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ZOOM SUR KIM KI DUK
En marge de la production cinématographique coréenne actuelle, Kim Ki Duk, déjà réalisateurs de onze longs métrages est devenu l’un des cinéastes les plus fascinant du continent asiatique. A mi-chemin entre œuvres autobiographiques et critiques sociales, coup de projecteur sur un talent précieux.

UNE JEUNESSE DIFFICILE

Né le 1 er janvier 1960 dans la province de Kyongsan à Bongwa en Corée du Sud, Kim Ki Duk passe son enfance dans ce village oublié des montagnes.

Ses parents s’installent à Séoul en 1969 et le jeune coréen suit alors ses cours dans la capitale. Malheureusement il est forcé de quitter le lycée agricole suite au renvoi de son frère.

De ce début de jeunesse difficile, le futur cinéaste n’en retiendra pas grand chose si ce n’est la violence et les clivages existants entre écoliers et lycéens, qu’ils soient de campagne ou de ville.

Dès l’âge de 17 ans, Kim Ki Duk arrête les études pour travailler en tant qu’ouvriers dans diverses usines industrielles. Assez versatile dans les choix de sa voie, il quittera son emploi trois ans plus tard pour s’engager dans la marine où il y passera cinq années de sa vie. Métamorphosé par cet engagement militaire et encore indécis sur son avenir, il prend toutes les dispositions pour devenir prêtre, et cela pendant deux ans dans un monastère…Il est alors âgé de 27 ans .

J’AURAIS VOULU ETRE UN ARTISTE

Pendant ses heures perdues, il s’intéresse de plus en plus à la peinture jusqu'à suivre des cours pour compléter ses connaissances et ainsi vivre de sa nouvelle passion. C’est ce qu’il fait en tentant le pari fou de venir en France sans le moindre argent, juste munit de quelques bagages de fortune et d’une volonté de fer pour y réussir sa vie.

Direction la capitale française et son école d’art plastiques pour y apprendre et parfaire ses gestes. Pendant deux ans d’une folle vie parisienne, il vivra de et pour son art en vendant quelques unes de ses œuvres afin de remplir ses obligations alimentaires…

DE SCENARIO EN SCENARIO

Après avoir apprécié cette période de galère et dévoré le patrimoine culturel français, Kim Ki Duk revient en Corée en 1994, des idées pleins la tête.

Ces amorces imaginaires, il les retranscrit alors sur papier pour en faire des scénarii et la chance lui sourit lorsqu’il écrit son premier sujet « Painter and Prisoner ». Les professionnels du cinéma coréen le remarque et lui décerne le prix de la création attribué par l’Association des Scénaristes.

Un de plus au compteur, ses efforts sont récompensés avec « Illegal Crossing » où il reçoit le grand prix du scénario délivré par la Commission du Film Coréen, institution cinématographique toute puissante au pays du matin calme.

LE MAESTRO EN DIX FILMS

Fort de ses récompenses glanées entre 1994 et 1995, Kim Ki Duk se jette à l’eau et décide de réaliser son premier film, sans grande expérience de la pellicule, tel un autodidacte passionné.

C’est donc en 1996 que le cinéaste coréen achève son premier film : Crocodile.

Décrivant l’univers d’un sans abris, le film marque déjà les premiers signes d’une marque de fabrique atypique. Mêlant l’autobiographie (ces années de galères à vendre des toiles pour vivre) à sa passion du cinéma, cette première œuvre à déjà tout d’un grand film malgré son inexpérience ...

Mais comme le dit l’adage «  c’est en forgeant qu’on devient forgeron » et Kim Ki Duk est de la trempe des cinéastes qui vont au bout de leurs idées et de leurs envies. Il continue alors ses débuts fracassants dans la grande famille du cinéma avec Wild Animals en 1997. Réalisé à Paris avec pour acteur Richard Bohringer et Denis Lavant, le long métrage expose et explose les relations entre quatre individus en marge de la société, complètement perdu. Son vécu dans la capitale parisienne lui a donné toutes les clés essentielles pour réaliser ce film.

Au rythme frénétique d’un film par an, le cinéaste déploie ses talents dans Birdcage Inn en 1998. L’œuvre aborde la vie d’une prostituée subvenant aux besoins d’une famille qui se sert d’elle pour survivre. Une fois de plus, Kim Ki Duk s’emploie à décrire des personnages excentrés avec pour la première fois dans le rôle principal une femme et déjà les prémices du thème de la soumission qui sera abordé dans Bad Guy.

Mais avant cela, trois superbes oeuvres vont considérablement compter dans la cinématographie coréenne et sont à l’origine de sa reconnaissance internationale.

L’île, réalisé en 2000 est son premier grand succès. Basé sur une idée originale – un criminel s’abrite dans une maison flottante et entame une relation avec sa propriétaire – et agrémenté de magnifiques plans hypnotiques, violents et sans concession, Kim Ki Duk mène, tel un guide, le spectateur jusqu’au plaisir cinématographique entre poésie et réalité sociale.

Dans la même année et confectionné avec peu de moyens en un minimum de temps (1 jour !!!), Real Fiction décortique la vie d’un dessinateur sombrant dans la folie et qui assassine tous les individus ayant gâché sa misérable vie, à commencer par sa femme jusqu’à son ex-patron. Bien sûr en si peu de temps, le maître coréen n’a pas réalisé une œuvre incontournable mais a réussi à supplanter la qualité technique par une improvisation exceptionnelle. Un vrai coup d’éclat.

2001 est ensuite une année faste puisque Kim Ki Duk s’amuse à réaliser là encore deux films.

Tout d’abord Address Unknow (sorti en salle en France début 2005), une mise en pellicule de la vie d’un village des années 70 proche d’une base militaire américaine où la tension raciale est palpable. Cette fois-ci le réalisateur na laisse aucune trace d’espoir et abandonne le spectateur dans un sentiment viscéral, assistant aux funérailles des relations humaines.

Puis dans cette même année, il présente aux coréens Bad Guy, qui est à ce jour son plus grand succès dans son pays natal. Il met à feu et à sang les relations sociales entre un petit malfrat et une femme qu’il pousse à se prostituer.

Continuant dans la douleur d’Address Unknow, le réalisateur ne fait pas de cadeau à la société coréenne où la souffrance, la haine et la misère sociale ont le vent en poupe.
En choisissant de réaliser The Coast Guard en 2002, notre réalisateur s’emporte dans une attaque corrosive du système militaire coréen.

Un soldat sud coréen effrité par la pression et par les mensonges de ses supérieurs (afin de maintenir l’illusion d’un conflit imminent avec la Corée du Nord) commet une bavure irréparable. Il se rend compte de son erreur, tombe dans une folie meurtrière au sein même de la base militaire. Ce portrait saisissant d’un pays dans la psychose d’une attaque nord coréenne, en fait presque oublier ses hommes et ses femmes. Affligeant et malheureux.

Petite pause de douceur et de contemplation dans la filmographie écorchée de Kim Ki Duk : Printemps, Eté, Automne, Hiver et Printemps (PEAHP), pièce d’orfèvre daté de 2003, où pour la première fois, Kim Ki Duk tient l’un des rôles principal, celui d’un moine qui à travers les saisons découvre sa voie.

La rage semblait s’être apaisé pour laisser place à une œuvre humaniste, naturaliste et visuelle telle une peinture. Mais ce n’était que la calme avant la tempête car en 2004, le cinéaste nous a donné une œuvre dont on va encore parler et tournée en seulement 10 jours : Samaria. Ecumant la vie d’une fille dont la meilleure amie, une prostituée, s’est suicidée, elle souhaite rattraper cette erreur macabre en couchant avec tous les anciens clients, alors que le père de la défunte cherche à tous les tuer.

Tel un orage social, Kim Ki Duk fait tomber la foudre sur ses personnages pour ainsi mieux les comprendre dans leur misère et leur désespoir.

COMMENT RECONNAITRE UN FILM DE KIM KI DUK ?

Certains indices laissent à présager un film de Kim Ki Duk. Il n’y a pas de recette miracle puisque le cinéaste est en constante évolution et semble toujours fonctionner par cycle en se renouvelant continuellement. Toutefois nous pouvons quand même analyser certains détails scénaristiques identifiable à ce seul maître coréen.

Tout d’abord Kim Ki Duk est un conteur social. Ses histoires sont toujours une description précise d’un malaise de la société coréenne, qu’il soit militaire comme dans Address Unknow, ou bien sexuelle, inégalitaire comme dans Bad Guy, ou bien un peu plus conceptuel dans L’île ou PEAHP.

Ensuite le réalisateur aime les personnages en marge de la société : clochard, prostituée, militaire à la dérive, moine monastique. Il affectionne particulièrement sa condition sociale avant même ses traits de caractères. C’est dans des conditions difficiles, sensibles, que Kim Ki Duk nous dévoile une partie de sa vie en récitant des œuvres quasi autobiographiques qui expie ses malheurs telle un remède, une thérapie à ses souvenirs. Son expérience militaire, religieuse, artistique et ouvrière lui a donné une inspiration et des aspirations singulières.

Enfin Kim Ki Duk est un des derniers résistants indépendants (avec Hong Sang Soo) du cinéma coréen et donne un cachet artisanale à ses longs métrages, facilement perméables et toujours intéressants .

2005 ET L’AVENIR…

Kim Ki Duk n’a pas finit de nous surprendre et de nous faire plaisir. En 2005 va sortir sur les écrans français 3-Iron (réalisé en 2004) qui énumère la vie d’un indésirable squatteur, se glissant dans des maisons inoccupées pour y vivre jusqu’à l’arrivé de leurs propriétaires. Un jour, dans une des résidences, il fait la connaissance d’une femme battue par son mari et entame alors une relation avec elle. Récompensé par un Lion d’Argent – Prix de la mise en scène à la Mostra de Venise en 2004, Kim Ki Duk semble avoir atteint un point de non retour : celui de réalisateur incontournable.

Ses projets pour ces prochains mois sont tenus secrets, mais ce silence est un gage, une garantie de la qualité de ses futures œuvres, toujours sociales, sensibles, réelles et percutante.

A n’en pas douter, Kim Ki Duk est une figure essentielle du cinéma asiatique.

L’AVIS DES REDACTEURS
Hinomura

Kim Ki Duk est de ces réalisateurs qui donnent au cinéma asiatique une personnalité, une singularité et une beauté exceptionnel. Il est aujourd’hui essentiel à sa patrie, perdue dans les films d’exploitation, naviguant entre films d’actions américanisés et comédies romantiques aseptisées. Leader incontesté du cinéma coréen dit « d’auteur » (avec Hong Sang Soo), il ravive la flamme de ma passion pour le cinéma asiatique à chaque œuvre nouvelle et par son regard critique sur la société, ses relations sociales, Kim Ki Duk nous offre de véritables moments de réflexions et de sensibilisations à la culture coréenne.

Cet homme possède un don exceptionnel et nous le prouve encore même après plus de onze longs métrages. La Corée a trouvé son garde fou. Merci à toi.
Steph
Kim Ki Duk, réalisateur tranchant de la nouvelle vague m'inspire un cinéma que j'attend. Chaque film est une surprise, une bonne surprise, un cinéma que j'admire sans détour ou l'image, le son et l'histoire se retrouvent mixés avec un tel talent ...
Au même titre que Kyoshi Kurosawa, Hirokazu Kore Eda, Kitano, Kim Ki Duk joue la franchise et le ton incisif de ses films dans des genres différents sans jamais laisser indifférent. J'aime le regard de Kim Ki Duk dans ses films, l'ambiance toujours bien pesée, la mise en scène, les personnages toujours plus marginaux ... bref, Kim Ki Duk offre un cinéma de genre tellement complet qu'il est difficile de ne pas reconnaitre ce talent ... En plus de tout, pour avoir eu la chance de le rencontrer et échanger quelques mots, Kim Ki Duk est un personnage très sympathique, alors que dire de plus ...
Hinomura


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