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MATRUBHOOMI de Manish Jha - Inde - 2003
Avec Tulip Joshi et Sudhir Pandey

MATRUBHOOMI : 2003
GENRE :
Drame
NOTE :
- / 10
Résumé
Dans une Inde rurale futuriste, les femmes ont pratiquement disparu en raison d’innombrables infanticides féminins. Cette absence de femmes oblige les hommes à se tourner vers d'autres sources de libération : pornographie, homosexualité, bestialité, violence, travail... Un beau jour, une jeune fille est repérée. Elle est rapidement vendue et mariée à cinq frères. Ces derniers, ainsi que son beau-père, exercent leurs droits conjugaux à tour de rôle. Mais la jeune femme commence à se rapprocher du plus jeune frère, le seul qui la traite en tant qu'être humain, à la grande désolation du père et des autres frères…

Critique :
Tout part d'un constat propre à un certain nombre de pays asiatiques. La politique de l'enfant unique dans certains cas, la vénération du fils dans tous, font que d'ici quelques années, les hommes risquent d'être confrontés au paradoxe qu'ils auront eux-mêmes engendré à travers l'infanticide féminin: la pénurie de femmes pour enfanter. C'est de ce constat que Manish Jha a voulu faire son premier long-métrage. Si un tel scénario paroxystique est peu crédible - merci d'ailleurs à lui de nous avertir en préambule "Toute ressemblance avec des personnes existant ou…- la première partie du film, en revanche, nous conte un récit malheureusement par trop véridique. La vente d'une fille par son père à une famille de garçons avides de chair fraîche après des années de disette sexuelle. Dans cette région rurale de l'Inde où depuis des années, la population féminine a été décimée, Ramcharan (délicieusement abjecte Sudhir Pandey) essaie désespérément de marier ses cinq fils.

Non loin de là, un pauvre paysan cache son bien le plus précieux: Kalki (Tulip Joshi), sa fille de 16 ans, véritable beauté. Alerté par un prêtre de ses amis (Piyush Mishra), Ramcharan achète Kalki à prix d'or et la destine officiellement à l'aîné de ses fils. La noce célébrée, la jeune vierge se retrouve livrée au désir des cinq frères et de leur père. 100 000 roupies et une vache par garçon et la fortune du "pauvre" paysan. Celui-ci se refait bien! Il vient même rechercher la part du père qui exerce son droit de cuissage sur la pauvrette sans passer par la caisse. Seul le fils cadet Sooraj (Sushant Singh) la traite en être humain, lui redonne le sourire, dans ce plan serré sur le lit. Jusqu'à ce que…
Le film sombre alors dans des excès spécieux, voulant tantôt faire rire, tantôt émouvoir. Il bascule dans l'horreur et ne réussit pas à sortir de cette caricature outrancière de la lutte des castes. On en atteint l'apogée dans une étable reconvertie pour l'heure en abattoir immonde puis dans cette course poursuite meurtrière à la machette. On croirait rejouer Utu-Tutsi, à Bombay, zéro partout. Le film se veut militant, tente de mettre l'accent sur ce double langage indien qui veut vénérer des déesses et avilir les femmes et dénoncer une pratique pourtant courante. Bref le seul message qui ressorte parmi les images scabreuses, c'est que quelle que soit la faute ou le péché commis, c'est toujours sur la femme que retombe le couperet, comme à la naissance où elles sont noyées dans du lait de vache, l'animal sacré de l'Inde sensé apporter fertilité et prospérité sur la famille et un fils, bien entendu.
Matrubhoomi cherche à se refermer sur une note d'espoir malgré tout. Mais à l'instar de la musique, signée Salim Sulaiman où Tablas et cithares cherchent à nous baigner dans une ambiance factice, son dénouement ne colle pas à l'image du film. Il ouvre sur une question. Quel est l'avenir d'une société où porno et Bollywood affublent la femme d'un statut d'objet, société ostracisante où violence et domination régissent les relations entre sexes et castes? Quel y est l'avenir d'un espoir qui naît, est-il condamné à mourir?
Mystere Vic
Mars 2004 Festival du Film Asiatique de Deauville


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