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Né à
Shanghai en 1965, il étudie le cinéma à Pékin
puis travaille comme producteur et assistant réalisateur sur
plusieurs longs métrages, tout en signant parallèlement
quelques courts métrages.
Lou Ye est un des dignes représentants de la nouvelle génération
du cinéma chinois. Son premier long-métrage WEEKEND
LOVER (inédit en France) remporte le prix Fassbinder en
94. Il retourne ensuite à la production et favorise alors la
naissance de " Super City ", un projet de dix longs-métrages
mis en scène par les meilleurs jeunes cinéastes chinois.
Son deuxième long métrage, SUZHOU RIVER, est
donc une vraie découverte.En tant que cinéaste de la
" 6ème génération " (en opposition
aux cinéastes de la 5ème génération, plus
réfractaires à l'occidentalisation et auteurs de films
sur la Chine ancestrale), Lou Ye s'autorise à aborder dans
son film des thèmes plus modernes, voire occidentaux comme
l'image de la sirène, un personnage qui n'existe absolument
pas dans la mythologie chinoise.
Il emploie également dans SUZHOU RIVER la méthode
de la caméra subjective, procédé assez rare dans
le cinéma chinois, le caméraman étant ainsi le
narrateur. Cette technique introduit alors un sentiment de réelle
intimité avec les personnages et permet de faire partager aux
spectateurs la fascination du narrateur pour sa jeune héroïne.
Il use également d'une liberté de ton qui fait penser
à un conte qui aurait été inventé au fur
et à mesure du récit, ce qui fait de SUZHOU RIVER un
film à la fois beau et intrigant.
Tourné clandestinement, caméra à l'épaule
dans les rues de Shangai, il a été interdit en Chine. |
| PURPLE
BUTTERFLY |
Réalisateur
: LOU YE
Avec Zi
Yi ZHANG, Ye LIU, Yuangzheng FENG |
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PURPLE BUTTERFLY
- CHINE - 2003
1928. Mandchourie. Itami, un jeune Japonais, tombe passionnément
amoureux de Cynthia, une belle jeune femme chinoise. Le rappel d'Itami
au Japon pour faire son service militaire met un terme à leur
éphémère bonheur et les contraint à la
séparation. Rentrant de la gare où elle a fait ses adieux
douloureux à son amant, Cynthia assiste à l'assassinat
sanglant de son frère par des Japonais d'extrême droite.
Trois ans plus tard, Shanghai est officieusement occupé par
le Japon. L'atmosphère est tendue dans la ville en proie à
la violence et à une anarchie à peine contenue. Cynthia
- désormais connue sous le nom de Ding Hui- officie pour le
Purple Butterfly, un groupe de résistants fomentant l'assassinat
de Yamamoto, le chef des services secrets japonais. Itami est lui
aussi à Shanghai, oeuvrant comme agent secret sous les ordres
directs de Yamamoto.
A son arrivée à la gare de Shanghai où il doit
retrouver sa fiancée, Szeto, un jeune Chinois, est pris à
tort par les combattants de la résistance pour l'assassin qu'ils
ont engagé pour éliminer Yamamoto. Des coups de feu
éclatent et la fiancée de Szeto est tuée par
une balle perdue. Szeto s'échappe avec les membres du Purple
Butterfly qui le prennent tous pour le tueur recruté. Seule
Ding Hui devine la vérité... C'est ainsi que trois destinées
se trouvent liées par le hasard, emportés dans un mouvement
tragique.
SELECTION CANNES 2003 |
| SUZHOU
RIVER |
Su-Zhou
River de Lou Ye - 2000 - CHINE
Avec Zhou Xhun Jia Hongshen
Lou Ye |
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Et
au milieu coule une rivière
S'il est vrai que la nouvelle génération du cinéma
chinois (pourquoi parler de nouvelle vague ? Pas de vague sur une
rivière) a un bel avenir, Lou Ye en est un de ses dignes
représentants. Son film Su-Zhou River interdit en
Chine fait preuve d'une réelle originalité dans
son propos en important un mythe occidental et d'une incontestable
virtuosité dans la forme qu'il emprunte. Un pur joyau à
découvrir en se laissant flotter au rythme de la rivière
Su-Zhou.
Tout
commence par un prologue où le narrateur se laisse porter par
cette rivière qui nourrit Shangaï depuis des temps immémoriaux.
D'emblée son propos est saisissant et un montage syncopé
vient le soutenir d'une manière admirable : Lou Ye, l'auteur
va s'intéresser aux gens, aux destinées qui se tracent
dans le sillage des péniches sur la rivière de l'amour,
tandis que Lou Ye, le narrateur, vidéaste de son état
va promener son il curieux et perçant sur les rues de
Shangaï à la recherche de la vérité qui
déplaît aux gens mais aime à s'enjoliver des contes
et légendes qui bercent l'imaginaire occidental et asiatique
depuis des générations. |
| Peu
importe qu'une sirène n'ait pas sa place dans le folklore chinois
du moment qu'elle permet d'apporter cette touche de magie dont s'enivre
Su-Zhou River et d'illustrer les états d'âme d'une génération
désuvrée en manque de repères. La sirène
c'est Meimei, magnifique et voluptueuse Zhou Xhun qui irradie l'écran
de sa présence. Rares sont les actrices qui, telles Gong
Li ou Zhang
Ziyi emplissent tellement et en même temps s'intègrent
parfaitement au cadre qui leur est imposé par la mise en scène.
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Mais
qui est Mardar ? La légende
raconte, mais était-ce seulement une légende, que ce
jeune coursier s'est, un jour, vu confier une mission inhabituelle,
celle de conduire une certaine Moudan chez sa tante chaque fois que
son père le lui demanderait et que, fatalement, de chevauchées
en soirs d'orages, le couple est tombé amoureux.
Jusqu'au jour où Mardar fut impliqué dans le kidnapping
de Moudan, l'affaire tourne mal et Mardar cherchera pendant des années
celle qui, par amour a sauté dans Su-Zhou River et a promis
de revenir en sirène.
L'amour d'une sirène est inamissible, on n'y échappe
pas. C'est alors que Meimei entre en scène et, par procuration,
deviendra Moudan aux yeux de Mardar. |
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Lou Ye s'amuse, construit son histoire sous nos yeux, virevolte avec
Moudan, danse avec Meimei, les deux histoires intriquées n'en
forment plus qu'une et par une construction géniale reviennent
des séquences qui se font écho tout au long du film.
Des musiques qui s'interpellent et exploitent même (c'est assez
rare pour le préciser) tous les canaux Dolby.
Car Lou Ye emploie tous les moyens à sa disposition pour
servir son scénario : la caméra subjective a des oreilles
et le narrateur en voix off, de s'enfermer dans un monde autiste où
les dialogues deviennent sourds, inaudibles puis reprennent vie grâce
à une bande son superbe |
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Il a besoin de s'isoler, de faire abstraction de son récit
pour mieux s'y plonger, de jouer avec la lumière des enseignes
et de la ville à laquelle les protagonistes viennent se brûler
les ailes. Plongée dans un univers sombre (le soleil n'y apparaît
que pour s'y coucher) qui n'est pas sans rappeler Blade Runner par
nombre d'aspects, la Nuit est reine pour cette Reine de la nuit qui
s'ennuie de devoir jouer le rôle d'une autre et qui décidera
finalement comme Moudan, de prendre en main son destin. |
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Le
métrage du film (assez court-1H23)
n'entache pas la densité du récit et n'occulte en rien
la palette des sentiments avec laquelle Lou Ye se plaît à
jouer, donnant une touche d'amertume par ici, un zeste de joie et
d'humour par là. Et de l'amour, beaucoup d'amour mais sans
ostentation ; Lou Ye ne s'y appesantit pas à l'opposé
de son compatriote Liu Bingjang (" Le protégé de
Mme Qinj "). C'est d'abord l'histoire de deux êtres qui
se dédoublent, se renvoient mutuellement une lumière
que chacun ne parvient pas à trouver seul. Et entre eux coule
une rivière, " chargée d'histoire, qui charrie
des siècles de déchets, ce qui en fait la plus sale.
Beaucoup y vivent néanmoins et gagnent leur vie. Ils passent
leur vie ici. |
Regardez, nous dit-il vous pouvez les voir. Si on regarde assez longtemps,
la rivière montre tout : le travail, l'amitié, les familles,
l'amour et
aussi la solitude ". Lou Ye a choisi
de nous en montrer deux. En plan serré, sa caméra s'attarde
sur eux, nous les raconte et ne perd jamais le fil de l'eau.
A travers son regard, Su-Zhou River s'embellit, se charge de cet amour
intangible qui la nourrit comme elle le nourrit. Subversivement, il
brave l'autorité de Pékin en nous montrant une Chine
qui s'épanche au rythme des battements de millions de c(h)urs,
non plus en une seule voix.
Si vite, trop vite peut-être. Précipitez-vous avant que
le courant ne passe. Rarement écran de cinéma aura vu
si belle histoire. |
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