Critique
:
Ce film réalisé en 1992 par Roland Joffé
(La déchirure, Mission) est tiré du livre de Dominique
Lapierre ayant le même titre que le film.
Il situe en Inde, le parallèle entre deux histoires qui par
providence n'en deviennent plus qu'une seule.
On suit d'une part, l'évolution d'un père nommé
Hazari (joué par le brillant Om Puri) et de sa famille (sa
femme et ses trois enfants) qui décident de partir de leur
campagne où la sécheresse sévit, pour trouver
du travail à Calcutta, ville la plus proche.
Ils partent avec le peu d'économie et de nourriture qu'ils
avaient, se préparant à un avenir plus joyeux. Seulement
une fois arrivé, plusieurs problèmes se posent à
eux : Comment se loger ? Comment trouver du travail ? Où trouver
une école pour les enfants ?
Les débuts sont laborieux, à commencer par dormir dans
la rue, à être dépossédé de leurs
économies par un roublard. Jusqu'au jour où par hasard,
Hazari porte secours au jeune américain
On suit
de l'autre côté, cet occidental, Max (Patrick Swayze),
qui était chirurgien aux Etats-Unis jusqu'à ce
qu'une petite fille, alors patiente du médecin, décède
lors de l'une de ses opérations.
C'est pour lui la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
Toute sa vie à essayer de sauver des vies, ramené
à zéro, surtout lorsque se lie d'amitié
le patient et son médecin. Toute sa vie à suivre
le chemin tracé par son père : aller à
l'université parce que le père y était,
devenir médecin parce que le père l'est devenu.
S'en était de trop pour Max. Assez de cette suffisance.
Il plaque alors tout pour s'enfuir loin. Très Loin. En
Inde.
Les débuts lui sont aussi difficiles : Perte des papiers,
dépeçage de tout objet de valeurs par une bande
de voyous qui l'aurait tué si un indien ne lui été
pas venu en aide, et cette personne fut Hazari
Cette uvre nous permet en tant
que cinéphile, de découvrir l'Inde comme nous
le supposions mais sans véritablement la connaître
par des exemples et des faits. Et ici, ils sont de tailles :
Tout d'abord la pauvreté, omniprésente dans le
film comme dans la vraie vie. En effet, l'Inde, pays indépendant
depuis 1947, n'a jamais réussi à redresser la
barre économique jusqu'à aujourd'hui. Cette ancienne
colonie britannique compte plus d'1 milliard d'habitants où
la promiscuité, la précarité du travail
sont devenues une sorte de fatalisme. Calcutta, ville où
l'aventure humaine se déroule compte 12 000 000 d'habitants,
2 000 bidons - villes dont l'un est appelé Cité
de la Joie, axe centrale du film. Pas plus grand que 2 terrains
de football, il s'y entasse 75 000 personnes !!!
L'espérance de vie est de moins de 40 ans. Il y a une
fontaine (seule source d'eau) pour 5 000 habitants. Les conditions
de vie sont infra - humaines.
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Mais c'est pourtant dans cet enfer, dans cette misère du monde,
que le bonheur et la solidarité se présentent dans chaque
action du peuple indien. Riche de cur, de générosité
et d'humanisme. Et malgré la maladie, l'injustice, le malheur,
ces hommes et ces femmes bâtissent des murs de tendresses, des
cités de la joie.
Et cette idée transpire du film. Le jeune docteur arrivé
en Inde (d'ailleurs on ne sait pas pourquoi il a choisit l'Inde),
alors habitué au grand confort est dépaysé par
ce pays en voie de développement.
D'ailleurs on peu se poser la question : pourquoi faut-il toujours
un étranger au milieu d'une autre culture (ici indienne) ?
Tout simplement parce que nous ne portons pas le même regard
et les mêmes valeurs. Nous n'avons pas les mêmes besoins
pour se satisfaire et nos préjugés nous permettent finalement
de dresser un portrait de l'autre, mais surtout un portrait de soi-même.
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Dans le film,
le docteur se pose des questions existentielles sur son but
dans la vie, sur sa quête du bonheur, sur sa manière
de se rendre utile à la société. Et malgré
sa réticence à reprendre du service en médecine,
il se sentira obliger d'aider la population souffrante.
En les aidant contre les maladies grave comme la lèpre
(les lépreux en Inde sont considérés comme
"les Intouchables " une caste inférieure aux
animaux. Ils sont traités comme des êtres répudiés
par Dieu qui ne méritent que ce qu'ils ont. Heureusement
aujourd'hui la situation a quelque peu changé grâce
aux organisations internationales), il s'aide soi même
à cicatriser ses blessures. Il se définit un but,
un sens à sa vie.
Malgré sa mauvaise foi, Max est le premier à les
aider et s'ouvre à ces personnes qui lui offrent sa plus
forte expérience humaine.
Seulement, la société indienne, notamment dans
les bidons - villes, fonctionnent encore avec des petits mafieux,
des petits parrains qui grappillent le peu de richesse encore
visible. Hazari a eu la chance de trouver un emploi à
la solde de ce parrain en tant que coursier en pousse-pousse
(moyen de transport encore très utilisé voir aussi
Le Cyclo de Tran Anh Hung).
Son rêve est de pouvoir marier sa fille selon les coutumes
indiennes (un homme doit marier ses filles avant de mourir,
dit un dicton indien). Pour cela il se réfugie à
la Cité de la joie où sa femme (magnifique Shabana
Azmi) deviendra l'assistante du docteur américain.
Seulement Max, pousse les indiens à refuser le diktat
du parrain et de se sortir d'une culture de fataliste en prenant
son avenir en main en luttant contre le parrain
. |
En mélangeant la réalité avec le début
de l'uvre, j'ai souhaité vous montrer comme ce film colle
à la réalité, et que c'est histoire pourrait
être totalement véridique.
Mais je vous laisse à vos DVD pour découvrir la suite
du film et rentre dans la phase de la dissection technique.
Ainsi, le long métrage met en avant la pauvreté mais
aussi la richesse que détient L'inde. D'ailleurs je tiens
à précise que peu de films se sont arrêtés
sur la pauvreté en Asie et que cela mérite quand même
des premières félicitations. Premières, car
le film en méritent beaucoup d'autres.
En premier lieu le tournage. Roland Joffé se devait de réaliser
le film à Calcutta. Il ne fut alors pas facile à l'équipe
du film de tourner sereinement car la densité du trafic routier
et piéton ne permettait pas d'installation technique puisqu'on
voyait mal comment arrêter les centaines de voitures et les
milliers de piétons. Vous imaginez bloquer une rue toute
entière ? Impossible. De plus les stars indiennes du film
étaient tout de suite reconnues dans les rues ce qui a eu
pour effet de créer des émeutes. En parlant d'émeutes,
le gouvernement communiste a profité du passage de cette
équipe pour engager 10 000 manifestants afin de faire propagande
contre la soi disante exploitation culturelle qu'engrangeait le
film. (Et oui un indien moyen vit avec 10 centimes d'euros par jour,
alors quand l'Etat le paye pour manifester, il ne va pas s'en priver
).
Les difficultés sont donc à la hauteur de la qualité
du film : grandiose.
Même si du côté du scénario, l'idée
de trouver une bonne excuse à un américain d'aller
en Inde a été peu travaillé, une fois ce stade
franchit on ne quitte plus son siège. Je dirais même
qu'on voudrait être à Calcutta, partager cette chaleur
humaine, participer à la construction d'un avenir
Certaines scènes choc (comme la naissance d'un enfant sans
péridurale, sans anti-douleur, sans assistance médicale
- les parents et les femmes seront de quoi je parle -, ou bien comme
une fille se faisant tailladé à les joues à
la lame de rasoir, ou encore tout simplement l'état inacceptable
des malades de la lèpre) ne découlent que de la réalité
mise à part le fait qu'elles sont concentrés dans
un laps de temps très court (2h10 quand même).
D'autres réalités comme la saison des moussons a été
tournée avec difficultés pour des raisons techniques
au sujet de l'eau
Puis, l'uvre retrace fidèlement certaines coutumes
indiennes comme le mariage, la prière et nous montre la société
tel qu'elle est avec par exemple les droits de la femme encore très
peu reconnus
Enfin le casting employé par ce film est majestueux. Les
acteurs indiens sont tous excellents, au regard de ce film je n'aurais
même pas cru qu'ils étaient des acteurs professionnels
tellement leur prestation est naturelle. Patrick Swayze, l'acteur
principal avec Om Puri est tout simplement bon, et le fait que ce
soit le énième film avec chaque fois un américain
au milieu d'une autre culture ne change rien. Il reste l'un des
grands acteurs américains des années 80 et c'est bien
dommage qu'il n'apparaît plus aussi souvent aujourd'hui.
En Bref, ce film nous donne en image un modèle d'humanité,
une dose de misère et de tendresse qui m'a touché
en plein cur.
Une leçon de vie.
Hazari dit : " Tout ce qui n'est pas donné est perdu
"
A méditer
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