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| MUA
OI de Dang Nhat Minh (Vietnam) 2000 |
| avec
Bui Bai Binh (Hoa), Nguyen Lan Huong (Thuy), Pham Thu Thuy (Loan),
Le Thi Huong Thao (Hue) |
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Mua
Oi
La Saison des Goyaves
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Il
est des pays où cinéma et littérature participent
de la même démarche, de la même volonté
en tant qu'art et en tant que vecteur d'une tradition du conte.
Le Vietnam en fait partie et Dang Nhat Minh, avec ce septième
long-métrage en fait une démonstration des plus
probantes. Tirée de sa nouvelle " L'ancienne
demeure ", La Saison des Goyaves (Mua Oi
dans son titre original) fait partie de ces films qui resteront
sans doute confidentiels mais qu'on voudrait voir diffusés
sur le plus grand nombre d'écrans possibles tant il le
mérite et témoigne d'une véritable identité
du cinéma vietnamien. |
| Hoa,
la cinquantaine est un homme qui possède l'âge
mental d'un enfant de treize ans. Quand il ne pose pas pour
des élèves artistes, il passe l'essentiel de son
temps à contempler une grande maison située dans
une rue isolée de Hanoi. A travers la grille, il lève
les yeux vers le goyavier du jardin. Il y a une trentaine d'années,
Hoa vivait là avec sa famille ; c'est en chutant
de l'arbre qu'il a subi ce traumatisme irréversible.
Aujourd'hui c'est un haut-fonctionnaire et sa fille étudiante
qui occupent la maison. Un jour, alors que la fille est seule
Hoa pénètre dans le jardin et va cueillir quelques
goyaves mûres. |
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Etre
enfant signifie une ouverture au monde, une candeur que les
adultes s'efforcent de refouler pour faire face dans une société
où l'on exige de chacun plus de pragmatisme et d'efficacité.
A partir de quel moment perd-on cette innocence ? A partir de
quand choisit-on d'étouffer ses souvenirs d'enfance ?
Ce sont les questions que Dang Nhat Minh pose très
justement dans le film. La construction du scénario sert
élégamment son propos puisque l'on va suivre Hoa
dans sa lutte inéquitable pour affronter les interdits
adultes puis trouver appui en une personne, Loan, la
fille de la maison qui lui offre une ouverture, une sensibilité
à son histoire pour finalement se heurter de nouveau
à l'incompréhension des adultes. |
| Se
souvenir de son passé, c'est avoir une histoire, donc
exister, c'est souffrir également ; de plaies qui ne
se sont jamais vraiment fermées. A la manière
de la madeleine de Proust, la goyave agit sur Hoa comme
catalyseur de sa mémoire lui rappelant les moments heureux,
les jeux avec sa sur tandis que le personnel hospitalier
est l'inhibiteur qui ravive en lui la douleur causée
par la perte de sa mère. Le réalisateur choisit
de ramener le passé à la vie par petites touches,
à la manière des peintres qui oeuvrent dans l'Ecole
des Beaux-Arts, intégrant doucement les séquences
du flashes-back à la trame réelle du film, mélangeant
les époques au point de ne plus faire de différence
entre Hoa l'enfant et Hoa quelques années plus tard.
Ces souvenirs sont le seul lien qui le rattache à l'enfance
et qui le lie à Loan, l'amie compréhensive et
accueillante. |
| Ouvrir
les portes revêt alors une valeur hautement symbolique
et Dang Nhat Minh le filme d'une manière simple.
Cette maison, Hoa croyait qu'il " en partait
pour quelques jours ", quand son père a
autorisé l'Etat à la réquisitionner. Trente
ans plus tard il y est de retour. Et Mua Oi est également
l'occasion de dénoncer les abus du régime politique
qui, sous l'égide d'un parti dit du " peuple
" a agi en véritable expropriateur ne laissant
pas le choix à des gens pour qui la demeure était
la seule richesse. Hoa a donc dans l'idée de se
la réapproprier, simplement, ingénument, légitimement.
Il vient s'y installer jusqu'à ce que le père
de Loan agisse en véritable bureaucrate, paradoxalement
égoïste comme nombre de membres de son Parti et
vienne à l'expulser. La charnière du destin de
Hoa est alors refermée ; il ne verra plus la réalité
comme avant ni les personnes qu'il aura connues avec ses yeux
d'enfants. Effacées comme les souvenirs perdus, comme
l'âme d'un enfant et l'illusion du bonheur. |
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| Comme
le cite Dang Nhat Minh, un passage de l'Evangile selon
Saint-Mathieu rapporte : " en vérité,
je vous le dis, si vous ne retournez pas à l'état
des enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux ".
Au royaume des adultes, ce sont les enfants qui sont rois parce
qu'ils savent dire oui à leurs sentiments, suivre l'expression
de leurs désirs et qu'ils sont finalement plus libres
que leurs parents. Liberté d'aimer sincèrement
une personne comme la relation que Hoa entretient avec
Hue mais qui va s'éteindre pour laisser place à
une apathie morbide. L'interprète de Hoa, Bui
Bai Binh, assure une performance surprenante, celle de nous
faire croire encore à nos histoires d'enfance, à
ce petit Prince vietnamien préservé de la mesquinerie
du monde adulte. Et son personnage prend toute son épaisseur
aux côtés d'acteurs non professionnels (Pham Thu
Thuy alias Loan, Le Thi Huong Thao alias Hue
) pour qui
la spontanéité et la virginité à
ce type d'emploi sont les bourgeons d'une génération
de comédiens en devenir. |
| Même
si, dans l'ensemble, il s'avère moins abouti photographiquement
qu'une uvre de Tran Anh Hung, le film de Dang
Nhat Minh a pour principale qualité de dépeindre
de manière juste et sobre le quotidien hanoïen actuel
et d'offrir au spectateur la vision de liens filiaux et sentimentaux
qui, s'ils ne sont pas toujours exprimés, ont le mérite
de raconter le Vietnam mieux que tout document historique. Alors
puisque la saison des goyaves est arrivée, laissez vivre
ce film, accompagnez-le dans son évolution, émerveillez-vous
devant la pureté d'âme de Hoa pour ne pas permettre,
comme la goyave, que Mua Oi ne soit plus qu'un lointain souvenir
à moitié effacé par le temps. |
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