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Portrait de NGUYEN THI CHIEU XUAN - VietNam - INTERVIEW

Dans le paysage cinématographique vietnamien qui commence doucement à s'épanouir, on trouve une nouvelle génération de réalisateurs prêts à jongler avec la complexité de leur statut et les antagonismes de la société dans laquelle ils vivent. On trouve aussi des actrices et acteurs de grands talents qui incarnent à merveille les idéaux d'un Peuple, mais aussi ses doutes et ses angoisses. Nguyen Thi Chiêu Xuân est de ces actrices vietnamiennes qui ont su traduire dans leur jeu la gageure d'un pays en pleine mutation et la force des traditions qui y résistent. Mais elle n'est pas que cela. Allons à sa rencontre afin de mieux connaître cette artiste talentueuse.
Née d'un père metteur en scène de théâtre (Am muu va ai tinh - Cabales et passion ou Thep da the day - L'acier se fait comme ça), Chiêu Xuan eut, dès le début, la fibre artistique. Cependant même si ses dispositions filiales et familiales ont très vite joué en sa faveur, son cursus n'en demeure pas moins exemplaire. Après le Lycée, elle intègre l'université des Arts de la Scène et du Film. En seconde année, elle participe à un film Dòng song khát vOng (River's hopes) en tant qu'actrice dans un second rôle. Puis elle sort de l'Université diplômée avec la mention cinématographique mais elle participera dès lors à de nombreuses pièces de théâtre.
Son premier rôle majeur est celui de Thuân dans le téléfilm Me Chong toi (Ma belle-mère) réalisé par Khai Hung. Elle y campe le rôle d'une femme de soldat mobilisé pendant la guerre contre l'agression américaine. Elle travaille alors derrière les lignes de fronts pour ravitailler l'armée et vit avec sa belle-mère. Après quelque temps, un soldat revient du front, blessé. D'infirmière et patient, ils deviennent collaborateurs et travaillent ensemble. Mais bien qu'ils veuillent se contrôler, ils finissent par tomber amoureux et Thuân tombe enceinte. Plutôt que de la rejeter, sa belle-mère qui connaît la vérité, continue de l'accepter et se montre même compréhensive.

C'est ce rôle qui va fortement marquer les spectateurs et ancrer l'actrice dans l'imaginaire du public.

Son rôle principal le plus parfait, elle le connaît néanmoins sur scène avec la pièce A ca ve nhà hàng Maxim inspirée de la pièce française La dame de chez Maxim de Feydeau.
En 2002, dans le film-projet Hanoi 12 ngày, 12 dem (Hanoi, 12 jours, 12 nuits) elle obtient un rôle titre d'une oeuvre dont l'accouchement fut laborieux puisqu'il commença en 1995. Dans ce film qui revient sur les moments précédant les bombardements américains en 1972 et tout d'abord intitulé judicieusement Dien Bien Phu in the air, elle conforte son talent d'actrice et gagne la reconnaissance internationale
En 2003, ce sont deux films desquels elle est à l'affiche: Hang Xom (Neighbourhood ou Voisinage) réalisé par Pham Loc où elle tient le rôle de Huong et Tinh Bien (Sea Love) de Doi Xuan Viet où elle joue Mai. Dans son travail, un trait domine, celui de toujours vouloir briser l'ancien ordre établi dans la façon de présenter les personnages, de renouveler des thèmes ancestraux en y insufflant la modernité qui sied à la génération actuelle.
Chieu Xuan est donc très renommée pour son jeu de comédienne sur scène, dans les films et les séries télévisées. Mais elle s'est récemment tournée vers la réalisation pour un documentaire intitulé Tam Linh (Prémonition) auquel elle travaille avec ardeur et passion en espérant qu'il pourra être apprécié par les spectateurs. Ce qui n'est jamais évident au Vietnam.
Lorsqu'on lui demande pourquoi elle a choisi cette voie artistique, sa réponse est aussi humble que naturelle.

"Peut-être à cause de l'influence de mon père. Quand j'étais enfant, je m'imaginais déjà actrice. C'est pourquoi après le lycée, je suis entrée immédiatement à l'Université des Arts de la Scène et du Film. Après mon diplôme je me suis dirigée vers le National Play Theater. A cette époque j'étais si déçue de moi-même et complexée à cause de toutes ces Miss et Mannequins qui jouaient dans les films. Puis, j'ai tourné Me chong toi. Avec ce long-métrage, je rejoignais officiellement la grande famille du cinéma."

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Chieu Xuan qui est revenue pour nous sur quelques-uns des moments forts de sa carrière.
Entre théâtre et Cinéma, la technique de jeu et l'émotion sont différentes. Comment gérez-vous les deux? Que préférez-vous?

Les deux requièrent de ma part la même façon de travailler. il faut insuffler de vrais sentiments dans les rôles que l'on joue. Les deux sont donc intéressants à ce titre et je n'ai pas de préférence particulière. La différence se situe plutôt au niveau de la distance de jeu. Au cinéma, on a une impression de proximité puisque les techniques de tournage, les angles de prise de vue permettent cette proximité. Au théâtre, c'est plus difficile. D'une part entre les acteurs qui souvent sont plus éloignés, poussent plus leur voix et sont plus éloignés du public, tout en étant forcément plus proche, physiquement, qu'au cinéma.
Bien sûr le théâtre exige plus de rigueur dans l'apprentissage des textes. Je me souviens d'une fois où j'ai eu l'impression d'avoir oublié toutes les répliques. C'était le néant. La seconde d'après le texte est revenu aussi vite qu'il était parti. Heureusement le public ne s'en est pas aperçu mais j'ai eu très peur
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L'un des films qui vous a rendue célèbre est Me chong toi. Vous incarnez en quelque sorte l'idéal traditionnel de la condition féminine vietnamienne, déchirée par un choix cornélien entre l'amour et le devoir. Avez vous perçu la portée de ce rôle dès la lecture du scénario?

Oui, pour les deux rôles (celui-ci et celui du long-métrage suivant, ndlr) j'ai senti le potentiel mais les personnages se sont construits jour après jour, sur le tournage. Finalement ces rôles sont assez différents de ce qu'ils étaient sensés être au départ. Mais ils ont eu du succès tout de même.
Attachez-vous une importance à suivre une ligne de jeu entre rôles au cinéma et au théâtre ou aimez-vous diversifier?

Après Me chong toi (son premier film, ndlr), j'ai tourné un long-métrage où je jouais une paysanne. Mon bien aimé va se marier. Pour ce rôle j'ai obtenu le prix d'interprétation féminine au 11e festival du film vietnamien en 1997. Ce rôle était bien sûr dans la lignée du précédent où les valeurs et les sentiments traditionnels vietnamiens étaient bien mis en valeur. Mais si on continue à se cantonner à un type de rôles, ça tue l'enthousiasme. C'est la même chose pour tous les acteurs je crois. J'ai eu l'occasion d'être invitée en France pour un stage au Conservatoire National d'Arts Dramatiques. Ca a été un tremplin pour me renouveler. Il faut du courage pour changer mais pour un professionnel, il est impossible de revenir à des rôles précédents. Il faut savoir oublier ces rôles pour pouvoir en jouer de nouveau, quitte à y revenir ensuite.
Jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu l'occasion de jouer un rôle radicalement opposé. Pour la télévision, oui, mais pas au cinéma. Pour La crevette dans La dame de chez Maxim, on m'a dit que j'avais tout changé. Ce rôle était différent, il est vrai. Il s'agit d'une femme très libre. Jouer ce rôle était très vivifiant.


Justement qu'a apporté cette pièce dans votre parcours?

C'était extraordinaire. Elle a eu beaucoup de succès. Même quatre ans après la fin des représentations, la presse en parle encore. Elle a eu beaucoup d'impact sur la population vietnamienne.

Vous vous êtes récemment tournée vers la réalisation. Pourquoi un documentaire?

C'est quelque chose de très naturel. Mon père était metteur en scène de théâtre et très jeune j'ai eu le sentiment que je voulais m'investir dans ce métier. Il a influencé et supporté la deuxième génération d'acteurs et actrices vietnamiens. Pour moi, la réalisation n'est pas quelque chose à laquelle j'ai pensé d'emblée. Mais c'est venu très naturellement. Je suis des cours de réalisation avec un groupe de jeunes étudiants réalisateurs et j'apprends beaucoup.


Quel est le thème, peut-on savoir? Quand sortira-t-il ?

C'est un projet délicat. Il s'agit d'une femme médium au Vietnam qui a beaucoup de succès auprès de la population. Elle communique avec les esprits des défunts et transmet leur message aux vivants. Beaucoup de personnes la consultent et parmi eux des gens haut-placés. Mais je ne pense pas, vu le thème, que la télévision sera intéressée. Ni le cinéma. Il pourrait s'agir d'une diffusion dans le cadre de festival national ou international. Je suis en contact avec des distributeurs qui seraient intéressés mais rien de sûr.

Il y a un vrai problème de reconnaissance des réalisateurs au Vietnam ?

Oui, c'est lié au statut particulier du cinéma, forcément. Mais en Chine, même si politiquement la ligne du Parti est plus stricte, nombre de productions chinoises sont maintenant reconnues internationalement. Le dernier festival de Cannes nous apporte une nouvelle fois la preuve de la vitalité des productions asiatiques. Le Vietnam évolue et devrait trouver sa place également. Beaucoup de réalisateurs et d'artistes seront reconnus. Mais pour Tran Anh Hung, c'est le même problème. Pour l'heure, être reconnu comme réalisateur au Vietnam reste très difficile.

Parmi vos influences dans le jeu, vous citez Lê Khanh. Que vous a-t-elle apporté ?

C'était dans le temps. Il est vrai que je trouvais Lê Khanh très délicate, très subtile dans son interprétation. A l'époque où j'étudiais l'art dramatique, je la prenais comme référence.
[Pour information, Lê Khanh est la cadette de trois soeurs, Le Vân, Le Khanh, Lê Vi, fille du célèbre acteur Lê Tran Tien et ayant toutes emprûnté une carrière artistique]

Et en ce qui concerne la réalisation, quelles sont vos références si vous en avez ?

Pas vraiment. Peut-être Tran Anh Hung bien sûr car il a beaucoup apporté à la reconnaissance d'une identité du cinéma vietnamien. Ainsi que les réalisateurs à la classe [où elle étudie, ndlr. Tran Anh Hung a récemment donné une leçon de cinéma à Hanoi pour partager son expérience avec les réalisateurs vietnamiens avant de présenter une des ses réalisations au Festival de Cannes 2004].
Les réalisateurs anciens nous ont tous influencés. Ils avaient une ligne de conduite, des paroles qui sont restées gravées dans la mémoire collective même si à l'époque elles étaient dictées par la pensée communiste. On ne prend pas tout pour argent comptant mais certaines vérités restent éternelles.
Pour nous aujourd'hui des réalisateurs comme Bertrand Tavernier, des scénaristes comme Jean-Claude Carrière sont des modèles d'artistes engagés même s'ils nous paraissent un peu loin et vivent dans des sociétés, disons, développées.
Tran Anh Hung, au contraire nous convainc beaucoup car il connaît nos difficultés en tant que réalisateurs au Vietnam.

Des film comme Cyclo ont eu du mal à être acceptés ici d'ailleurs
Dans le temps, oui. Cyclo fut un vrai scandale au Vietnam lorsqu'il fut présenté. Moi-même je fus alors choquée par une bonne partie du film. Puis j'ai revu le film et Hung, parallèlement à d'autres œuvres qu'ils nous a présentées, est revenu sur certaines séquences de Cyclo. Et maintenant je comprend mieux son film. Il serait d'ailleurs mieux accepté aujourd'hui au Vietnam. J'ai compris, cet amour pour la douleur qui existe au Vietnam. Si l'on cherche bien à le comprendre, c'est tout ce qu'il veut transmettre au spectateur. Mais au départ, c'est vrai que j'ai été choquée. Par la violence qui est habituellement l'apanage des films occidentaux. Je me disais que pour s'éveiller aux autres, on ne peut pas laisser passer ces scènes de violence. Et parallèlement des scènes très douces, poétiques, contre-balancent le film. Après que Tran Anh Hung nous a présenté ce film, je comprend mieux son intention. Le cinéaste aujourd'hui ne peut pas rester ignorant comme avant.

Quels sont vos projets en tant que comédienne à présent ?

J'ai tourné dans deux long-métrages récemment. Ils viennent de se terminer donc sortiront vraisemblablement dans quelques mois. Je joue une femme dans un couple, l'histoire est assez classique. Les scénarios actuellement ne sont pas très intéressants c'est pourquoi je ne suis pas tellement satisfaite. J'ai aussi tourné une série TV.

A ce propos, avez-vous déjà reçu des propositions pour tourner dans des productions étrangères ?
Non pas encore. Je suis en contact avec des pays étrangers pour le documentaire mais rien du côté de l'interprétation pour l'instant.
Le metteur en scène de "la Dame de chez Maxim" devrait revenir au Vietnam pour monter une autre pièce de Georges Feydeau. J'espère que ça pourra se faire. Si c'est le cas, ça devrait être en 2005. Lorsqu'on a arrêté la première pièce il y a 4 ans, c'était assez phénoménal. Les gens nous en parlent encore. Jusqu'à récemment j'étais assez désespérée par le climat qui règne ici et qui nous empêche de faire des choses intéressantes. Mais depuis un ou deux mois, je sens que notre théâtre change et c'est bien.

Propos recueillis par Mystere Vic pour Cineasie.com
Mai 2004


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