|
|
PICNIC
de Iwai Shunji
- 1996 - JAPON
Avec : Asano Tadanobu, Chara, Koichi
Hashizume |
 |
Genre : Escapade
poétique
Note : 8.5/10
Résumé :
Coco, une jeune fille désarmé vêtue telle
un corbeau, est amené dans un hôpital psychiatrique
par ses parents. Là bas, elle va rencontrer Satoru
et Tsumiji, deux aliénés avec qui elle va commencer
une longue marche sur les murs japonais.
|
|
CRITIQUE
:
Réalisé peu de temps avant Swallowtail
Butterfly, Iwai
Shinji signait avec Picnic sa première collaboration
avec la chanteuse Chara dans un film aussi atypique qu'essentiel.
Le film débute sur une vielle femme déposant des roses
rouges sur la route. Une voiture débarque à toute allure
avec à son bord une jeune femme extravertie, vêtue toute
de noir et de plumes, devant un hôpital psychiatrique où
l'on se charge d'accueillir de force la nouvelle arrivée. La
bas, Coco rencontre Satoru et Tsumiji, deux hommes aux mal être
viscéral qui vont lui montrer inconsciemment le chemin de la
liberté : perchés en haut du mur de l'enceinte de l'asile,
les trois protagonistes s'essaient à la liberté, non
sans en connaître les conséquences.
 |
Picnic est une oeuvre réfléchie
où chaque plan, chaque dialogue démontre une signification
particulière. Sorti de l'asile, la première personne
qu'ils rencontre est un prêtre qui voit en Coco et Tsumiji,
deux envoyés du ciel : l'un habillé de sa tunique
blanche d'asile, l'autre de sa parure noir composée de
plumes de corbeaux cousues. Le bien et le mal. L'ange et le
démon. Le paradis et l'enfer. Une opposition évidente
dans la conception de l'au delà qu'ont ses deux personnages,
de leur rapport vis à vis de Dieu. Le prêtre remet
un manuel biblique à Tsumiji qui obnubile, fascine,
le jeune homme : sa rédemption pour la paradis passe
par la croyance en un Dieu auquel il ne croit pas. Et pourtant
ses cauchemars l'obsèdent et la lumière religieuse
si brillante, si intense, lui semble être la seule voie
de la rédemption. |
Pour Coco, son rapport à Dieu est
tout autre puisqu'il revêt l'image de ses parents, ceux la même
qui l'ont amené dans cet asile, elle vit dans la persuasion
d'être la fille du monde et que celui ci viendra à disparaître
à sa mort tel qu'il a été crée à
sa naissance. Un raisonnement absurde selon Tsumiji, la démonstration
évidente d'une folie qui la condamne à l'enfer. Lui,
l'ange prophète, elle, l'ange de l'apocalypse. Une réalité
dont Coco est pourtant consciente, la fatalité de la mort ne
l'effraie point pas plus que l'enfer dont elle vante les mérites.
| Accompagnés de Satoru,
ils vont entreprendre une longue marche vers un phare afin d'y
contempler la fin du monde, l'apocalypse prédit par le
manuel du prêtre. Un quasi pèlerinage pour ces
trois oiseaux du ciel qui voient dans cette longue marche au
dessus de la ville, une issue au misérabilisme de leur
vie. La fin du monde est proche et eux seuls le savent, la peur
de retourner en cellule de redressement a disparu, ils sont
enfin libre, une liberté physique mais aussi morale.
Seule leur éternelle folie continue à les hanter,
une folie dont ils semblent être conscients puisqu'ils
se refusent à mettre un pied à terre avec le monde
civilisé. |
|
De murs en murs, ils parcourent le chemin
qui les mène au phare où il se résigneront enfin
à entamer leur picnic mais un des oiseaux tombe et meure et
soudain c'est toute la réalité qui réapparaît,
une réalité âpre et amère faite de peurs
et démons du passé : Tsumiji n'arrive pas à
accepter ses gestes, il condamne son attitude sans parvenir à
l'assumer, il vogue vers un idéal mais s'accroche désespéramment
à la vie. Coco n'éprouve aucun regret tout au plus quelques
remords mais sa folie la sauve des tourments de la culpabilité,
elle vogue vers un idéal de vie tout en sachant sa fin inéluctable.
Un contraste permanent entre la vie et la mort, entre Coco et Tsumiji,
le prophète connaît la route, il est la vie, le leader
et l'archange, laissée seule, est perdue, désemparée.
 |
Une histoire de toute
beauté, où les détails foisonnent, abondent
et créent une atmosphère coupée du réel,
presque intemporelle. Les plans sont d'une toute beauté
et confirment bien tout le talent du réalisateur : ancien
réalisateur de clips musicaux notamment pour la chaîne
MTV, Iwai Shunji (All about Lily Chou Chou, Love Letter, Swallowtail
Butterfly) nous prouve qu'il sait également
réalisé un très beau cinéma, allier
la poésie lyrique à la beauté visuelle.
Et pourtant le film débute de manière très
austère installant une ambiance dérangeante, oppressante
: l'asile aux couleurs si ternes à mi chemin entre une
usine désaffectées et une prison, le cauchemar
éveillé de Tsumiji pendant que Satoru se soulage
ou encore l'infirmière martyrisant Coco. |
On assiste démunis, étouffés
par la déchéance, la dérive mentale des trois
internés et ce n'est qu'une fois sortis au delà de l'enceinte
de l'asile que l'on parvient à reprendre son souffle. Le réalisateur
parvient alors à nous faire partager avec presque autant d'émotion
que pour les évadés, le simple plan plongeant sur une
route traditionnelle. Un plan à la signification évidente,
sublimé par la mise en avant d'une musique splendide composée
par Remedios, très chargée émotionnellement.
| Les acteurs font preuve d'une
justesse de jeu incroyable, la palme revenant à Chara
(Swallowtail
Butterfly) qui nous interprète
le rôle d'une femme-enfant aux allures de vamp des temps
modernes de manière très réaliste. Les
chansonnettes qu'elles poussent avec une voix surélevée
dans les aigus démontre très justement se détresse
et l'abandon d'une quelconque raison, ceci comme l'hystérie
dans laquelle elle plonge régulièrement. |
|
Asano Tadanobu (Last
Life in Universe, Electric
Dragon 80 000v, Zatoichi)
est parfait comme à son habitude et peut sans aucun doute être
considéré parmi les meilleurs acteurs japonais contemporains.
A l'aise dans une variété de rôles impressionnants,
il réalise ici déjà une prestation sans faute
et insuffle au film un charisme indéniable dans sa relation
avec Chara (ils sont d'ailleurs ensemble dans la vie réelle).
 |
D'une beauté plastique
incroyable, Picnic est une oeuvre majeure de la filmographie
de Shunji Iwai où le réalisateur nous offre un
scénario certes assez léger et d'une durée
relativement courte (à peine plus d'une heure) mais basé
sur une thématique intéressante et servi par une
interprétation et une bande sonore magistrale. Un film
à découvrir de toute urgence. |
|
|
GALERIE
|
|
|
|
MUSASHI
|
|
|