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Monument du cinéma japonais
mais aussi mondial, "Les sept samouraïs"
(Lion d'Argent au Festival de Venise en 1955) réalisé
par Akira Kurosawa (Ran, Vivre, Kagemusha...) fait indubitablement
partie des chefs d'uvre universels enfanté
par le septième art. Plus qu'un simple film,
il s'agit d'une expérience à vivre, de
simples mots ne suffisant pas à caractériser
la richesse de cet objet d'adoration. Bénéficiant
de moyens colossaux pour l'époque, tourné
pendant une année entière, ce film consacra
la suprématie du cinéma japonais sur le
cinéma asiatique durant les années 50
à 70 et fit émerger deux figures de proues,
qui 50 ans plus tard rayonnent toujours de la même
intensité : le réalisateur Akira Kurosawa
et l'acteur Toshiro Mifune.
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Cette oeuvre épique, si
elle l'est dans l'intensité de sa narration,
alternant les scènes de combats (assez sauvages
pour un Kurosawa d'ailleurs) à celle dramatiques
et humoristiques, l'est aussi dans sa durée :
en effet les sept samouraïs c'est avant tout 3h15
de bonheur. Une durée assez conséquente
qui demande une certaine attention, mais là ou
le réalisateur prouve son incontestable talent
c'est qu'il parvient à faire paraître son
très long métrage presque trop court.
Un rythme endiablé, guidé par des acteurs
tous magnifiques et un scénario passionnant,
finisse par convaincre quiconque aurait quelques préjugés
négatifs quant à la durée (qui
couplée au noir et blanc et au son mono ne sont
pas des atouts séducteurs).
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Concrètement si le film se
laisse suivre aussi bien c'est surtout parce qu'il a bénéficié
d'un découpage intelligent, trois parties distinctes,
toutes aussi intéressantes : la première partie
concerne le recrutement des protecteurs, les villageois ayant
eu vent de l'arrivée d'une bande de brigands décident
d'engager des samouraïs dans le but de défendre
leur village, leurs femmes et leurs récoltes. Cependant,
pauvre sans un sou, ils ne peuvent payer leurs protecteurs que
par un bol de riz à chaque repas. Désespérés,
ils finissent par rencontrer un dénommé Kambeï
qui accepte de les aider au péril de sa vie, mais pour
vaincre l'ennemi, ils devront être sept (il ne s'agit
pas d'une superstition due au chiffre sept mais uniquement d'un
besoin stratégique). Une première partie, d'un
réalisme stupéfiant, on est projeté 300
ans en arrière, à l'époque où les
rônins couraient les villages à la recherche de
travail, où les paysans subissaient les dures lois des
brigands et vivaient misérablement. Kambeï choisit
d'aider ses pauvres paysans, par compassion envers cette population
désarmée et qui n'a d'autres choix que de subir
la loi du plus fort. Altruisme et humanisme, les deux vecteurs
de leur dévouement pour cette cause qui ne leur portera
ni gloire ni rétribution. L'épanouissement personnel,
la recherche de ses limites et de son courage seront les motivations
intérieures à chacun!
| La deuxième
partie concerne toute la préparation pour la défense
du village mais aussi l'arrivée des samouraïs
aux villages, l'appréhension des villageois et
la connaissance en profondeur de chaque personnage, les
personnalités prenant toute leur envergure ici
même. Le réalisateur met l'accent sur le
fossé culturel existant entre le monde rural et
citadin. Offrant leur vie pour cette cause, les samouraïs
n'en sont pas moins accueillis de bien piètre manière,
le village se désertant à l'annonce de leur
arrivée. La peur provient souvent de l'ignorance,
et l'image des samouraïs qu'ils ont sont celle de
violeurs, profiteurs, d'où l'appréhension
de recueillir de tels personnages dans leur village. Les
filles sont cachées ou vêtues à la
garçonne afin d'éviter toute séduction.
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Pourtant les liens vont petit à
petit se tisser, et la défense du village ainsi que les
repérages du camp ennemi vont pouvoir débuter.
Jouissif, l'aspect stratégique déployé
au sein du village passionne, la fibre aventurière, disparue
depuis longtemps des nouvelles productions, est ici plus présente
que jamais. Enfin, la dernière partie, inéluctable,
celle que l'on attend depuis les premières minutes du
film : l'attaque des brigands. Doucement violente (le noir et
blanc adoucit la violence), elle est en tout point parfaite,
filmée de main de maître, avec en prime la tombée
d'une averse durant le combat donnant lieu à une scène
d'anthologie (dont Takeshi Kitano s'inspirera dans Zatoichi).
Une bataille placée sous le signe du courage et de l'honneur
(à l'image de Kikuchiyo mourrant comme un samouraï,
et sauvant honneur et dignité en tuant d'un dernier élan
son meurtrier). Un final apocalyptique débouchant sur
une question existentielle devant ce lourd bilan : qui sont
les gagnants de ce conflit finalement.
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Techniquement, les
sept samouraïs se laisse toujours autant apprécier
50 plus tard, c'est dire si lors de sa réalisation
le niveau atteint par Akira Kurosawa était tout
simplement hallucinant. L'image en noir et blanc est tout
à fait appropriée, contribuant à
l'immersion dans le japon féodal et rajoute une
touche épique indéniable à l'uvre
(le cinéma de Kurosawa en noir et blanc se distingue
d'ailleurs de celui qu'il pratiquera par la suite en couleur,
beaucoup plus théâtral). Ses plans sont cadrés
au millimètre près et le soucis de perfection
(que l'on peut retrouver aujourd'hui dans les oeuvres
de Wong Kar Wai) qui s'en émane n'en est que plus
palpitant. L'uvre possède une dimension irréelle
tellement elle est exempte de reproches. |
Une perfection que l'on retrouve
même dans le casting où tous les acteurs sans exception
livrent une interprétation exemplaire, avec un Toshiro
Mifune sensationnel, extraordinaire, incroyablement charismatique
dans le rôle d'un paysan devenu samouraï. D'une justesse
incroyable, son jeu à mi chemin entre la brute impulsive
et le héros au grand cur est parfait, un rôle
de composition, le rôle de sa vie. La renommée
planétaire qu'il connaîtra suite au film est amplement
méritée, et Akira Kurosawa en fera son acteur
fétiche puisqu'on le retrouvera dans nombre de ses oeuvres
dont Yojimbo, Sanjuro ou encore Le château de l'araignée.
Culte et exemplaire, les sept samouraïs
est une oeuvre incontournable du cinéma asiatique et
mondial, un chef d'uvre universel passionnant qui se
doit d'être vu et revu. Cinquante ans après le
film n'a pas pris une ride, et se laisser décourager
par sa relative longueur serait regrettable tant il s'agit
là d'un authentique moment de cinéma.
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