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Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai - 2004 - Drame
Avec
Gao Yuanyuan, Li Bin, Anlian Yao
NOTE :
MUSASHI : 8.5/10
Steph : 8.5/10

RESUME :
Dans les années 60, de nombreuses familles abandonnent les grandes villes chinoises pour des régions pauvres. Le gouvernement les incite ainsi à développer l'industrie locale. Dans ce contexte, une jeune fille de dix-neuf ans vit son premier amour dans la province de Guizhou, alors que son père désire partir au plus vite à Shanghai. "
Prix du Jury à l'unanimité au Festival de Cannes 2005, Wang Xiaoshuai - réalisateur à la tête de la sixième génération de cinéastes chinois (aux côtés de bien d'autres dont les très talentueux Zhang Yang et Jia Zhang-Ke) - pose avec Shanghai Dreams une véritable pierre angulaire de l'histoire de la Chine contemporaine en parvenant à contourner la censure chinoise pour montrer, et démontrer, le problème du déracinement forcé de ses habitants. Un récit à haute teneur biographique, pour avoir été vécu par le réalisateur.
En effet, le réalisateur a passé une grande partie de sa jeunesse dans la province de Guizhou, ses parents ayant répondu à l'appel du gouvernement pour créer ce qui est considéré comme une "troisième ligne de défense", en accélérant le développement de l'industrie locale des provinces plus retirées. Un appel auquel l'on ne pouvait que très difficilement s'opposer, sous peine de représailles. C'est donc avec un naturel et une authenticité déconcertante que Wang Xiaoshuai parvient à recréer l'atmosphère particulière de ces régions pauvres mais aussi les comportements d'une génération déphasée, partagée entre le désir de retrouver ses origines, celui de s'émanciper, et la crainte de quitter un certain cocon, bien que minimal (l'assurance d'un emploi principalement), offert par le Parti.
Son histoire s'enracine autour du personnage de Qinghong (qui est aussi le titre original du film), fille unique d'une famille originaire de Shanghai qui s'est retiré dans la province de Guizhou. Son père, frustré face à son déracinement, est obsédé quant à l'avenir de sa fille et surveille le moindre de ses faits et gestes, rejetant par les moyens les plus ingrats qui soient, la moindre ombre masculine s'approchant d'elle.
Une obsession qui tourne rapidement à l'étouffement pour la jeune fille, la moindre forme de liberté lui étant interdite, son seul salut étant supposé résider dans ses livres d'études. Sa cousine, habitant le même village, est en revanche logée à une autre enseigne, ses parents étant d'un naturel confiant envers leur fille et lui accordant les libertés qu'une femme de son âge est en droit d'espérer. Ainsi, elle peut s'habiller de manière moins austère et n'éprouve pas les mêmes difficultés pour se rendre aux fêtes nocturnes où sont évidemment présents certains hommes jugés dignes d'attention.
Ainsi, outre le problème du déracinement, qui survole l'intégralité de l’œuvre, le réalisateur pose un regard sévère sur le caractère rudimentaire de l'éducation de certains parents envers leurs enfants, et les désastreuses conséquences qu'il peut engendrer, ceci malgré toutes les bonnes intentions pouvant se cacher derrière tant d'inflexibilité. A force de rêver aux travers des yeux de Qinghong, son père finit par lui enlever toute trace de rêve. Des conséquences imprévisibles, douloureuses, que l'auteur film avec un tel recul qu'il parvient à étouffer le spectateur, ne laissant naître ni lueur d'espoir ni zones d'ombres au sein desquelles laisser exploser, caché de tous, un sentiment humble et naturel face à tant de poids.
Shanghai Dreams ne fera donc pas taire les mauvaises langues qui ne voient dans le cinéma de Chine continentale qu'un cinéma social pessimiste et sombre, Wang Xiaoshuai réalisant une oeuvre s'attaquant indirectement (à savoir caché derrière les seules apparences), bien que de manière assez consensuelle, au régime politique de l'époque, bridant les volontés d'émancipation de ses sujets. Et, par effet boule de neige, la frustration des uns se répercute sur les autres.
La réalisation opérée par Wang Xiaoshuai se veut supérieure à tout ce qu'il a pu opérer jusqu'ici, Beijing Bicycle compris. La reconstitution de l'ambiance d'époque est en tout point superbe et magistrale, que ce soit dans les paysages, arriérés et très pauvres, comme dans les comportements et les modes vestimentaires d'alors. Les demoiselles se voient vêtues de longues robes amples, s'osent à la découverte des talons tandis que les hommes n'hésitent pas à sortir les pantalons à pattes d'éléphants ainsi que les chemises flashy, tout un revival des années 70 !
Le réalisateur filme une jeunesse qui aspire à davantage d'indépendance, de liberté, osant même s'abandonner à du rock, synonyme d'une rebellion latente. Et si le réalisateur a réussi à contourner la censure chinoise, c'est très certainement car il propose une vision antagoniste aux préjugés, en filmant une jeunesse non bridée dans son émancipation. Qinghong apparaît alors comme une victime de son père, et nullement du régime politique, bien qu'évidemment - et c'est là le message de Wang Xiaoshuai - celui-ci connaisse sa frustration à cause du Parti.
Riche et intelligent, Shanghai Dreams est une oeuvre passionnante que tout amateur de film social et critique se doit de découvrir. Tout au plus pourra t'on lui reprocher d'être légèrement formaté pour les festivals, mais le message sous-jacent ainsi que l'implication réelle et palpable du réalisateur font de cette oeuvre un rendez vous immanquable et essentiel pour tout cinéphile.
Musashi


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