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Summer Palace de Lou Ye - CHINE / FRANCE - 2006
Avec :
Hao Lei, Guo Xiaodong, Hu Ling, Zhang Xianmin
GENRE : Portrait d'une généréation

RESUME :

Lou Ye revient, avec Summer Palace, sur la période la plus trouble qu’ait vécu la jeune génération chinoise au cours de ces vingt dernières années. Brossant le portrait de cette génération de 1987 à 2001 à travers l’histoire de Yu Hong, une jeune étudiante originaire de Tumen et Zhou Wei de retour de Berlin, sur fond d’agitation politique à Pékin puis Shenzen.
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Comme il le dit lui-même [voir notre interview de Lou Ye], la période de 1985 à 1989 est une des plus fastes qu’ait pu connaître la jeunesse chinoise depuis l’instauration de la République Populaire. Les étrangers sur les campus, les cigarettes et l’alcool importés symbolisaient cette envie de liberté tout autant que la libération sexuelle que connaît l’héroïne lorsqu’elle rencontre Zhou Wei. C’est Woodstock importé en Asie, un peu de la révolution hippie qui a soufflé sur la Chine au milieu des années 80 avant que le pays ne sombre de nouveau dans le totalitarisme d’un régime coercitif.

Summer Palace est encore plus engagé que les précédents films de Lou Ye parce qu’il situe son intrigue dans des moments de troubles qu’a traversé la Chine et néanmoins sans insister le moins du monde sur la manière dont les autorités ont réglé le problème, il pointe le doigt sur les imperfections de ce régime et son incapacité à gérer la crise. Il le fait à travers ses personnages. Forts d’une liberté nouvelle au début du film, dopés par les promesses d’un avenir plus radieux, les scènes du début du film sont emmenées avec allant, par une caméra virevoltante tandis que la deuxième partie du film, même si elle ne rompt pas avec le style propre à Lou Ye (plans rapprochés, caméra à l’épaule pénétrant au plus profond des personnages) est plus posée.

Entre les deux, il y a eu la pluie, une douche froide et puissante qui a tout balayé : l’espoir d’un futur ensoleillé, les rêves d’une jeunesse insouciante. Même Yu Hong est devenue une femme. Se lisent sur son visage les préoccupations et les sentiments contradictoires d’une femme mûre. C’est ce qu’elle-même prétend en n’ayant que l’amour comme seul langage pour montrer sa bonté et sa tendresse. Et c’est ce qu’on devine dans les yeux de Hao Lei, l’actrice principale.

De pékin à Hong-kong en 1997, Berlin en 1998, Chongqing en 2000 puis de nouveau Pékin en 2001, l’énergie que Lou Ye déploie à filmer ses acteurs lui est renvoyée par l’ardeur qu’ils mettent au jeu. Amour, haine, passion et mépris se mêlent tour à tour au cours de cet été là où tout était possible. En 1989 autour du palais d’été de Pékin, une histoire incroyable est née, elle a vécu, s’est nourri de la force de ces protagonistes puis s’est éteinte. Il en va ainsi de l’histoire d’amour physique et spirituelle entre Yu Hong et Zhou Wei comme du mouvement de contestation qui a monté jusqu’à Tian An Men. Les faits historiques rejoignent donc la trame de la fiction et se dessine autobiographiquement l’expérience personnelle du réalisateur, alors étudiant à Pékin.

Ce film personnel sonne alors comme une ode à la liberté qui vous donne des frissons et vous emplit d’une émotion incoercible. En revendiquant pleinement cette émotion qui doit gouverner un film, Lou Ye rompt radicalement avec les approches plus cérébrales des événements qui en ont été faites. Et c’est cela même que ne peut tolérer le régime en place : la force de la passion l’emportant sur la raison. Une raison d’Etat au nom de laquelle tout est permis, même de tolérer l’intolérable, d’interdire les rêves et de renvoyer une génération à ses illusions perdues. Une raison pour laquelle les murs du palais d’Eté sont encore loin de trembler.

MYSTERE VIC - 11 piff - 2006

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