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La Servante et Le Samourai de Yoji Yamada - 2004 - Samourai - JAPON
AvecMasatoshi Nagase, Takako Matsu, Hidetaka Yoshioka, Yukiyoshi Ozawa, Tomoko Tabata

NOTE : 6.5/ 10
Résumé
Le Japon, au milieu du XIXe siècle. De plus en plus influencé par la culture occidentale, le pays est en proie au changement. La décadence de la caste des samouraïs est perceptible jusqu’au petit domaine de Unasaka, où vivent trois d’entre eux, Munezo Katagiri (Matasoshi Nagase), Samon et Yaichiro. Quand ce dernier part pour Edo, où il espère encore mener une grande carrière, Munezo et Samon se contentent d’une modeste solde à Unasaka, qui leur permettrait de mener une existence agréable. Mais les déconvenues se succèdent. On ordonne à Munezo de tuer un de ses anciens amis. Samouraï dans le strict respect du Bushido va voir ses convictions ébranlées. Parallèlement, il retrouve Kie (Takako Matsu), une jeune femme qui a longtemps servi sa famille et qu’il décide de retirer de sa belle-famille qui l’exploite pour l’héberger et lui permettre d’être en sécurité.

Mais cette situation ambiguë entre deux personnes de castes différentes va susciter le scandale.

Avec un tel titre on pourrait s’attendre à une romance. « La servante et le samouraï » se veut néanmoins bien plus porteur de sens qu’une simple relation amoureuse contrariée. Réalisé par Yôji Yamada, à qui l'on doit notamment « The Twilight Samurai », « La servante et le samouraï » a reçu onze nominations à la récente cérémonie des Japan Academy Awards 2005. Comme son précédent film, « The Twilight samouraï », « La Servante et le samouraï » est inspiré d'une nouvelle de Shuhei Fujisawa, se déroulant au sein du peuple, se focalisant sur l'homme moyen, son quotidien à la fin de la période Edo. Le Japon isolé pendant 300 ans s'ouvre progressivement à l'invasion occidentale.

En apparence dans la pure tradition du film de samouraï, ce film est en réalité davantage une critique sociale et une réflexion sur les codes moraux de l'époque, à commencer par la ligne de conduite imposée aux samouraïs. Ici, la voie du samouraï est au centre du film et il possède, en apparence, tous les attributs de ces films de genre (dits « chambaras »). En apparence seulement, car Yôji Yamada apporte un éclairage non pas nouveau mais disons peu divulgué sur les codes moraux de l’époque, avec un regard contemporain mais jamais décalé. A travers un samouraï humble et humaniste, Yamada tente de montrer l'envers du décor habituellement mis en scène dans les films que nous avons tant aimés ( « Yojimbo », « Baby Cart », « Le sabre du mal »..)

Contrairement aux traditionnels films du genre, l'histoire traduit justement les doutes du personnage principal vis-à-vis de cette ligne de conduite rigide ( ce qui n’est pas sans rappeler le chef d’œuvre de Kobayashi « Hara-Kiri »). Les samouraïs sont présentés comme passéistes, illustration faite par leur incompréhension face à l'arrivée de tout ce qui vient de l'Occident. On rit avec amertume devant les armes que les samouraïs doivent apprendre à utiliser .. la poudre du lâche au lieu du sabre du courageux... Ici on peut se permettre un détour pour y voir aussi que l'influence occidentale ne constitue pas forcément une réponse positive puisqu'elle piétine l'honneur des combattants avec ses armes de guerre barbares à des millénaires de l’histoire du Japon. Parabole malheureuse des événements qui vont advenir.

Moins amusante est la corruption qui règne dans le milieu et que découvre. Le milieu des samouraïs apparaît comme un monde enfermé dans des principes rigides et obsolètes, où la violence est pratiquée d'une manière inique, sous couvert d'honneur. Et c'est dans ce contexte que Munezo s'interroge sur la véritable voie du samouraï, qui n’est en aucun cas celle de la violence à des fins personnelles.
Simultanément, « La servante et le samouraï » est aussi une histoire d'amour impossible entre Munezo, un samouraï, et Kie, une servante. Impossible car cette société repose sur des castes, une lourde tradition de plus dont les personnages vont découvrir l'absurdité. Munezo et Kie apparaissent ainsi comme des marginaux à différents points de vue. D'abord à cause de leur cohabitation scandaleuse, ensuite du fait de leur personnalité respective finalement au diapason avec le nouveau Japon qui s’installe après le déclin des samouraïs. Kie se montre douée d'une certaine indépendance d'esprit. Munezo est quant à lui un samouraï pacifique et idéaliste, non pas sans rappeler le héros de « Last samuraï » de Okamoto ou même Ihei, le ronin de « Après la pluie » (de Takashi Koizumi). Il est clair qu’à travers ce couple, Yamada évoque l'avenir d'un Japon en pleine mutation et dont les codes sont sur le point d'être redéfinis.

Esthétiquement très soigné, « La servante et le samouraï » bénéficie de qualités visuelles indéniables, tant du point de vue des lumières et des cadrages que de la reconstitution des décors et des costumes. Marqué par de longs plans-séquences, souvent statiques, cette mise en scène accentue l'idée que les personnages sont encore emprisonnés dans des principes immuables. Yamada fait montre d'un classicisme reposant visuellement à l'heure de la retouche graphique généralisée (insupportable «  Casshern », produit par la Shochiku, lui aussi). Ici les hommes meurent à l'écran, maquillés comme il y a 50 ans. On sent une réelle exaltation pour des traditions perdues et de saines valeurs, que Yamada nous donne à regarder en train de disparaître. La culture japonaise, telle qu'on se plaît à la rêver, sublime à chaque instant, à l'image de ces femmes tout en raffinement et minimalisme, et de ces hommes, profondément simples et nobles.

Reste que si l’évident hommage aux chambaras est reconnaissable, il n’en reste pas moins que Yamada n’arrive pas à décoller de son style. Ces couleurs, ce rythme, ces personnages deviennent récurrents. Entre ses deux derniers films, on a du mal à saisir en quoi le propos n’est pas encore l’achoppement sur la fin du règne des samouraïs et de la rigidité des codes anachroniques face à un monde où l’ouverture est une nécessité. Soit, il n’est pas arriver à donner des réponses à ses interrogations, soit la nostalgie d’un nouveau Japon qui n’est plus que dans la mémoire de quelques-uns.

MatriXa


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