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Wisit Sartsanatieng
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Les larmes de Tigre Noir - Thailande - 2000
Avec Chartchai Ngamsan
Les larmes de Tigre Noir - Fah talai jone : 2000
La thaïlande revient en force cette année puisqu'après Mon-rak Transistor, ce sont Les larmes de Tigre Noir de Wisit Sasanatieng qui sort sur les écrans en cette fin d'année 2002 comme un cadeau tombé du ciel. C'est l'histoire de Rumpoeï (Stella Malucchi) et de Dam (Chartchai Ngamsan), une histoire comme celles qui peuplent les romans-photo des magazines féminins, une histoire d'amour contrariée et de destin qui se joue perpétuellement des personnages. Comme se l'étaient promis autrefois un pauvre bûcheron et la jeune fille d'une riche famille, Dam, fils de paysans et Rumpoeï, fille du gouverneur de la Province qui s'aiment depuis l'enfance ont juré de se retrouver sous un magnifique kiosque de bois édifié sur un étang où fleurissent les lotus. Malheureusement, Dam est devenu depuis, le terrifiant Tigre Noir à la solde de Fai, un bandit impitoyable et pris par un règlement de compte de dernière minute, il arrive tardivement au rendez-vous. Rumpoeï s'en est allée, effondrée, et se résigne à accepter le mariage arrangé par son père avec le jeune et ambitieux officier Kumjorn (Arawat Ruangvuth).


Les larmes de Tigre Noir mélange diverses influences issues des westerns spaghetti de Sergio Léone (que Sasanatieng admire beaucoup), du cinéma coloré et populaire thaïlandais des années 60 (Rattana Pestonji, réalisateur indépendant du début du 20e siècle et oublié dans son propre pays) et emploie un style narratif emprunté tant à la tragédie qu'aux romans-photos dont le film n'est que le stade final. Pour promouvoir le film, le réalisateur a en effet suivi un chemin inhabituel. Il a confié à sa femme le soin de diffuser dans un magazine le scénario sous forme de roman-photo, publiant les photos des acteurs, offrant même à la télévision et à la radio des épisodes de l'intrigue. C'est donc à un univers connu, apprivoisé que les thaïlandais ont alors affaire. Ils découvrent le film comme un de ces classiques thaïlandais qu'aucune manifestation ne leur aurait donné l'occasion de re-découvrir. Car le cinéma thaï dans les années 60, c'était ça, un style baroque et outrancier, des intrigues simples qui emportent toujours l'adhésion populaire, des héros en proie à leur destin et une musique populaire omniprésente. En y associant des clichés (l'harmonica, le duel au soleil dans des décors en carton-pâte, le bon, la brute et même le truand), Wisit Sasanatieng en fait un cocktail explosif, un western jubilatoire où les acteurs stéréotypés n'ont pas peur d'en faire trop et provoquent tour à tour le rire où les larmes du public. Procédant par flashes-back progressifs, Les larmes du Tigre Noir fait inévitablement penser à Mon-rak Transistor sorti cette année. Le parcours d'un homme et de la femme qu'il aime, des péripéties qui jalonnent leur parcours et de la raison qui, successivement, les éloigne ou les rapproche. Telle est souvent la tragédie, belle et cruelle, dénouant le ressort de l'histoire dont le spectateur détient la clé dès le départ. Ici, Sasanatieng lui réserve le droit de faire preuve d'imagination ce qui n'est jamais mauvais au cinéma, là où il est fantasme de " substituer à notre réalité un monde qui s'accorde à nos désirs " comme dirait l'ami Godard.

Ce film pourrait servir de campagne publicitaire pour une agence de voyages au même titre que les western des années 70 ont vanté les mérites du Grand Ouest américain : " Ne manquez donc pas les aventures de Tigre Noir, de son accolyte Mahesuan (Supakorn Kitsuwon), de Rumpoeï la belle, du méchant Fai et de sa bande, venez goûter à une thaïlande sauvage et éternelle qui, l'espace d'un film, s'est retrouvée elle-même. Venez écouter cette histoire que l'on raconte de génération en génération. Et venez comprendre pourquoi Tigre Noir a versé des larmes ". Tout un programme !
 
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