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LA SAVEUR DE LA PASTEQUE de TSAI MING LIANG- 2005 - Wu Xia Pian - HK
Avec
Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi

Résumé
La sécheresse sévit gravement à Taïwan. A tel point que l'on préconise de remplacer l'eau par du jus de pastèque.
Elle, c'est en récoltant l'eau des toilettes publiques qu'elle subsiste.
Lui, c'est dans la pornographie qu'il assouvit ses besoins.
Assoiffés d'eau et de pulsions charnelles, ils vont trouver, ensemble, leur équilibre, baignés dans l'excitation torride et la saveur de la pastèque ...


SITE OFFICIEL : LA SAVEUR DE LA PASTEQUE

Taipei est connue pour ses coupures d’eau et ses étés caniculaires. Tsai Ming Liang est connu pour ses obsessions délirantes. Comme dans The Hole, le réalisateur taiwanais revient sur cette thématique, prétexte à tous ses débordements. Comme une suite à Et là bas quelle heure est-il ?, Shiang Chyi revient de l’étranger et rencontre Hsiao Kang par hasard. Elle lui avait acheté une montre alors qu’il était camelot dans la rue. Hsiao Kang est devenu acteur porno. Mais elle l’ignore encore. C’est en succombant l’un à l’autre que leurs solitudes vont se compléter et révéler leur détresse.

Tsai Ming Liang s’en donne à cœur joie dans ce qu’on pourrait qualifier de comédie musicale pornographique. Rappelant à lui tous ses clichés passés, présents dans ses anciens films, il nous livre, comme à son habitude une déclinaison du couple, perverse et marginale. Car ces deux-là ne se parlent pas. L’absence de dialogues dans les films du chef de file des provocateurs de l’île rebelle est devenue monnaie courante et l’on en n’attend plus pour combler les interminables plans fixes du réalisateur. Sa mise en scène très personnelle, récupérée d’ailleurs par quelques films chinois récents, crée toujours cet espace où les acteurs se livrent à nu, jusqu’à l’épuisement ou à sortir du champ .

Mais si l’on compte bien, c’est presque un tiers du plan dans lequel il ne se passe rien et où il ne passe rien qu’il faudrait retirer du film. A ce train là, ce ne serait plus un long mais un moyen-métrage. Où Tsai Ming Liang veut-il alors en venir ? Il veut porter à son comble l’attente qui découle de l’enfermement des personnages, les laisser au jugement des spectateurs et bien sûr provoquer ces derniers. Dégoût, amusement, agacement. Personne ne reste stoïque face à une œuvre du maître taiwanais. Il a ses adeptes comme ses détracteurs. Mais il faudrait veiller à ne pas trop tendre la corde.

Le film contient quelques scènes truculentes qui feront anthologie dans sa filmographie, comme cette séquence musicale où un gland géant se la joue à la Gene Kelly entouré de parapluies roses comme autant d’invitations licencieuses. Sortez-couverts ! Une des scènes d’ouverture également, tournage d’un plan du film auquel Hsiao Kang se donne à fond… Vous ne verrez plus la pastèque de la même manière après ce film. D’ailleurs ce film aurait pu s’intituler La pastèque s’entête. Fil narratif récurrent, le fruit juteux est à la fois objet sexuel, objet de désir, et objet de satiété. Il étanche une soif inextinguible et symbolise la fécondité d’une relation, par ailleurs infertile.

Le jeu des acteurs dans ce film est assez inégal. Les deux protagonistes principaux, Kang Sheng Lee, présent à Pusan avec Tsai Ming Liang (notre photo), et Shiang Chyi Chen incarnent bien la génération désœuvrée des années 2000 à Taiwan qui se rebelle contre un ordre établi – Hsiao-kang se baigne dans le réservoir d’eau sur le toit de son immeuble, probablement la seule scène poétique de ce film. Les acteurs doivent remplir cet espace laissé vacant et y parviennent avec plus ou moins de succès. Le silence a aussi un rôle important chez Tsai Ming Liang, d’autant plus entre les intermèdes musicaux. Les scènes de porno choqueront les plus puritains d’entre nous, fatigueront les autres, habitués à plus d’action et de gros plans. Toujours est-il que la scène de quasi-nécrophilie de la fin respire la joie de vivre.

On sent la sueur et le labeur ! On aura déjà pardonné cet épisode licencieux au réalisateur. Comme nous l’indique son sourire en coin à la fin de la projection, il s’amuse ce libertaire libertin à vous en mettre… plein les yeux. Laissez-le s’amuser et passez votre chemin si vous êtes hostiles à ce type de provocation. Amusez-vous avec lui si vous aimez la pastèque !"
Mystere 10e PIFF - Octobre 2005


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