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L'Orphelin d'Anyang de Wang Chao - 2001
avec Zhue Jie
2 critiques : Mystere Vic - Hinomura
L'Orphelin d'Anyang
Feng Yanli (Zhu Jie) se retrouve au chômage après un licenciement massif intervenu à son usine. Sans le sou pour subsister et se nourrir lui-même, le voilà qui se retrouve avec un orphelin sur les bras qu'une mère a abandonné, avec pour seul contact une messagerie téléphonique et l'assurance de 200 yuans par mois pour faire vivre l'enfant. Après une rencontre avec cette mère, prostituée (Sun Guilin) maquée à un réseau mafieux détenu par le père non reconnu de l'enfant (Yue Sengyl), les relations entre elle, Yu Dagang et Feng vont s'officialiser jusqu'à devenir celles d'un couple normal.

Wang Chao a cette tendance à vouloir agacer le spectateur jusqu'à le faire s'interroger : Reste ou reste pas ? Il faut dire que les longues séquences en plans fixes du préambule, vides humainement et photographiquement pauvres ne mettent pas le spectateur dans des conditions satisfaisantes pour s'intéresser à ce qui va suivre.

On l'a compris, les déambulations de l'ouvrier veuf en quelques sorte d'un mariage déjà ancien qui veut entrevoir une dernière fois sa belle (usine) ont une signification sur laquelle va se greffer la nouvelle liaison, mais elles sont mal rendues.
Heureusement l'histoire qui suit adopte un rythme un peu plus classique et même si certaines séquences trop longues viennent grever le récit, elles ont parfois l'avantage de témoigner d'un style que Wang Chao se plaît à défendre, ce qu'on ne lui reprochera pas en l'occurrence.
Tout son film est basé sur le cadre, sur le champ et ce qui se passe en dehors, la démonstration la plus probante étant le règlement de compte final entre, d'une part l'homme flegmatique et d'autre part le maquereau violent mais condamné.
On sent bien que l'Orphelin d'Anyang a été filmé à l'économie et qu'il n'a pas été visé par le Bureau du Film Chinois (non pas qu'il aurait été refusé mais Wang Chao voulait se réserver la liberté de filmer l'histoire telle qu'il l'entendait).
Les moyens sont réduits tant en lumière qu'en son mais quand on apprend que c'était voulu, ceci prend plus d'épaisseur : " le micro omni-directionnel permettait de donner autant de valeur aux dialogues qu'au son environnant ". On peut dire la même chose des arrière-plans. Quand il y en a, Wang Chao n'a donné de l'importance qu'à eux. Caméra lointaine, scène de rue où les protagonistes principaux passeraient inaperçus si on ne les connaissait déjà. Tout pour vraisemblablement mieux isoler et mettre cette relation à l'échelle de la Chine.
On peut légitimement se demander si le bord-cadre participe également de ce choix ou bien s'il s'agit de contraintes techniques. Toujours est-il que ceci se justifie plus difficilement et est parfois rhédibitoire. Il n'en demeure pas moins que ce film va jusqu'à la fin d'une histoire ; pas celle de l'orphelin mais celle de ses parents naturels et adoptifs et même si l'emprisonnement de sa mère scelle le destin de cet orphelin d'Anyang, il représente une belle promesse d'avenir.
Texte de MYSTERE VIC
Critique de Hinomura - Note : 8/10

Nous entrons donc l’intimité du vécu de trois personnes, toutes frappés par la misère sociale.

Yu Dagang, ouvrier jusqu’ici, vient de se retrouver sans emplois à la suite de la fermeture de son usine comme de nombreuses autres de la région où il ne reste plus que le souvenir du travail et l’ombre d’un attachement social aujourd’hui défait.

Sa vie se résumait à cet emploi, seul revenu, seule subsistance d’une vie dédiée à l’industrie et maintenant sans protection sociale et sans salaire, tel un paria de la société.
Feng Yanli est une prostituée et meneuse de soirée dans des bars de la ville tombés dans l’oubli. Elle satisfait quelques hommes débordant d’envies sexuelles malgré les difficultés du pays, et les soulage de quelques billets. Son enfant, seul lien qui lui rappelle encore qu’elle est une femme, une mère, est en bas âge et demande la présence de sa maman ou d’une nourrice continuellement. Elle trouve cette âme bienveillante en la personne de Yu Dagang, qui sans un sou préfère garder un enfant moyennant quelques yuans que de faire la disette ou la manche. En ce sens, cet enfant est une aubaine pour l’ancien ouvrier même si celui-ci n’a aucune connaissance sur les quelconques principes de soins et d’hygiènes d’un bébé.
Le troisième individu n’est autre que le père de cet enfant, le proxénète de Feng Yanli. Soucieux de son propre bien être, il est pourtant frappé par une maladie grave où son crâne rasé devient une preuve irréfutable de sa perte de cheveux. Connaissant la période fatidique que les cieux lui ont imposé, il se rend compte de ses actes manqués notamment auprès de son fils sans père et décide unilatéralement de prendre ses responsabilités et d’enlever l’enfant à sa prostituée de mère.
Mais Feng Yanli n’est pas de cet avis et fera tout pour ne pas lui donner son amour le plus précieux…

Quand les cinéastes de la cinquième génération comme Zhang Yimou s’éloignait du domaine social pour développer des frasques historiques et légendaires, Wang Chao et nombres des cinéastes de la sixième génération reprenait le flambeau d’un cinéma en phase avec son temps.

L’orphelin d’Anyang n’est pas seulement un long métrage sur l’avenir d’un enfant mais plutôt sur le désenchantement de trois personnes en marge de la société, et chacun donne en spectacle une batterie de problèmes omnipotents de la Chine moderne. Yu Dagang est l’incarnation des fermetures d’usine anciennes industrielles, seul moyen de gagner sa vie et seul lien où se fabriquer une identité sociale. Sans cela, l’individu est perdu, sans repères, face à lui-même et plus à la collectivité du peuple. Mais Yu Dagang est aussi une preuve du malaise humain où cette homme n’a jamais eu l’occasion de s’attacher à une vie familiale, avec femme et enfant tel un idéal social. L’emploi en usine est ainsi un grand critère d’identité mais aussi une prison sans activités extérieures .
Feng Yanli et son bébé sont une deuxième vitrine des peines chinoises. Une femme dans l’engrenage de la prostitution, entretenue avec d’autres tel une poules aux œufs d’ors par des proxénètes, et entretiennent par manque d’argent leurs douleurs de corps et de cœur. Son bébé, épicentre de toutes les attentions es une manne d’argent pour l’un, de l’amour pour sa mère et un sentiment de paternité pré mortem pour le papa de l’enfan …

Il est donc le dernier axe du mal chinois. En effet, les autorités ont officiellement déclaré qu’il n’existait pas sur le territoire national de mafias, triades ou réseaux de prostitutions. Sa seule présence dans le long métrage est déjà une déclaration forte sur le mensonge d’Etat ou plutôt l’étouffement d’une certaine criminologie chinoise mettant à sac l’idéologie communiste.

Mais au lieux d’en faire un terrible salop, Wang Chao au contraire l’humanise et le rend faible, tel une dernière victime dont sa mère très âgée pleure sur le sort de son fils et où ses hommes de mains s’apitoie sur sa destinée funèbre cela malgré son efforcent à reprendre un enfant qu’il n’a pas reconnu à sa naissance.

Wang Chao adopte ainsi une vision sous trois angles différents de la société chinoise dont l’enfant sortira indemne. Chacune de ses prises à partis démontrent bien des situations dangereuses où l’Etat peine encore à trouver des réponses.

L’orphelin d’Anyang est ainsi une première œuvre très intéressante où Wang Chao conçoit une narration détaillée pour un budget minimal. Lorsqu’on se concentre sur le bonus proposé sur l’édition dvd par Arte où Wang Chao explique toutes les péripéties du montage de son film pour la présentation au festival de Cannes, son travail en ressort d’autant plus fort et convaincant.

Ainsi la sixième génération tient son rôle social dans cette société chinoise, indispensable à mieux comprendre cette société en pleine mutation

 



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