Christy, cette
année, la sélection du festival est largement représentative
de la variété des films en Asie. Pensez-vous que les
films thaïlandais, vietnamiens, malais restent encore des outsiders
ou représentent le futur du cinéma asiatique ?
Il est vrai que de nombreux pays sont prêts à assurer
la relève. J'ai une préférence pour la Corée,
mais il va sans dire que les films thaïlandais ou chinois prennent
une place de plus en plus importante dans le paysage actuel. La Thaïlande,
c'est sûr est très prometteuse. Ce qui est intéressant
dans les festivals comme celui de Deauville, c'est de faire découvrir
au public français, européen une autre, d'autres cultures.
C'est intéressant de voir nos différences de réaction
face à certaines situations dépeintes dans les films.
Ce festival a une note encore plus humaine. On navigue dans les tribulations
humaines : la mère et la fille, le père et le travail.
Cette confrontation à d'autres cultures est très importante
et j'espère qu'ainsi les gens en Asie accéderont à
une plus grande reconnaissance, qu'ils seront mieux compris ainsi
que leurs différences. Les rapports hommes/femmes sont encore
difficiles en Asie où c'est l'homme qui a toutes les prérogatives.
Justement, pour revenir à cela, avez-vous vu Me Thao, le
film vietnamien ? Il décrit le Vietnam du début du 20e
siècle où les femmes restent prisonnières d'un
certain amour unilatéral. Ce sont elles qui se sacrifient.
Oui d'ailleurs, on le voit dans les films représentés
cette année, ce sont les femmes qui se suicident, les femmes
qui pleurent. Mais on sent que les choses sont en train de changer,
petit à petit. Par exemple, j'ai entendu dire qu'à la
télévision coréenne, ce sont les hommes qui pleurent
aujourd'hui.
Il y a de nombreux nouveaux réalisateurs venus de HK, ces
dernières années, certains très talentueux. Une
sorte de résurrection du cinéma Hong-Kongais. Pensez-vous
qu'il y ait suffisamment de place à la fois pour les films
de divertissement et les films, disons plus intimistes afin qu'ils
touchent un public plus large ?
Pour ce qui est des films d'art, au niveau de Hong-Kong, ça
ne passe pas très bien. Les films sur la récession ou
les films qui traitent de sujets trop pesants ne sont pas appréciés.
Les gens veulent voir des films plus légers, plus divertissants,
plus loin de leur réalité. C'est pour cela que des auteurs
comme Wong Kar Wai marchent moins. Mais en Europe et à travers
le monde, la culture asiatique et notamment chinoise est de plus en
plus présente. Il suffit de regarder la mode, les robes incorporent
des éléments d'influence asiatique. C'est la même
chose en médecine, les médecines alternatives fonctionnent
bien, c'est le cas de l'acupuncture. Tout ça pour dire qu'il
y a une véritable opportunité pour le cinéma
asiatique de conquérir une large audience en Europe.
D'ailleurs, les grosse productions peuvent être un moyen
de défendre et promouvoir les petites, de leur servir de tremplin
?
C'est vrai que les grosses productions, des films comme celui de Zhang
Yimou (Hero, ndlr) ont déjà leur public. Mais les petits
films indépendants peuvent avoir leur place, surtout en partant
d'ici.
Depuis que Samsara a été distribué en Europe,
vous possédez une certaine aura, vous représentez une
certaine image dans l'esprit du public (le rôle d'une femme
qui se bat pour l'amour et conserver son mari, qui donne la préférence
aux besoins terrestres avant les besoins célestes). Est-ce
que vos projet actuels ou futurs, vos choix sont guidés par
cela, ou continuez vous de choisir vos rôles aussi librement
?
Dans mes rôles, je ne veux surtout pas être classifiée.
Le script est avant tout le plus important pour moi. Je choisis les
rôles en fonction de ça, des scripts qu'on me donne à
lire. Mais je ne veux pas m'enfermer dans un genre ni une classification.
Je peux jouer dans des films d'action (dont l'attendu Highbinder ndlr)
ou des mélodrames.
A ce propos, quels sont vos projets en cours ?
J'ai un film qui doit débuter au mois de juin. Le tournage
aura lieu au Canada. C'est une production chinoise et ça s'appellera
" Sonas ", vous savez, c'est la flûte traditionnelle
chinoise. C'est une comédie. Et peut-être un jour derrière
la caméra, pourquoi pas. Vous savez, voir tous ces films ici
me donne de l'inspiration. J'espère pouvoir, un jour, concrétiser
ces idées sur l'écran.
C'est tout ce qu'on vous souhaite. Assister un jour à vos
réalisations. Merci beaucoup et bon film. |