Entre le slash movie et le ghost movie, à la limite entre le polar et le thriller fantastique, voilà où se situe Nightmare Detective, le dernier film de Shinya Tsukamoto dont on pouvait raisonnablement attendre mieux. Mais le film fonctionne néanmoins par la juxtaposition de deux personnages, la détective Keiko, brillante recrue de l’Académie Nationale de Police et Kanegamura, un devin suicidaire qui a la faculté de plonger dans les rêves des gens pour en extraire leurs peurs. La première est hantée par son passé, le second certain de son absence d’avenir. Toute référence aux X-files ne serait pas forcément fortuite.
Les deux personnages vont devoir enquêter sur un mystérieux meurtrier qui, lorsque les gens en proie à des pulsions suicidaires l’appellent au numéro « 0 », peut plonger dans leurs rêves et les assassiner à sa guise mais proprement, version scary-movie en plus trash. Lorsque son collègue Wakayama meurt, foudroyé par le tueur, Keiko décide de faire de nouveau appel à Kyoshi, pour l’aider à coincer le serial-killer aux pouvoirs d’auto-persuasion.
La trame du scénario suit assez classiquement celle d’un polar en lui distillant une bonne dose de fantastique, le tout assaisonné par le style brusque et destructeur de Tsukamoto. La photographie nébuleuse essentiellement nocturne donne l’image d’une ville déshumanisée, et la bande son aide à se la représenter froide et métallique. Mais le film emprunte par trop à ses illustres prédécesseurs (le meurtre ou la convocation du meurtrier par téléphone, l’être insaisissable qui tue pour le plaisir) pour qu’on puisse lui trouver une quelconque originalité.
Le réalisateur se joue de ces clichés certes (les cheveux de Sadako et la main rampante tirée de Ring) mais sans les tourner à son réel avantage. L’innovation, il faudra la chercher dans le basculement entre les fantasmes et la réalité et la frêle frontière qui les sépare, dans la psyché troublée de ses personnages, notamment une scène finale anthologique et également dans la volonté de rester au stade contemplatif sans chercher à expliquer les phénomènes qu’il relate.
Finalement, Nightmare Detective n’est pas un incontournable du genre, simplement un moment à passer en compagnie de jeunes acteurs qui s’y révèlent corrects et pour la beauté du style ou les inconditionnels du réalisateur.
Mystere Vic – 11th PIFF – Octobre 2006
PROPRIETE DE CINEASIE 2006 - MYSTERE VIC - Toute reproduction est interdite et doit faire l'objet d'une demande au rédacteur et au webmaster du site. Aucun texte ne peut par conséquent être reproduit sans autorisation préalable.