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LOVE LETTER de Shunji Iwai - JAPON - 1995
Avec Nakayama Miho, Toyokawa Etsushi, Mitsuishi Ken, Taguchi Tomoro
GENRE : Drame
NOTE : 8/10
RESUME :

Une jeune femme secoué par la mort de son fiancé décide de lui écrire une lettre à son ancienne adresse. Quelle n'est pas sa surprise quand elle reçoit une lettre de Fujii Itsuku, une femme portant le même nom que son fiancé défunt. Les deux jeunes femmes vont alors débuter une correspondance où elles racontent chacune leurs souvenirs "

Premier long métrage, précédant les deux chefs d’œuvres que sont Swallowtail Butterfly et All About Lily Chou Chou, Love Letter n'a pourtant rien d'un premier essai tellement il semble abouti et défini dans sa narration comme dans sa réalisation. Sur le thème de la douleur de la perte d'un être cher, Shunji Iwai nous offre une vision toute personnelle, étonnamment féminisée, de l'amour spirituel, du souvenir, de la nostalgie mais aussi de l'espoir, de l'illusion. Un film d'une tendresse intime, et d'une tristesse infinie, qui n'a pas trompé son public japonais, celui ci s'étant déplacé en masse, participant ainsi définitivement à la naissance d'un réalisateur devenu aujourd'hui, absolument incontournable .
S'ouvrant sur un paysage enneigé, soutenu par les premières notes d'un superbe thème musical composé par Remedios (qui avait déjà écrit les musiques de Undo), l'introduction de Love Letter nous plonge directement dans la tristesse d'une jeune femme, Hiroko Watanabe, dont l'amour de sa vie, Fujii Itsuko, est décédé deux ans auparavant lors de l'ascension d'un col en montagne.
Aujourd'hui ont lieux les commémorations du jour fatidique, et l'occasion pour Hiroko de retrouver celle qu'elle espérait pour belle mère. L'occasion de raviver le souvenir d'une personne dont la jeune fille n'est jamais parvenu à faire le deuil : en feuilletant le journal d'école du jeune Fujii Itsuki, Hiroko retrouve son adresse d'antan et décide de lui écrire une lettre dans l'espoir qu'il la lise de l'au delà...Quelques jours plus tard, elle reçoit une réponse à sa lettre signée Fujii Itsuki. Même nom, même adresse, seulement il s'agit d'une femme, une précieuse correspondante ayant connu le Fujii Itsuki masculin durant son adolescence, et dont elle va pouvoir retranscrire par écrit, quelques morceaux choisis de son vécu.

Le scénario, entre romance et drame, est exceptionnellement réussi et s'agrémente de scènes de la vie quotidienne des personnages, ancrée dans une réalité toute proche de nous. Il n'existe dans ce film absolument aucune trace d'artifices quelconque qui permettraient au réalisateur de tricher avec nos émotions, les personnages vivent, souffrent, meurent, rient comme le ferait chacun d'entre nous, et pourtant l'étonnante mise en image du réalisateur, douce et féminine comme cette inexorable tombée de la neige, transforment cette histoire en poésie, en rêve. Un rêve qui a pour magie cette étonnante coïncidence que Fujii Itsuki eût connu durant sa jeunesse une fille du même nom, et que sa fiancée lui ait adressé une lettre.

Simple et efficace, le scénario de Love Letter est un véritable havre de tristesse dont l'actrice Miho Nakayama parvient avec justesse à en faire ressortir toute la magnificence. En incarnant à la fois le personnage de Hiroko Watanabe et de Fujii Itsuki, elle est le souffle, l'âme, les larmes, la tristesse de Love Letter. Chaque plan, chaque découpage met en valeur le surprenant jeu dramatique de l'actrice, épaulé par un Etsushi Toyokawa, étonnement complémentaire. Un casting d'une perfection rare.
Doucement triste sous les traits de Hiroko Watanabe, l'actrice n'en devient pas moins joyeusement nostalgique lorsqu'elle se remémorent le Fujii Itsuki masculin de sa jeunesse, et replonge ainsi dans toute une tranche de son adolescence avec un regard différent. Inévitablement, Love Letter, par la correspondance établie entre les deux femmes, immerge le souvenir d'un aussi beau Il Mare où Jeon Ji Hyun avait pu à nouveau faire une démonstration de son talent, pourtant les deux films sont sensiblement différent dans la mesure où la correspondance entre les deux femmes, dans Love Letter, n'avait pas lieu d'être. L'étonnement de Hiroko Watanabe à l'ouverture de la réponse à sa missive est compréhensible : n'est ce pas un signe du destin qu'une personne du même nom de son défunt fiancé ait emménagé là où il habitait durant sa jeunesse ?
Malgré les prestations remarquables des acteurs, impossible d'oublier un seul instant l'homme qui se tient derrière la caméra, celui qui transpose le texte à l'écran et nous offre, à nous spectateur, la vision larmoyante d'un retour sur un drame. Shunji Iwai, telle une évidence. Son style frappe d'emblée, tellement sa caméra sait se faire douce, s'immiscer timidement dans les secrets de ces deux femmes et transformer en nostalgie ce qui ne devrait être que des souvenirs. Le réalisateur capture des moments d'intenses échanges visuels, des non-dits comme des révélations, et sait se faire plus pressant lorsque la dramaturgie de l'action s'accentue, en mettant en avant le caractère humain dans ce qu'il a de plus beau et de plus fier.
L'amour pour l'autre. Une sorte de long prélude à April Story, où l'on retrouve également ce touché féminin de l'auteur. Le réalisateur montre déjà ses techniques d'illustration de la solitude, son thème de prédilection sans aucun doute (sa filmographie se centre autour de la solitude, de l'exclusion, du marginal). La scène d'introduction ne laisse planer aucun doute sur la santé mentale de Hiroko Watanabe puisqu'elle se réveille dans la neige, seule, avant de se diriger vers la ville, tout ceci filmé d'un seul plan accompagné d'un léger travelling, la profondeur de champ est donc plutôt vaste : le chagrin d'Hiroko ne serait il qu'une goutte d'eau plongeant dans un lac par temps de pluie.
A la vision de Love Letter, on comprend mieux les raisons qui ont amené le public japonais à encenser le réalisateur Shunji Iwai. Esthète profondément humain et fin dramaturge, il parvient réveiller la fibre émotive présente en chacun de nous avec une habileté remarquable. Un film émouvant, loin de toute mise en scène hollywoodienne, délivrant au compte gouttes ses émotions jusqu'au final révélateur. Superbe.
MUSASHI

 



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