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Bati est chauffeur de taxi de nuit à Bangkok. Adorateur d’un passé révolu il vit par procuration un monde auquel il n’appartient plus. Plongé dans les oldies et les soap-operas, il ne peut se résoudre à l’essor incessant de la violence et à l’invasion de la technologie dans la Thailande d’aujourd’hui. Il préfère s’évader de sa vie ordinaire en écoutant l’émission d’un certain DJ qui lui rappelle les bons vieux jours. Quand il rencontre Nuan, une prostituée, elle contraste d’emblée avec ses copines extraverties et les deux échangent des regards à travers le rétroviseur, se retrouvant l’un l’autre dans leurs silences réciproques . |
| Il ne faut pas longtemps pour que ces deux-là tombent amoureux. Un amour étrange, presque maternel. Bati est bon et naïf, presque aussi fragile et innocent qu’un enfant. C’est une tâche de peinture blanche dans ce Bangkok sombre et cruel. Nuan le prend d’abord sous son aile en lui faisant promettre de venir la chercher tous les soirs après son travail au night-club, à minuit pile. D’où ce titre anglicisé du film qui s’intitule Cherm en thaï. En échange, Bati tient à lui offrir une vie décente et rêve de meilleurs lendemains. Mais tout n’est pas aussi simple que leur amour. |
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Midnight my love est donc un superbe drame sentimental qui fait la part belle à une leçon d’humanisme et décrit les effets de la société perverse sur les hommes foncièrement probes et bons. Ce film fonctionne d’abord par la magie nocturne qu’exerce Bangkok sur cette relation naissante. Les errances noctambules dans les rues de cette ville de désir, fiévreuse et matérialiste sont mémorables. Et le chauffeur tellement touchant. Tel un enfant, Nual doit le prendre par la main dans la galerie commerciale. C’est de ce couple incongru que naît l’intérêt grandissant du spectateur. De leur relation aussi réelle que fantasmée.
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D’attentes réciproques en lapins de taille, cette rencontre qui n’aurait pas dû exister prend un sérieux coup dans l’aile. Pourtant, les raisons en restent obscures. Une relation qui n’aurait pas dû être cesse d’exister pour des motifs que l’un et l’autre ignorent. Par l’impossibilité à communiquer leur amour, ils en arrivent à le tuer. Bati reste muet aux questions, ne cherche pas à se défendre, se justifier. On croirait rencontrer Meursault chez Camus. Etranger à cette société corrompue, étranger à ses malversations, il en est aussi la victime.
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Pourtant quand le bonheur frappe à sa porte, il faut savoir le saisir. On n’a pas tous les jours la chance d’avoir une seconde chance. Midnight my love conte les doutes d’un homme évoluant dans un monde qu’il a cessé de comprendre. Doit-on être juste lorsque l’on cherche à dévoyer les justes ? Jusqu’où ? A qui se fier ? Où se situe la vérité et l’illusion ? La Radio et ses golden oldies, c’est la désillusion, la trahison des ondes mais par la force de ce destin, les choses viennent à changer comme touchées, rattrapées par la bonté.
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Si ce film voit une lumière nouvelle se lever sur son épilogue, il n’en demeure pas moins le constat amer et désespéré d’une réalité injuste et cruelle. A l’instar de cette lettre de Bati incarné par un splendide Petchtai Wongamiao où il confesse « Tous mes rêves et mes espoirs s’en sont allés, j’ai rencontré le véritable amour », on peut se demander si ce qui compte dans la vie, ce n’est pas de poursuivre un idéal, de courir après une lumière qui éclaire votre chemin et vous permet de tolérer les affres de l’existence plutôt que de l’atteindre, alors aveuglé et sensible, si sensible à ses douleurs intolérables.
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