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Note 5.5 /10
Résumé
Dans les années 30, Shuisheng, un jeune garçon de la campagne chinoise débarque à Shanghai. Accueilli par son oncle qui l’introduit dans l’univers de la mafia, il devra servir la maîtresse du grand chef, Bijou. Shuisheng découvre un autre monde où passion, jalousie, trahison, et soif de pouvoir font rage… |
Zhang Yimou a toujours voulu faire un long métrage sur la mafia chinoise des années 30. Avec Shanghai Triad, il exauce son souhait et en devient une valeur étalon du genre.
Shuisheng est un enfant de la campagne fillette sa famille qui gagne sa vie à travers la culture des champs. Cela ne suffit malheureusement pas pour vivre décemment. Shuisheng s’en va alors à Shanghai et demande de l’aide à son oncle. Celui-ci prend sous son aile le jeune garçon et l’entraîne dans les quartiers les plus riches de la ville pour lui présenter son nouveau patron, parrain de la mafia locale et patriarche de la dynastie Tang. |
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Cette rencontre sera expéditive mais débouche sur un travail bien rémunéré dont Shuisheng devra honorer. Malgré son jeune âge, son peu d’expérience, mais déjà de nombreuses horreurs en tête, on lui confie de prendre soin des besoins la maîtresse du patron, Bijou.
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Femme artiste, chanteuse et danseuse dans un cabaret de Shanghai, son indiscipline et son caractère difficile agace les collaborateurs proches du patron. Une femme entretenue par la causa nostra chinoise et qui connaît parfaitement son influence auprès d’elle.
Bijou est aussi native de la campagne mais le cache pour ne pas s’attirer des rumeurs dispensables à sa carrière où elle compte la bourgeoisie locale comme clientèle.
Ainsi Shuisheng à ses côtés, découvrira de ses yeux d’enfants l’univers de la corruption, de ses richesses à ses complots, du bonheur à l’enfer. |
| Là où on s’attendait à une œuvre sociale, le cinéaste crée la surprise en affichant des ambitions bien plus romanesques. En effet Zhang Yimou ne reprend plus les quelques livres de Mo Yan ou d’autres conteurs chinois mais joue la carte des années 30 à Shanghai, le Paris de l’Orient comme on pouvait le dire à cette époque. |
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Quelle est donc l’origine d’une telle référence à la capitale française ? En 1844, le traité de Huangpu ouvrant des ports au commerce à notre pays l’occasion d’y développer sa concession. Toutes les innovations modernes françaises et européennes s’y sont introduits, de l’installation de divers observatoires à l’implantation de la compagnie de tramways et d’électricité.
En 1928 et jusqu’en 1946 année de la rétrocession, la concession française de Shanghai possédait 100 tramways, 60 autobus fréquentés par 60 000 000 de passagers par an. Même si la concession internationale présentait plus d’espace elle ne fut jamais aussi bien développer localement. Cette histoire peut sembler s’éloigner du long métrage de Zhang Yimou mais elle est un parallèle indispensable pour comprendre le Shanghai de ces années. |
Ainsi le réalisateur du Sorgho Rouge amorce parfaitement l’ambiance sino européenne de ces années et la mixité culturelle existante alors. Les habitants de Shanghai se mélangeaient facilement avec les autochtones français, anglais ou néerlandais et s’appropriaient leurs habitudes vestimentaires et comportementales. Du smoking à la musique, en passant par le cabaret typiquement français où Bijou s’expose, tous les détails de cette société d’antan sont fidèlement reprit par le cinéaste.
La liberté sexuelle est aussi à son apogée, puisque comme aucune autres villes chinoises Shanghai fut bercé par les mœurs occidentales.
Comme le chante Bijou, reprit d’une célèbre diva shanghaienne des années 30, Bai Kwong :
« Jia xing xing, jia xing xing, zwo ren re bi jia xing xing. Ni xing kan, ni yao kan, ni jin zi xi de kan ge qing »
Traduction : « Semblant,…tu fais semblant, pas la peine de faire semblant. Voir, tu veux vraiment voir, ne te gêne pas, regarde bien ! »
Par cette interpellation, la femme joue de sa séduction sur l’homme et reprend du pouvoir, de l’influence.
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Gong Li interprétant Bijou, change complètement de domaine en quittant les œuvres sociales comme Vivre! pour un film de mafia et endosse l’une de ses meilleures prestations offertes à ce jour. Elle passe par toutes les émotions, chante elle-même, aussi présente que précieuse à chaque scène du long métrage.
C’est là où l’œuvre gagne et perd aussi de son charme en se détournant du regard d’enfant de Shuisheng pour se tourner vers les aspirations de Bijou. |
Malgré cette déviance, Zhang Yimou continue à nous interpeller sur certaines réalités de l’époque comme le réseau tissé par la mafia dans les hautes sphères du pouvoir et de l’économie. Ce sont de véritables empires bâtis par des grandes familles qui n’ont prospéré pas tant sur le commerce d’objets de consommation illégaux mais bien plus sur des arrangements économiques et politiques.
Le cinéaste tisse donc une première moitié de film explicative, des liens, des lieux et des acteurs de cet univers contrasté et dans une seconde moitié brûle tous ces éléments sous les yeux de Shuisheng acheminant à une réalité ensanglanté.
C’est véritablement dans cette deuxième phase que Shanghai Triad prend toute son ampleur et développe sa meilleure narration.
Nous sommes donc face à une excellente fiction sur la mafia chinoise (pour information la naissance de ces triades viennent de la formation de certaines sociétés secrètes, comme les Shaolin, les Boxers en Chine qui entretenaient une vraie culture de fonctionnement propre et qui sera reprit à des fins plus machiavéliques) aux travers des yeux d’un jeune paysan où Zhang Yimou s’engage sur une photographie superbe et travaillée, une musique douce à base de l’instrument chinois Yang qin, et une actrice talentueuse au sommet de sa carrière. |