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Sortant
d'une retraite de trois ans, trois mois, trois semaines et trois
jours, Tashi, jeune moine élevé depuis l'âge
de cinq ans dans un monastère bouddhique du Ladakh, réapprend
à ouvrir les yeux, à vivre chastement, dans l'humilité
de l'univers que ses parents ont choisi pour lui.
Mais loin de s'être apaisé, son désir d'une
vie séculière au milieu des hommes va se manifester
plus ardemment encore au point de pousser son maître à
l'envoyer tenter sa propre expérience, à l'inciter
à faire un choix.
C'est alors qu'au cours d'une visite villageoise, à l'occasion
de la fête des récoltes, le regard de Tashi croise
celui de Pema, belle paysanne dont il va s'éprendre et
qu'il va choisir pour vivre l'expérience de l'amour et
de la paternité.
Samsâra, c'est le monde des Hommes, le monde que Siddhârtha
Gautama, le Bouddha de la tribu des Shâkya a désigné
comme celui de l'enchaînement éternel au cycle
des réincarnations dictées par le khârma
et contre lequel il faut lutter afin d'atteindre l'Eveil ; ceci
en dominant les désirs terrestres que l'Homme peut éprouver,
grâce au recueillement et à la méditation.
Tel est l'idéal poursuivi par les jeunes moines qui entourent
Tashi. |
Ce monde des Hommes, Pan Nalin l'a filmé avec tout le
soin et l'enthousiasme qui siéent à un premier
film. C'est sur un ciel bleu azur que l'on découvre les
immensités sauvages du Ladakh. C'est sur une forêt
jaune que le film se referme. Les lumières et les couleurs
peignent ici une fresque stylisée, par trop éclatante
parfois (on y reprochera notamment des éclairages artificiels
trop patents), comme il est d'usage de raconter les histoires
en Inde, une sorte de mandala sacré qui augure des plus
grandes leçons.
Le réalisateur a donc choisi une forme des plus traditionnelles
pour nous narrer l'histoire de Tashi et Pema, de leur amour,
de leur enfant Karma, de leur infidèle complicité
tout en voulant garder l'épurement qui baigne ce genre
de conte. Ce film est surtout l'histoire d'une conquête,
celle d'une femme, Pema qui, tandis qu'elles en sont d'habitude
injustement exclues, jette sur l'Histoire (avec un grand H)
une lumière nouvelle. |

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Si on nous dit " la femme
dominera ", c'est avant tout pour rappeler que
dans la Nature, tout est double, chaque chose y a son contraire
et son complémentaire et que c'est en cela que les paroles
du Bouddha Shâkyamouni prennent un sens.
A quoi bon chercher dans l'ascèse et l'astreinte, l'extinction
ultime. Qui nous dit " que ce n'est pas son expérience
terrestre qui a conduit Bouddha à l'Eveil ". |
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Le juste milieu, voilà la vérité fondamentale
qu'il a révélée. Ce sont ces expériences
qu'il faut acquérir pour mieux y renoncer, ces gestes
qu'il faut désapprendre pour mieux les réapprendre
qui forgent véritablement une vie et lui donnent toute
son essence. Dans cette histoire, seule une femme semble l'avoir
réellement compris. Yaçodhara était l'épouse
délaissée du prince Siddhârtha. |
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La
gloire et la reconnaissance que connut Bouddha furent à
la hauteur de l'oubli et du mépris dont fut victime son
épouse. Et Pema de répliquer, en un superbe panoramique
centré sur Tashi : " Mais comment peux-tu
être sûr que ce n'est pas grâce à Yaçodhara
que Siddhârtha a connu l'Illumination ? Pourquoi, par
ta passion pour moi et l'amour de ton fils, ne pourrais-tu devenir
Bouddha en cette vie ? " On en revient à
l'éternelle question soulevée par le Bouddhisme
du Grand Véhicule : Permettre à l'autre de briser
son samsâra et ainsi gagner soi-même l'Eveil.
Là où l'amour individuel confine à l'universel. |

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Peut-être
Pan Nalin a-t-il péché (on en revient à
des considérations plus chrétiennes ;-) par désir
de trop bien faire. En voulant faire comprendre cette philosophie
à un public qui n'y est pas forcément initié
(mais tend pourtant à l'être de plus en plus),
le réalisateur qui, au départ, posait des énigmes
comme des repères sur un sentier a sans doute voulu être
trop didactique et complaisant envers le spectateur. Du coup
le symbolisme de l'uvre y perd un peu. Mais on retiendra
avant tout l'immense impression visuelle et sonore que laisse
cette uvre et la valeur fabuleuse et universelle de son
sens. Impression sans doute renforcée par la quasi impossibilité
de déterminer précisément l'époque
qu'elle relate. Une réhabilitation de la femme dans des
sociétés où elle n'est que très
peu reconnue et l'adoption d'un style visuel où le mouvement
n'est pas le moyen mais le résultat.
Avec Samsâra, on pénètre dans un univers
empreint de charme et de simplicité où le rêve
investit la réalité (à moins que ce ne
soit l'inverse) comme c'est d'usage dans les légendes
indiennes. |
| On
s'aperçoit surtout que la religion ne devient intelligente
que lorsqu'elle apprend l'autocritique. Depuis des millénaires,
le Bouddhisme a pu s'ériger en philosophie car son propre
guide enjoignait ses disciples : " N'accepte pas
mes préceptes avant de les comprendre de ton propre point
de vue ". Que seule une femme soit à même
de le rappeler aux hommes témoigne bien d'un obscurcissement
de la raison là où la méditation devrait
être une ouverture lumineuse, une fenêtre sur la
Vérité. |
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| Pour
clore ce film qui pourrait alimenter bien des débats,
Pan Nalin, en guise de clin d'il, n'a pas résisté
à la tentation de fournir au spectateur la petite réponse
à l'énigme qu'il posait en début de film.
Peut-être pourra-t-on y voir la larme versée par
ces femmes qui ira rejoindre les fleuves d'amertume et de compassion
dans lesquels, depuis des siècles, les hommes se purifient. |
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