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King and the clown, Corée, 2006 de Lee Jun Ik
Avec :
Karm Woo Sung, Jung Jin Young, Hang Sung Yeon, Lee Jun Ik
GENRE : Drame Historique
NOTE : 7.5/10
CRITIQUE : EURYALE et MYSTERE VIC
RESUME :

Aux temps de la dynastie Chosun (fin XIV-début du XX sc.) sous le règne du tyrannique et sensible roi Yunsan (fin XV-début XVI sc.), une troupe de comédiens, pour s'attirer les faveurs du public et remplir leur bourse, monte des spectacles burlesques ayant pour héros le roi, sa favorite et les ministres de la cour. Remarquée par un conseillé du roi, la troupe est arrêtée et condamnée à mort. Mais son meneur le « cap'taine » en appelle au roi. Une représentation aura lieu devant celui-ci. Yunsan en proie à l'ennui se divertira beaucoup et surtout, au grand déplaisir du « Cap'taine », tombera sous le charme ambigu d'un des acteurs, Gong Gil, celui à qui revient les rôles féminins dans les spectacles.

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CRITIQUE EURYALE
King and the clown est l'adaptation cinématographique de la comédie musicale Yi, qui en Corée obtînt un immense succès avec plus de 12, 3 millions de spectateurs. Le film ne reprends pas le genre de la comédie musicale mais adopte le genre du drame historique. A travers les aventures de la petite troupe c'est la figure du roi qui est dépeinte. Dès l'épilogue le réalisateur se réfère aux chroniques royales de la dynastie Chosun. Chaque souverain de la dynastie eut un chroniqueur qui relata fidèlement son règne. Le roi Yunsan n'est pas le souverain le plus célèbre de la dynastie mais fut certainement l'un des plus étrange. Roi cruel et tyrannique, mais décrit par les chroniques comme « sensible et intelligent », il fut détrôné en 1502 à la suite d'une révolte aristocratique
On a beaucoup écrit au sujet de l'homosexualité dans le film, le réalisateur lui même s'est engagé dans ce créneau lors d'interviews qu'il a pu donner, comme si ce sujet était révolutionnaire en Corée, quand tant de films coréens ont abordé le sujet que se soit à travers des comédies ou des films d'horreurs, même si cela concernait plutôt les relations saphiques. Même si l'homosexualité n'est pas toujours très bien accepté dans le pays, ce serait un tord de ne regarder le film qu’à travers le prisme de cet aspect

Car le film est un intéressant document historique, comme on en trouve peu dans le cinéma coréen du moins concernant la période ancienne.

D'abord, on y découvre le théâtre burlesque coréen , pas si éloigné des farces françaises du Moyen-Âge, dans lequel se mêle théâtre, chants, danses, musique et performances acrobatiques. Mais aussi la vie d'une petite troupe de théâtre itinérante qui peut être soumise aux exigences d'un directeur de troupe tout puissant et intouchable, qui exerce son pouvoir sans vergogne, n'hésitant pas à prostituer ses acteurs ou à les battre.

Ensuite, le film dresse un portrait de la vie à la cour de Corée au XV ème siècle . Le roi y vit soumis aux lois dictées par ses ancêtres et ses ministres, aussi prisonnier des traditions que la troupe de théâtre, aussi victime de la morale que le très féminin Gong Gil. Yunsan vit entouré d'hypocrites et d'intrigues, et sa rencontre avec la troupe va lui apporter la joie et la liberté de se comporter et de dire ce que bon lui semble, mais aussi de régler ses comptes avec ses ministres ou sa famille.

La personnalité du roi est très trouble, en fait celui-ci ressemble à un enfant terrible, cruel et innocent, mais c'est un homme et un souverain et son comportement violent et immoral (son engouement pour la troupe de théâtre et la fascination qu'il éprouve envers Gong Gil, sont inacceptables) terrorise et insulte la cour. Pire, si le roi Yunsan est un souverain incontrôlable, c'est un homme tout aussi terrible ; son attitude envers Gong Gil est emprunt de cruauté et d'égocentrisme, et le pauvre acteur se retrouve à la merci d'un homme devant qui il n'est rien, qui lui demande beaucoup et qui en fait un favori. Gong Gil n'a pas le choix, il se soumet aux désirs du roi, mais se retrouve au centre d'intrigues meurtrières, en proie aux jalousies les plus diverses, dont le roi n'a cure, et menacé de perdre le seul ami qu'il a.

Gong Gil est lui aussi un personnage très trouble, un être soumis dont la destinée semble lui échapper, incapable d'être lui même et de faire des choix.

Seul un homme reste libre ; le « cap'taine ». Quelques soient les risques, quelques soient ses sentiments lui, ne se renie jamais. Sans cesse, comme tout humoriste qui se respecte, il témoigne de ce qu'il voit et n'hésite jamais à jeter à la figure des autres, qu'ils soient roi, aristocrates, amis ou ennemis leur vérité. C'est est un miroir pour ceux qu'il fréquente, pour la société dans laquelle il évolue.

Le film amène à se demander s'il est possible d'échapper aux règles qui régissent la société dans laquelle on vit, le réalisateur semble penser que les faits démontrent que non, mais qu'un homme libre est plus grand qu'un homme soumis. Et malgré le terrible portrait qu'il trace du roi Yunsan, on ne peut s'empêcher de trouver sympathique ce fou sensible et tyrannique
La distribution sert le film avec bonheur : Jung Jin Young se glisse avec tout le charisme et la folie nécessaire dans le rôle de Yunsan ; Karm Woo Sung a ce mélange de grossièreté, de jovialité, de droiture et de sensibilité qui conviennent au « Cap'taine », l'artiste bon ,,$!,vivant, incontrôlable et lucide ; et bien sûr Lee Jun Ik (super star en Corée comme en Chine), possède cette beauté théâtrale (parce que due en bonne partie à son maquillage, à ses vêtements et à sa façon de jouer) ambiguë et fascinante de ces hommes à qui échouaient les rôles féminins dont on ne savait plus quelle était la véritable identité sexuelle. Les seconds rôles tout aussi bien joués ne sont pas en reste, et le réalisateur a réussi à les rendre aussi dignes d’intérêt que les héros de l’histoire .

Un seul bémol peut être attribué au film ; les décors extérieurs au palais sont trop nets, trop neufs, peut-être est-ce dû à une volonté de théâtraliser le film. Mais si au palais, ce décor rempli parfaitement son rôle, ce choix n'est pas très heureux lorsqu'on se retrouve dans les rues populeuses de la provinces ou de la capitale du royaume.

King and the clown est un film à voir pour tout ceux qui aiment la Corée ou qui veulent découvrir ce que pouvait être la vie de la cour et le théâtre burlesque au XV ème siècle, au Pays du Matin Calme, tout en profitant d’un scénario bien rythmé, d’une bonne intrigue et d’une mise en scène dynamique.
EURYALE- Novembre 2006
PROPRIETE DE CINEASIE 2006 - EURYALE- Toute reproduction est interdite et doit faire l'objet d'une demande au rédacteur et au webmaster du site. Aucun texte ne peut par conséquent être reproduit sans autorisation préalable.
CRITIQUE PAR MYSTERE VIC

Selon les mémoires de la dynastie Chosun, un recueil des mémoires des Rois de cette dynastie coréenne à la longévité sans pareille (5 siècles jusqu’au début du XX e), il fut un roi dont la cruauté fut sans égale. Mais son intelligence et sa sensibilité aussi. Ce film nous rapporte l’arrivée à sa cour d’une troupe de saltimbanques attirés par l’or et la reconnaissance mais qui vivront l’un des épisodes les plus tumultueux de ce règne.

Jang-seng et son protégé Gong-gil parcourent les villes en jouant des pièces où Gong-gil incarne une femme. Lorsque tous deux décident de partir pour Séoul pour trouver le succès, ils font face à une situation inattendue. Alors qu’ils raillent le roi dans les faubourgs du palais, à Séoul, accompagnés de nouveaux compères un peu lâches, ils se retrouvent face à un défi : faire rire le roi avec cette pièce ou mourir. La pièce se trouve plaire au souverain. Mais ce dernier est impitoyable et imprévisible. Ses caprices varient au degré de ses humeurs. Lorsqu’il s’éprend de Gong-gil, délaissant sa concubine et dénigrant ses ministres, ceux-ci furieux décident d’en finir avec ces ménestrels.

The king and the clown est réputé pour être, à ce jour, le plus gros succès au box-office coréen. On ne sera pas étonné qu’il s’agisse d’un film d’époque quand on connaît l’engouement des Coréens pour leur culture et leur histoire nationale. On le sera d’autant moins que le film nous offre une myriade de couleurs, une ribambelle de costumes plus fastueux les uns que les autres et une histoire universellement touchante. Gong-gil aux traits gracieux et féminins est ce clown qu’évoque le titre. Un clown triste vis-à-vis de Jang-seng qui joue le pitre, le clown gai. Le clown triste comme souvent sous la protection de son aîné, un homme fort et courageux, téméraire parfois comme on connaît les Auguste.

Ce film nous dépeint une Corée qui fait partie de notre imaginaire. A l’instar d’Im Kwon Taek, le réalisateur Lee Jun Ik sait magnifier une histoire qui mêle habilement art traditionnel coréen, romance passionnelle et homosexualité revendiquée. Grâce à une photographie maîtrisée et une direction d’acteurs impeccable, il nous propose à la fois un divertissement efficace et audacieux et un film à l’esthétique réfléchie qui revient sur l’histoire médiévale de la Corée.


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