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| INTERVIEW
DE Nguyen
Phan Quang Binh |
Comment est venu
ce projet de film ? Est-ce un projet que vous aviez longuement mûri
ou est-il le fruit d'une proposition? Et comment avez-vous collaboré
avec Johnny Foo le co-réalisateur du film ?
Johnny Foo et moi nous sommes rencontrés lorsqu'on travaillait
sur un même projet télévisuel en Asie. Ce projet
nous est apparu lorsqu'il m'a demandé : " Mais toi, tu
es Vietnamien. Quel regard tu as sur cette guerre que tu n'as pas
connue ? " Ca m'a fait réfléchir. D'autant que
des écrivains prestigieux avaient déjà écrit
des récits de guerre. Bao Ninh a écrit Les chagrins
de la guerre. Ce livre a été traduit par ma mère.
Les personnages sont plus ou moins impliqués. Par exemple,
lorsque l'Américain (Wayne Karlin ndlr) discute avec Tran Van
Thuy (un des passages assez insolites du film car Tran Van Thuy parle
en vietnamien et Wayne Karlin lui répond en anglais), les deux
étaient vétérans et ont participé à
l'écriture du film. En tout 5 écrivains ont collaboré
au scénario. Donc ce projet de film a vu le jour et la collaboration
entre Johnny Foo et moi s'est bien passée. Forcément,
on se concertait, souvent longuement, avant les scènes. Mais
une fois décidés sur un plan, c'est moi qui dirigeait
les acteurs, l'interprétation, la mise en scène et Johnny
Foo s'occupait de tout l'aspect technique, cinématographique,
photographique. Bien sûr parfois il y avait des disputes, comme
dans tout couple. (Rires) A la fin du tournage, ce qui reste positif
finalement par rapport au thème du film, c'est que nous sommes
devenus les plus grands amis du monde.
Comment a été accueilli le film lors de sa sortie
au Vietnam et comment est-il pressenti dans les autres pays ?
Au Vietnam, c'est mitigé. Les aînés ont accueilli
le film avec enthousiasme pour la nouvelle technique utilisée
dans le film. Les plus jeunes sont venus le voir par curiosité.
Mais ce film est plutôt catalogué dans l'Art et Essai
tandis que les jeunes sont surtout sensibilisés aux productions
hollywoodiennes. Donc il n'a pas fait énormément d'entrées.
D'autant qu'il est sorti en même temps que " The Quiet
American ", le film de Mickael Caine. Ca n'a pas aidé.
Gaumont/UGC distribuent le film en France donc on espère avoir
un peu plus de chance.
Pour les pays anglo-saxons, les droits ont été achetés
par BV International (Norvège) et nous sommes en tractation
avec Art Nations aux Etats-Unis. Les événements actuels
ont bloqué les négociations. Le distributeur a dit :
" Avec la situation internationale, je joue quitte ou double,
ou je fais très fort ou je me casse la figure ". Mais
les pays anglo-saxons ont un besoin explicatif bien plus grand que
ce que j'avais imaginé pour le film au départ. Par exemple,
la Norvège a visionné le film et a demandé que
la séquence d'ouverture soit éliminée pour être
remplacée par des chiffres précis sur cette guerre.
C'est pourquoi vous voyez le nombre de morts de chaque camp apparaître
au début du film. La danse de la cigogne a été
supprimée.
C'est impressionnant, ce manque de compréhension d'une culture
étrangère. Justement expliquez-nous ce que symbolise
la danse de la cigogne et pourquoi le film revient aussi peu sur les
motifs de cette guerre. Est-ce une volonté et aurez-vous la
même démarche pour vos prochains films ?
La Danse de la Cigogne est à la base de l'idée du film.
C'est un poème chanté en vietnamien. Il est dansé
et récité en même temps. La cigogne exprime la
constance, la pureté et le courage. La séquence d'ouverture
reprenait ce poème mais les étrangers ont demandé
à ce qu'elle soit remplacée, comme je vous l'ai dit.
Ce film n'est absolument pas un film politique et je ne tenais pas
à montrer la haine dans ce film. Tout le monde est perdant
dans une guerre. Ce film a pu être assez personnel grâce
au financement par des fonds privés. C'est ma boîte de
production qui a collaboré avec Singapour pour monter ce film.
Mais les gouvernementaux ne sont pas impliqués. Ils ont insisté
pour visionner le film mais n'ont exercé aucune censure. C'est
très positif, peut-être le début de la démocratie
? (Rires) Tous les films sont habituellement co-produits avec le gouvernement.
Ils viennent juste d'autoriser les maisons privées à
produire seules leurs films. Ce combat nous l'avons mené pendant
10 ans auprès du gouvernement pour arriver à ce résultat.
Quand à mes autres films, celui-ci est mon premier film. Je
n'ai pas fait d'études de cinéma. J'avais un parrain
cinéphile qui a beaucoup voyagé et qui me ramenait ses
impressions cinématographiques de ses longs périples.
L'influence vient de là. Le reste s'est fait grâce à
Johnny Foo qui, lui, a fait des études de cinéma et
connaît donc la technique. Ce film a constitué en fait
mon chemin de croix quand j'y repense. Car parfois on avait 500 figurants
à diriger. Des kilogrammes de TNT à transporter avec
des dangers énormes. Pendant la saison des pluies, les insectes,
les sangsues, ont commencé à s'accrocher à nous,
aux acteurs. Ce fut très pénible. Je ne suis pas prêt
de recommencer un nouveau film mais s'il y en a un, il va parler de
ma jeunesse, en ville, en plein centre-ville.
En revanche le point positif reste la coopération dont nous
avons bénéficié du gouvernement vietnamien qui
a accepté le tournage sur le sol vietnamien, qui a prêté
les chars et même des avions. Mais je me suis dit, pour les
avions, on sait les faire décoller, mais on personne ne sait
les faire atterrir.(Rires) Finalement on ne les a pas utilisés. |
(Propos
recueillis par Mystere
Vic Festival du Film de Paris 2003)
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