| MONRACK
TRANSISTOR |
Réalisateur
: Pen-ek Ratanaruang : THAILANDE : 2002 |
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Pèn
(Suppakorn Kitsuan) est un jeune chanteur de kermesse, dans
une région provinciale de la Thaïlande. Paradant
amoureusement au rythme du louk thoung, sorte de country thaïlandaise,
il brigue les doux yeux de Sodao, jeune fille timide et ingénue
qui aide son vieux père aux travaux agricoles. Seulement,
ce dernier ne voit pas d'un bon il un vaurien sans-le-sou
tourner autour de sa fille unique. L'amour des deux jeunes gens
aura raison de sa ténacité et comme le dit le
narrateur : " tout pourrait très bien se terminer
comme dans la plupart des comédies romantiques ".
Mais voilà, car il y a un " mais ", Pèn
est un loser invétéré et attendrissant
qui va aller de péripéties en opportunités
ratées et dont on va suivre le parcours rocambolesque
tout au long du film. En effet, une des originalités
de Mon-rak Transistor (qu'on pourrait traduire littéralement
par " a transistor love story ") c'est le point de
vue du narrateur : le film s'ouvre sur l'emprisonnement de Pèn
et le commentaire en aparté de son geôlier qui
dit l'avoir bien connu et s'apprête à nous raconter
pourquoi le cas de Pèn est révélateur de
l'état de la Thaïlande aujourd'hui. |
Une
société où les vrais méchants restent
souvent impunis et jouissent d'une fortune indécente et les
pauvres types comme Pèn, pour deux malheureuses erreurs, en
arrivent à gâcher leur vie. Ce mode de narration externe
va donc nous faire prendre de la distance vis-à-vis du personnage
principal et de ses expériences, même si, il va sans
dire, on ne peut qu'être pris de compassion et de réprobation
face aux événements encourus. Loin de porter un jugement
sur son personnage, Pen-ek Ratanaruang, le réalisateur l'offre
donc en jugement aux spectateurs, comme à un jury (ira-t-on
jusqu'à pousser la métaphore pour juger du fruit de
son travail ?), lui délégant la lourde tâche de
statuer sur le sort d'un hère malheureux et au-delà
celui de la Thaïlande d'aujourd'hui.
Inventif, frais, naïf, Mon-rak Transistor l'est sans conteste,
employant pour illustrer une partie de son histoire, des saynètes
musicales géniales dans lesquelles les multiples intervenants
du film (ré)-apparaissent pour faire les enfants de chur.
Nombre de fois, il aurait pu être question de basculer dans
la comédie musicale mais à aucun moment, le réalisateur
ne prend ce risque et, à bon escient, il dose savamment l'équilibre
entre ces séquences chantées et les scènes de
dialogues traditionnelles, insufflant au film la veine comique nécessaire
pour préserver la légèreté du récit,
inspiré du livre éponyme de Wat Wanlayangkoon.
" Je ne voulais pas en faire une histoire triste du début
à la fin et pour ça j'ai introduit des éléments
de comédie qui n'étaient pas forcément aussi
manifestes dans le livre " ajoute le réalisateur.
L'essentiel est que cela fonctionne ; et rudement bien. L'histoire
d'amour ne prend pas trop le pas sur le récit initiatique que
représente le film même si elle resurgit de temps à
autre pour nous rappeler qu'à vouloir devenir chanteur, star
de ciné puis agriculteur et finalement prisonnier, Pèn,
le triste soldat, a laissé derrière lui une femme, un
enfant et un beau-père, famille trahie, abandonnée,
percluse d'amertume. Et si ces personnages ne sont tout d'abord que
des figures isolées dans la galerie que brosse Mon-rak Transistor,
c'est finalement sur le couple que le rideau tombe, retour d'un mari
prodigue vers sa compagne délaissée ; Pénélope
thaïlandaise qui aura vécu pendant plusieurs années
sa relation conjugale par procuration, partageant ses nuits avec un
transistor pleurant sans relâche les ballades sirupeuses que
Pèn et autre chanteur du même acabit interprétait
sur les scènes de Bangkok et de sa banlieue.
La musique tient, dans ce film, une place de choix et même si
elle n'est que collection, enrubannée d'échos, d'un
répertoire savonneusement romantique, elle reste toutefois
le reflet fidèle des sentiments et espoirs d'un peuple thaïlandais
dont les aspirations sont communes à une majeure partie de
l'Asie, à savoir le bonheur par la famille, l'amour et l'attachement
à la terre. Issu de l'école de la Pub, Pen-ek Ratanaruang
dresse ici une chronique réaliste, à peine caricaturale
de la Thaïlande actuelle et l'image qu'il en présente
est également sa vision sincère de son pays : une société
immorale (amorale ?), décalée et cruelle où comme
le notait dans son propos liminaire le vieux gardien de prison, le
libéralisme galopant prive les plus démunis de leurs
libertés essentielles (circuler, s'exprimer, exister) et dote
les nantis du pouvoir oligarchique de tout contrôler.
La séquence du gala de charité est, en ce sens, criante
de cynisme. Mis en scène de façon exotique et décalée,
jouant avec les encadrements et les ouvertures, servi par des lumières
et des couleurs chaudes, faisant de la profondeur de champ une alliée
de premier rang, Mon-rak Transistor s'impose comme une uvre
maîtresse de Pen-ek Ratanaruang et même s'il n'a pas reçu
le succès d'estime escompté en Thaïlande ("
en partie à cause du trailer et de la campagne de promotion
que je n'ai pas suivie " indique le réalisateur, on peut
dors et déjà lui promettre une carrrière brillante
sur les écrans internationaux. |