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ME
THAO : 2002
GENRE : Drame
NOTE : 9/10
Résumé :
Au début du XXe
siècle, Nguyen, riche seigneur du Viêtnam du Nord, donne
asile dans son domaine de Mê Thao à Tam, un joueur de
cithare recherché pour un meurtre involontaire commis lors
du récital de la cantatrice To dont il est l'amant. Tam se
met au service du maître de Mê Thao, dont il devient à
la fois le fidèle intendant et l'ami dévoué.
Fiancé à une belle de la ville, Nguyen lui offre une
automobile et organise une fête au domaine pour la recevoir.
Elle n'arrivera jamais : un accident de voiture la tue sur le chemin
de Mê Thao. Sombrant dans la passion la plus folle, Nguyen rejette
violemment tout ce qui a trait à la modernité et se
réfugie dans le culte de celle qui a disparu. Prenant le dessus
sur la sollicitude que le maître a toujours eue pour ses gens,
la démence confine celui-ci dans un passé arrêté
et peuple sa solitude de fantasmes..." |
Comme
beaucoup de réalisateurs et réalisatrices vietnamiens,
VIET LINH a commencé au "Giai Phong Film Studio".Elle
travaillera tout d'abord comme scripte. Après avoir été
diplômée de l'école de cinéma, VIET LINH
va commencer par écrire des scripts pour des films documentaires
puis partira en Russie pour approfondir ses études de cinéma.
VIET LINH réalisera "L'immeuble", qui évoque
le changement des mentalités et l'évolution de la société
vietnamienne à travers le microcosme des occupants d'un ancien
hôtel, Ce sera le premier film vietnamien distribué dans
le circuit commercial en France.
CRITIQUE : ME THAO "Pour sortir de l'ombre"
C'est le début du vingtième siècle, sous
le joug colonial français. Nguyen est un puissant seigneur
du Vietnam Nord qui règne sans partage, mais avec sollicitude
pour ses gens, sur le riche domaine rural de Mê Thao, renommé
pour la culture du vers à soie. Nguyen y abrite Tam, un aristocrate,
joueur de luth virtuose et passionné de musique classique,
comme lui, qu'il a rencontré à Hanoi lors d'un récital
privé avec la cantatrice To dont Tam est l'accompagnateur et
l'amant. Malheureusement Tam est recherché par la police pour
un homicide involontaire commis lors de ce récital.
| A Mê Thao, protégé
de la police, il devient l'intendant et l'ami de Nguyen. Ce
dernier est follement épris d'une hanoïenne d'une
grande beauté, Mademoiselle Ut, pour laquelle il est
en train d'organiser une fête au domaine. Rien n'est trop
beau ni trop cher pour elle. Il acquiert même une voiture
automobile pour la conduire à Mê Thao. Elle n'arrivera
jamais. Un accident coûte la vie à la jeune femme.
Nguyen devient inconsolable, il s'enfonce dans un furieux chagrin,
se barricade dans un passé arrêté et peuple
sa solitude de phantasmes en s'adonnant à d'extravagantes
lubies. Tam veille pourtant ainsi que Cam, la servante muette. |
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Il émane de Mê Thao un parfum d'autrefois auquel participent
de concert l'image et la musique traditionnelle. La forme vient étayer
admirablement le propos de la réalisatrice, Viet Linh, tant
et si bien que lorsque deux énergumènes français
viennent profaner ce sanctuaire, on se sent agressé, les français
les premiers. Il y a là tous les éléments qui
font de cette histoire un classique du théâtre vietnamien
et il faudra bientôt dire du cinéma. Car avec une belle
vitalité et un réel talent dans la manière de
raconter des histoires les réalisateurs vietnamiens, et à
plus forte raison les réalisatrices, sont bel et bien là.
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Il est regrettable que cette
cinématographie n'ait pas encore les moyens de sortir
plus de l'ombre, comme c'est le cas pour les films coréens
par exemple dont on entend dire partout qu'ils sont en plein
essor alors que cela fait des années, pour peu qu'on
y prête un peu attention, que la Corée inonde la
planète de ses productions. Il reste à espérer
que la coopération et le développement de ce pays
concourront à permettre au Vietnam de diffuser plus largement
ses films, à commencer par son propre territoire. |
Classique vietnamien car il y a là le trio amoureux : A aime
B, est aimé par C qui rejette alors désespérément
sa jalousie sur B. Une histoire d'amour en parallèle, le couple
d'amants transis, séparés par un mari encombrant et
un meurtre accidentel. Mais avant tout la peinture fidèle et
vivante de la richesse culturelle vietnamienne. La vie quotidienne
villageoise et les usages dans ce type de communauté. Sauf
qu'ici, la morale est sans cesse questionnée, remise en cause.
La victime qui devient meurtrière, la femme vertueuse qui revient
vers son mari, par crainte plus que par amour. L'ami fidèle
qui accepte de se sacrifier et sacrifie en même temps son amour
et la femme qu'il aime. Nguyen est tout d'abord la victime de son
propre narcissisme, de son ambition démesurée. Puni,
en un sens, de son désir de posséder, de détenir,
il fait payer tour à tour les villageois obligés de
retourner à un temps révolu, puis Cam et enfin Tam et
To, le couple maudit.
| Un questionnement sur le
poids de la civilisation également et son impact sur
la vie des gens. Sur la condition des femmes en Asie dont on
peut raisonnablement penser qu'en un siècle, elle n'a
pas tant changé. Il se dégage du film une intense
force féminine incarnée par des actrices poignantes.
Elles, To, Ut, Cam sont bridées, emprisonnées
mais animées d'un amour désintéressé.
Tandis que Nguyen est animé par le désir de posséder.
Son avidité est sans limite et il tombe dans son propre
piège. C'est enfin le fou qui détient l'ultime
sagesse : " Tout aveuglement se paie au prix fort. L'obscurité
crée l'enfer mais la lumière ne signifie pas forcément
le paradis ". |
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Les relations intriquées et ambiguës qui peuplent le film,
le culte de la beauté statufiée et l'arrogance qu'il
traduit, l'utopie et le fantasme idéalisé de Mlle Ut
et l'idée que l'amour est sacrifice, que pour aimer il faut
souffrir. Des thématiques absolument, viscéralement
vietnamiennes qui confèrent au film ses lettres de noblesse.
Quelques défauts techniques apparaissent ça et là,
imputables en grande partie au manque de moyens. La réalisatrice
qui fut successivement monteuse, caméraman et scénariste
de documentaires avant d'étudier la mise en scène à
Moscou et de tourner son premier long métrage de fiction en
1986 le dit elle-même : Ce qui manque au Vietnam pour avoir
le pouvoir de ses ambitions, ce sont les moyens. Autant dire qu'il
ne manque pas grand chose, pour que ce petit pays peuplé de
grands talents en vienne à briller au grand jour. |
Mystere
Vic
Mars 2003 Festival du Film Asiatique de Deauville
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