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Dans
un Japon où l'on accorde encore crédit aux histoires
chinoises, la légende raconte que, depuis des temps immémoriaux,
un oiseau merveilleux ne peut voler sans la femelle qui l'accompagne.
Ils volent en tandem et ne se quittent jamais ; cette relation
symbolisant " l'attachement profond de l'homme et de
la femme ". Cet oiseau, Tomokawa (Eiji Okuda) le porte
tatoué sur son dos mais n'a jamais réussi à
trouver celle qui le suivrait pour toujours. |
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est flic et entre deux chiens disparus, la gratitude des citoyennes
et des lycéennes qui se prostituent pour se faire de
l'argent de poche, sa routine quotidienne n'est guère
perturbée par ses quelques rencontres féminines,
légères et éphémères. Jusqu'au
jour où il se retrouve nez-à-nez avec Yoko une
adolescente qui vit avec son frère attardé et
son grand-père, entrepreneur de pompes funèbres.
La relation qui se tisse entre eux est d'emblée troublante,
mystique, quasi incestueuse. Mais elle va évoluer laissant
naître un amour pur et sincère que seuls les frasques
et démêlés d'une famille désunie
pourront menacer. |
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Comme
dans de nombreux pays voisins, la relation entre un homme de
quarante-trois ans et une jeune fille de quinze ans reste un
tabou et comme le rappelle l'acteur et réalisateur Eiji
Okuda, " un couple aussi illégitime n'a pour seule
issue que de se cacher " et en ce sens, le comportement
du frère est représentatif d'un rejet social à
double titre : familial et tribal. Dans les petites villes de
province, tout se sait très vite, les rumeurs naissent
rapidement et durent plus longtemps que les histoires qu'elles
rapportent. |
| Ainsi,
le pari pour le réalisateur était de faire accepter
à l'autre Japon, celui hors de Tokyo, Kobe ou autres
grandes métropoles, une réalité qu'il n'était
peut-être pas prêt à assumer. " Le film
n'est pas encore sorti dans tout le Japon mais à partir
de Juillet, il est prévu une sortie nationale. On verra
comment le public réagit " ajoute le réalisateur.
Il est vrai que de prime abord, le film paraît léger,
racoleur, voire futile. |
| Mais
les craintes s'évanouissent lorsqu'on apprend l'intérêt
que Yoko portait déjà à Tomokawa avant
de le rencontrer, témoignage d'un Japon fétichiste,
idolâtrique. Ceci n'a pas d'impact sur l'intrigue mais
sur la façon de la ressentir, d'aller à la rencontre
d'un Japon furieux et passionné pour lequel l'exaltation
des sentiments est à la mesure des siècles de
joug et de soumission qu'il a subis. |
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| C'est
également l'occasion de se rappeler que les arts traditionnels
continuent d'exister aux côtés des nouvelles technologies.
Et à la douceur d'une photographie voluptueuse, les corps
s'épanchent et laissent admirer des uvres magnifiques
qui vont jusqu'à établir une relation consubstantielle
entre la vie et la mort, l'une n'étant pas le contre-pied
de l'autre mais une continuité, dans lesquelles les corps
sans vie rappellent aux vivants que sans la vie, l'art et l'amour
existent encore et que vivre encore n'est pas forcément
exister. |
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Cette
thématique macabre est traitée avec d'autant plus
d'aisance par le réalisateur qu'il lui donne une dimension
supra-humaine en allant chercher, dans l'Art justement, l'évocation
de la vie qui y brûle encore : " Tu as l'air
d'une vraie Rock Star maintenant. - C'était un petit
voyou, mais rend le beau, applique-toi à le rendre beau.
". Le tatouage est élevé au rang
d'art suprême, charnel, passionnel, sacrificiel. Douloureux
choix, douloureuse épreuve qui donne à Yoko l'occasion
d'éprouver son engagement. |
Mayu
Ozawa interprète
là un personnage offert, abandonné à son
propre asservissement, divinement terrestre, prosaïquement
céleste. Une composition admirable, digne des plus grandes
et qui promet beaucoup. Voir sortir de son école, en
tailleur, une petite fille de quinze ans, prête à
aller embaumer les morts, à assumer le poids d'un héritage
incessible, c'est voir Ozawa porter le film sur ses épaules,
le conduire jusqu'à la fin et refuser la fin.
C'est voir Okuda se reposer sur elle pour laisser couler
l'histoire et accepter de voir le film lui échapper un
peu. |
Eiji
Okuda
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| Même
s'il le dit lui-même, " il est encore rare
au Japon de voir une même personne assurer la direction
d'acteurs, la réalisation et faire l'acteur ",
il a pu, ici, laisser vivre son personnage et le film grâce
à la présence de Mayu Ozawa et de ces personnages
haut-en-couleur qui rendent le cinéma japonais si unique,
un creuset de genres aux confluents de la comédie, du
drame passionnel et de la tragédie : Un hippie, collectionneur
de guitare qui joue l'hymne américain avec les dents
à un policier traqueur de chiens perdus, amoureux d'une
fille qui recherche en lui le père qu'elle n'a jamais
eu, c'est ça le cinéma d'Okuda et c'est tant mieux. |
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