004 - GENRE : Guerre - NOTE : 7/ 10
Résumé
Séoul, Corée du Sud, au début des années 50.
Jin-tae est un cireur de chaussures qui consacre ses modestes ressources à l'éducation de son frère cadet, Jin-suk, et espère envoyer prochainement celui-ci à l'Université. Leur mère, veuve et handicapée, tient une échoppe avec l'aide de la fiancée de Jin-tae, Young-shin, qu'elle a recueillie quelques années plus tôt.
Tous les espoirs de cette famille s'effondrent brutalement le 25 juin 1950, lorsque la guerre éclate. Jin-suk est recruté de force et envoyé sur le front. Jin-tae tente vainement d'intercéder, et subit le même sort. Les deux frères rejoignent cette armée du Sud, mal équipée, mal nourrie, mal organisée, harcelée jour et nuit par un ennemi supérieur en nombre et en force... .

SITE OFFICIEL : TAEGUKGI
Trônant plusieurs semaines durant aux sommet du box office coréen, Taegukgi n'est certainement pas passé inaperçu en la nation puisque environ 1 coréen sur 4 s'est rendu dans les salles obscures afin de goûter à cette retranscription d'une guerre et d'une division entre les deux Corée qui, aujourd'hui encore, fait souffrir et parler. Une guerre d'une violence inouïe que le réalisateur à voulue retranscrire à l'écran (certaines scènes sont en effet plutôt bien située sur la baromètre sanguin) par le biais de l'histoire de deux frères, dont les aléas et les désillusions de la guerre vont petit à petit transformer...
Souvent comparé à tort au Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, Taegugki s'en démarque sur plusieurs points, d'une part par le traitement visuel, beaucoup plus violent et chaotique, certains plans laissant parfois penser que les acteurs ont eu carte blanche pour laisser cette impression de chaos et de furie immaîtrisable, et d'autre part avec scénario, qui, s'il se situe en contexte de guerre, est avant tout l'histoire d'une amitié profonde entre deux frères qui vont être enrôlé de force dans une guerre dont ils ne veulent pas être les acteurs.
Ainsi, le réalisateur pose une certaine forme de mélodrame sur une guerre réelle (la guerre de Corée qui débuta en 1950 et fût aussi courte que violente en opposant les communistes de Corée du Nord, aidés par la Chine, à la Corée du Sud, soutenue par l'impérialisme américain) et redonne naissance à une guerre qui reste encore aujourd'hui trop présente dans le cœur des Coréens (la Corée étant aujourd'hui encore divisée en Nord et Sud) et permet de redorer quelque peu le blason patriotique bien que le réalisateur se garde de tout manichéisme primaire qui aurait pu faire sombrer le film dans le mauvais goût.
Mais plus que ça encore, et c'est sur ce point que Taegukgi est une oeuvre qui ne laisse pas indifférent, Kang Je-Gyu (Shiri, The Gingko Bed), propose une vision non politisée de cette guerre, alors que, rappelons-le, c'était la divergence des idées politiques entre Nord et Sud qui avait en réalité déclencher cet affrontement. L'un comme l'autre des deux camps sont montrés sous une lumière des moins glorieuse, commettant autant d'atrocités (pendaisons, exécutions publiques...) de part et d'autre : le réalisateur préfère se concentrer sur les liens unissant les hommes plutôt que d'opérer à un quelconque jugement politique .
Le scénario est plutôt intéressant et fait la part belle aux séquences mélodramatiques qui viennent contraster lourdement avec la folie des scènes de guerre. Le film débute lourdement avec un adieu précipité entre les deux frères et leur mère, à grand renforts de violons. Enrôlés de force par l'armée coréenne, ils vont atterrir en plein milieu d'un champ de bataille encore vierge où ils vont prendre connaissance avec le reste de la troupe. Un répit de courte durée puisque le terrain se fait rapidement bombardé et Jung-Syeok n'en ressort pas totalement indemne. Dès lors, Jin-Tae va décider de prendre en main le destin de son frère, en dépit de sa propre vie, et faire en sorte qu'il lui soit permis de quitter le champ de bataille s.

Mais pour cela il lui faudra avant tout gagner une médaille d'honneur. Le scénario ne s'éclipse jamais de cette optique du combat : Jin-Tae ne combat à aucun moment au nom d'une idéologie politique mais bel et bien pour sauver celui qu'il aime et qui représente l'espoir intellectuel de la famille. Le film n'en est que plus touchant, d'autant plus qu'il est soutenu par de très bons comédiens.
Comme tout film de guerre qui se respecte, Taegukgi est certes reconnu pour sa trame scénaristique mais aussi pour ses scènes de combat qui raviront les plus acharnés d'entre nous puisque le réalisateur a eu le doigt sur la gâchette lorsqu'il s'agit de filmer des plans saugrenus, et n'hésites pas à nous faire partager le démembrement des soldats coréens .

De ce coté là mieux vaut avoir le cœur bien accroché. La violence est percutante et sans appel, les soldats s'acharnent avec ce qui est disponible sous la main et n'offre que peu de répit à l'adversaire lors d'un affrontement mais, paradoxalement, on n'en ressort pas choqué mais plutôt témoin d'une guerre que l'on imaginait pas si sauvage.

La caméra du réalisateur est au centre même des conflits et subit les assauts et les tirs d'obus, il en résulte des scènes pas toujours très lisible d'un point de vue formel (on ne voit parfois pas très bien qui fait quoi, et finalement, les scènes sanglantes nous apparaissent d'autant plus fortes car mémorisables) mais qui entraîne le spectateur dans ce que l'on est en droit d'appeler un véritable chaos. Le casting est sans reproche avec un Jang Dong-Gun qui va petit à petit plonger dans la folie de cette guerre (il jouait déjà un soldat en pleine folie dans Coast Guard de Kim Ki Duk avec autant de talent), Won Bin (Guns & Talks, le drama japonais "Friends" au côté de Kyoko Fukada) touchant au possible, incarnant une certaine vision de la candeur et de la morale et enfin Lee Eun-Joo (La vierge mise à nue par ses prétendants, Scarlet Letter), à nouveau exceptionnelle dans son rôle et au sourire éblouissant (je tiens à rendre hommage à cette grande actrice qui nous a malheureusement quittée en ce mois de février 2005 à l'âge de 24 ans, paix à son âme, elle aura marqué le cinéma coréen contemporain de manière éblouissante). Une belle brochette d'acteur qui se fait épauler lors de courtes apparitions par ni plus ni moins que Choi Min-Shik (Old Boy, Ivre de femmes et de peinture...) et Kim Su-Ro (S-Diary...) dans des rôles de hauts gradés nord-coréens.

Il manque donc très peu à Taegukgi pour être incontournable car, malheureusement, le film possède également des lacunes, loin d'être quelconques, autant irritantes que dommageables.

Tout d'abord la musique est mièvre et manipulatrice, un comble dans une telle production qui n'avait nullement besoin de cela pour provoquer les émotions. A la composition, on retrouve donc Lee Dong Jun (qui avait déjà opéré sur Shiri et 2009 : Lost Memories) qui en fait malheureusement un peu trop et de manière trop vulgaire, on se sent manipulés dans nos sentiments. Un mauvais point donc. Enfin, on regrettera également que le réalisateur s'offre de trop grandes facilités dans les petites lignes du scénario, sur-exploitant les clichés, cela ne vient pas gâcher la trame principale mais reste tout de même irritant : on ne parvient pas réellement à en saisir l'authenticité. Mais il est vrai qu'avec ses ambitions de blockbuster, là n'était sûrement pas l'enjeu de Kang-Je Gyu .
Musashi


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