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LES 7 SAMOURAIS de AKira Kurosawa - JAPON - 1954
Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Yoshio Inaba, Minoru Chiaka, Isao Kimura, Seiji Miyaguchi, Daisuke Kato, Atsushi Watanabe
GENRE : Chambara
RESUME : En 1652 au Japon, un groupe de brigands souhaitent piller les récoltes d'un village de paysans. Alerté, le sage du village décide d'engager des samouraïs afin de se protéger de cette menace...

Monument du cinéma japonais mais aussi mondial, "Les sept samouraïs" (Lion d'Argent au Festival de Venise en 1955) réalisé par Akira Kurosawa (Ran, Vivre, Kagemusha...) fait indubitablement partie des chefs d'œuvre universels enfanté par le septième art. Plus qu'un simple film, il s'agit d'une expérience à vivre, de simples mots ne suffisant pas à caractériser la richesse de cet objet d'adoration. Bénéficiant de moyens colossaux pour l'époque, tourné pendant une année entière, ce film consacra la suprématie du cinéma japonais sur le cinéma asiatique durant les années 50 à 70 et fit émerger deux figures de proues, qui 50 ans plus tard rayonnent toujours de la même intensité : le réalisateur Akira Kurosawa et l'acteur Toshiro Mifune.

Cette oeuvre épique, si elle l'est dans l'intensité de sa narration, alternant les scènes de combats (assez sauvages pour un Kurosawa d'ailleurs) à celle dramatiques et humoristiques, l'est aussi dans sa durée : en effet les sept samouraïs c'est avant tout 3h15 de bonheur. Une durée assez conséquente qui demande une certaine attention, mais là ou le réalisateur prouve son incontestable talent c'est qu'il parvient à faire paraître son très long métrage presque trop court. Un rythme endiablé, guidé par des acteurs tous magnifiques et un scénario passionnant, finisse par convaincre quiconque aurait quelques préjugés négatifs quant à la durée (qui couplée au noir et blanc et au son mono ne sont pas des atouts séducteurs).

Concrètement si le film se laisse suivre aussi bien c'est surtout parce qu'il a bénéficié d'un découpage intelligent, trois parties distinctes, toutes aussi intéressantes : la première partie concerne le recrutement des protecteurs, les villageois ayant eu vent de l'arrivée d'une bande de brigands décident d'engager des samouraïs dans le but de défendre leur village, leurs femmes et leurs récoltes. Cependant, pauvre sans un sou, ils ne peuvent payer leurs protecteurs que par un bol de riz à chaque repas. Désespérés, ils finissent par rencontrer un dénommé Kambeï qui accepte de les aider au péril de sa vie, mais pour vaincre l'ennemi, ils devront être sept (il ne s'agit pas d'une superstition due au chiffre sept mais uniquement d'un besoin stratégique). Une première partie, d'un réalisme stupéfiant, on est projeté 300 ans en arrière, à l'époque où les rônins couraient les villages à la recherche de travail, où les paysans subissaient les dures lois des brigands et vivaient misérablement. Kambeï choisit d'aider ses pauvres paysans, par compassion envers cette population désarmée et qui n'a d'autres choix que de subir la loi du plus fort. Altruisme et humanisme, les deux vecteurs de leur dévouement pour cette cause qui ne leur portera ni gloire ni rétribution. L'épanouissement personnel, la recherche de ses limites et de son courage seront les motivations intérieures à chacun!
La deuxième partie concerne toute la préparation pour la défense du village mais aussi l'arrivée des samouraïs aux villages, l'appréhension des villageois et la connaissance en profondeur de chaque personnage, les personnalités prenant toute leur envergure ici même. Le réalisateur met l'accent sur le fossé culturel existant entre le monde rural et citadin. Offrant leur vie pour cette cause, les samouraïs n'en sont pas moins accueillis de bien piètre manière, le village se désertant à l'annonce de leur arrivée. La peur provient souvent de l'ignorance, et l'image des samouraïs qu'ils ont sont celle de violeurs, profiteurs, d'où l'appréhension de recueillir de tels personnages dans leur village. Les filles sont cachées ou vêtues à la garçonne afin d'éviter toute séduction.
Pourtant les liens vont petit à petit se tisser, et la défense du village ainsi que les repérages du camp ennemi vont pouvoir débuter. Jouissif, l'aspect stratégique déployé au sein du village passionne, la fibre aventurière, disparue depuis longtemps des nouvelles productions, est ici plus présente que jamais. Enfin, la dernière partie, inéluctable, celle que l'on attend depuis les premières minutes du film : l'attaque des brigands. Doucement violente (le noir et blanc adoucit la violence), elle est en tout point parfaite, filmée de main de maître, avec en prime la tombée d'une averse durant le combat donnant lieu à une scène d'anthologie (dont Takeshi Kitano s'inspirera dans Zatoichi). Une bataille placée sous le signe du courage et de l'honneur (à l'image de Kikuchiyo mourrant comme un samouraï, et sauvant honneur et dignité en tuant d'un dernier élan son meurtrier). Un final apocalyptique débouchant sur une question existentielle devant ce lourd bilan : qui sont les gagnants de ce conflit finalement.
Techniquement, les sept samouraïs se laisse toujours autant apprécier 50 plus tard, c'est dire si lors de sa réalisation le niveau atteint par Akira Kurosawa était tout simplement hallucinant. L'image en noir et blanc est tout à fait appropriée, contribuant à l'immersion dans le japon féodal et rajoute une touche épique indéniable à l'œuvre (le cinéma de Kurosawa en noir et blanc se distingue d'ailleurs de celui qu'il pratiquera par la suite en couleur, beaucoup plus théâtral). Ses plans sont cadrés au millimètre près et le soucis de perfection (que l'on peut retrouver aujourd'hui dans les oeuvres de Wong Kar Wai) qui s'en émane n'en est que plus palpitant. L'œuvre possède une dimension irréelle tellement elle est exempte de reproches.
Une perfection que l'on retrouve même dans le casting où tous les acteurs sans exception livrent une interprétation exemplaire, avec un Toshiro Mifune sensationnel, extraordinaire, incroyablement charismatique dans le rôle d'un paysan devenu samouraï. D'une justesse incroyable, son jeu à mi chemin entre la brute impulsive et le héros au grand cœur est parfait, un rôle de composition, le rôle de sa vie. La renommée planétaire qu'il connaîtra suite au film est amplement méritée, et Akira Kurosawa en fera son acteur fétiche puisqu'on le retrouvera dans nombre de ses oeuvres dont Yojimbo, Sanjuro ou encore Le château de l'araignée.

Culte et exemplaire, les sept samouraïs est une oeuvre incontournable du cinéma asiatique et mondial, un chef d'œuvre universel passionnant qui se doit d'être vu et revu. Cinquante ans après le film n'a pas pris une ride, et se laisser décourager par sa relative longueur serait regrettable tant il s'agit là d'un authentique moment de cinéma.

MUSASHI

 



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