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Dans
une province du Nord de la Chine, non loin de la Mongolie, Xiao
Ji et Bin Bin sont deux adolescents dont la principale préoccupation
est de ne rien faire, mais à fond, illustration étonnante
du zèle dans l'oisiveté. Tous deux mènent,
impassibles des vies qui ne leur apportent rien et dont ils
n'attendent rien. Xiao Ji (WU Qiong) va tomber amoureux de Qiao
Qiao une danseuse locale vantant les mérites des "
Vins et Liqueurs de Mongolie " tandis que Bin Bin (ZHAO
Wei Wei) tente de tirer quelque chose de constructif de sa relation
avec une étudiante peu enclin à établir
une liaison durable. |
Après
un début de carrière couronné de succès,
notamment avec Xiao Wu, artisan pickpocket et Platform
(Le Quai) distingué par la plus haute récompense
au festival des Trois Continents 2000, Jia Zhang Ke revient
cette année à Cannes, dans le secret espoir, sans
doute, d'y décrocher un prix pour ce troisième
long-métrage, témoin une nouvelle fois de son
style et de ses préoccupations bien particuliers.
La première moitié du film Ren Xiao Yao (Unknown
pleasures ou Insouciantes randonnées) est intéressante,
le rythme y est plus soutenu que dans Platform et la thématique
abordée s'y trouve mieux traitée. Comme dans son
film précédent, Jia Zhang Ke questionne les atermoiements
d'une génération fuyante ainsi que la place de
l'Art dans la société chinoise et sa relation
ambiguë à l'Argent. Hérité de traditions
ancestrales, dévoyé par un capitalisme irrégulé,
il a tendance à y être considéré
comme une marchandise sans plus de valeur que des fruits et
légumes ou que la mort et la maladie (voir à ce
sujet La Pleureuse de Liu Bingjian). Qiao Qiao en est
l'exemple le plus achevé ; représentante d'une
nouvelle génération de femmes fortes en Chine
(voir également la prestation de Liao Qin dans
La Pleureuse), le démon
nippo-coréen plane sur les acteurs : ZHAO Tao joue uen
jeune artiste hystérico-névrosée qui ne
perd pas le sens des réalités.
Néanmoins sa pugnacité est vite mise à
l'épreuve lorsqu'elle est confrontée à
son manager. Lorsque rétive, fougueuse, elle cherchera
par plus de dix fois à sortir de l'autocar pour finalement
se résigner et renoncer à sa liberté avant
de gagner la scène. L'argent et le matérialisme
que la Chine maoiste avait tant décrié sont devenus
aujourd'hui un laissez-passer si évident qu'ils constituent
les deux mamelles auquel le peuple chinois s'abreuve. Se coller
un billet sur le front ou dénicher un de ses billets
verts tant adulés et c'est le début de la fortune
et de la reconnaissance. En terme d'idée, donc, Unknown
Pleasures tient la route pendant une bonne heure avant de
s'embourber dans un discours stylisé et d'avoir du mal
à monter la pente (la moto de Xiao Ji qui dérape
et qui, finalement, parvient au haut de la côte, moment
intense où l'on a envie d'applaudir de soulagement).
Jia Zhang Ke cherche alors à imposer un langage qui trouve
sa source dans la longueur indéfiniment croissante des
plans. |
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| On
s'accordera sur la vraisemblable signification symbolique de
cette grammaire visuelle, sur la volonté du réalisateur
d'illustrer formellement son propos mais les cadrages souvent
rédhibitoires, la lumière naturellement terne,
semblant définitivement être la marque de fabrique
du style Académie de Pékin dont est également
sorti son compatriote Liu Bingjian, auront raison du film. Le
long travelling sur l'autoroute qui suit le casse ridiculement
manqué est finalement une fuite vers l'avant de Xiao
Ji, l'inspiration d'une bouffée de liberté. Mais
très vite, il se fait rattraper par la réalité
(la panne d'essence, la douche froide). |
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Qu'est-ce
à dire, en fin de compte ? Qu'entre les trouvailles géniales
qui jalonnent le film, celui-ci devient, à l'image de ses deux
héros, Bin Bin mollasson désespéré, inapte
même au service militaire ou Xiao Ji pseudo-dur au look grunge,
une juxtaposition inutile de séquences inconséquentes
? A trop vouloir se refiler la fumée, les acteurs s'étouffent,
le film les suit. Deux amis qui gravitent autour d'une danseuse populaire
; l'un la désire sans pour autant en avoir les moyens, l'autre
s'enferme dans une relation infertile. Voilà qui aurait pu
former le fil conducteur d'une histoire attachante et estimable. A
vouloir en faire trop dans la vacuité, Jia Zhang Ke s'enlise
dans un film qui ne veut plus dire grand chose. Ses clins d'il
à des films mythiques, du " Salauds de pauvres "
de Gabin à Pulp Fiction en passant par In the mood for Love
tombent comme des cheveux sur la soupe et la référence
à ses propres films comme Xiao Wu ou Platform et même
à Love will tear us apart au sein du script en disent long
sur sa volonté de faire " auteur ". On serait tenté
de lui rappeler qu' " auteur " ne signifie pas forcément
" chiant " et qu'il apparaît prétentieux, de
sa part, de vouloir imposer un style avant une histoire. Filmé
entièrement en numérique, jouant du contraste et de
la surexposition Jia Zhang Ke a la volonté d'innover sans y
parvenir. Les plans s'emplissent puis se vident, l'apôtre du
plan fixe se jette parfois dans un délire visuel à la
Tarantino. Comme le dirait Im Kwon Taek autre cinéaste de renom
présent à Cannes avec Chihwaseon, s'inspirer des maîtres
pour créer son propre style c'est bien, vouloir les copier
de façon injustifiée ça craint !
| Et
à l'issue de cette peinture d'une jeunesse désoeuvrée,
de plaisirs inconnus en plaisirs gâchés, à
l'instar de ce pastiche de casting qui referme le film et dont
on dirait qu'il nous le livre brutalement railleur et orgueilleux,
on jettera en retour, d'un ton condescendant : Monsieur Jia
Zhang Ke, vous repasserez ! |
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