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L'Hirondelle
d'or : 1966
- Genre
:Wu Xia Pian- :
Note - - /10
Résumé
Un groupe de brigands intercepte un convoi, dans lequel se trouve le fils du gouverneur de la région, transférant deux prisonniers vers une autre ville. Il exige que les détenus soient libérés. Le fils prisonnier devient l'objet d'un marché proposé à son gouverneur de père : la mort ou l'échange contre le chef des bandits, récemment capturé. Le gouverneur ne se résout pas accepter cette offre et envoie un agent expert en arts martiaux, l’Hirondelle d’or (Cheng Pei-Pei) afin de le libérer. Celui-ci, qui passe pour un homme, est, en réalité, la propre fille du gouverneur. Elle manie, en particulier, les poignards avec une grande dextérité. Dans sa mission elle rencontrera de nombreux obstacles dont le redoutable Tigre de jade (Chen Hung Lieh), mais un certain mendiant « Chat ivre » (Hua Yueh) lui viendra régulièrement en aide |
| Bien avant « Tigre et Dragon », King Hu inventait avec « Come drink with me » (titre original du film) la forme moderne du film d'arts martiaux : le Wu Xia Pian. « L’hirondelle d’or » est le quatrième film de King HU. Il est une pièce non seulement essentielle du Wu Xia Pian mais de l’innovation qu’il introduit dans le genre. Cinéma de type chevaleresque oriental, le wu xia pian pourrait être considéré comme le pendant occidental du film de cape et d'épée. Seuls les sabres sont ici le point commun des deux mouvances. Le genre chinois offre des références issues de mythes sans âge, des légendes où seuls comptent honneur, justice et loyauté envers les sages. Ce qui rend cet art cinématographique unique, positionnant donc ces productions au-delà de simples aventures ponctuées de scènes d'escrime des films de cape et d’épée. A l'honneur pendant deux décennies à partir des années 30, et ce malgré la censure communiste réticente aux histoires surnaturelles, ce pur produit du cinéma de Chine provoqua peu à peu la lassitude de ses spectateurs du fait du peu de moyens consacrées à la réalisation et de la pauvreté constatée des effets spéciaux de l'époque. |
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Il fallut attendre l'intérêt de la puissante Shaw Brothers à l’origine, entre autre, de la trilogie de la « 36 ème chambre » et de celle du « Sabreur manchot », pour relancer ce cinéma de genre, avec la sortie en 1966 de « L'hirondelle d'or », perle incontournable d'un King Hu, intronisé du jour au lendemain Prince du wu xia pian. Jusqu’alors plutôt familiers de films de Kung Fu où les personnages s’affrontaient à mains nues, les Chinois firent un véritable triomphe à cette œuvre sans précédent.
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Ce n’est pas seulement du côté de l’intrigue, somme toute assez mince, qu’il faut chercher les éléments qui font de ce film un chef d’œuvre… Comme dans les grands classiques du Wu Xia Pian produits dans les années 60 par la Shaw Brothers, la violence est liée à des situations quasi shakespeariennes : une femme doit se déguiser en homme pour retrouver son frère disparu, un élève doit éliminer son maître car il est prêt à tout pour le pouvoir… Le combat est toujours une solution inéluctable, que l'intelligence des héros retardele plus longtemps possible. |
Il faut aussi aller chercher du côtédes thèmes et de l’esthétique pour saisir toute l’ampleur d’un tel film. En effet, paradoxalement face à ce scénario un peu désuet, se dégage une étrange modernité, et ce malgré le rythme et quelques détails délicieusement surannés.. Mais attention aux amateurs de films d'action asiatiques modernes : le rythme n'a rien à voir avec la production actuelle. La chorégraphie des combats, est ici simple mais efficace, sèche et même violente, laissant les câbles au rayon des accessoires, est proche, esthétiquement, du ballet.
Car oui, « L’hirondelle d’or » est une oeuvre très musicale, et rappelle ici son origine immédiate : l'opéra populaire chinois. Les combats y sont plus que jamais des chorégraphies complexes où les corps, les objets et les décors composent un univers de rythmes et de mouvements purs. C’est une symphonie visuelle, où les explosions de violence ne tirent pas encore complètement vers l'abstraction (comme le fera par exemple « The Blade » de Tsui Hark). King Hu fait ainsi preuve d'une constante invention afin de filmer ces scènes en continu, pour mieux nous laisser apprécier la grâce inouïe de Cheng Peï Peï, alors âgée de 19 ans et qui deviendra ensuite une star du film d'arts martiaux à Hong Kong. |
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En outre, la théâtralisation est de mise. Pas de montage grâce auquel on perd la majeure partie des images. Au contraire, les combats sont captés par de longs plans-séquence qui leur donnent de la fluidité et les phases d'observations, avant l'engagement physique, sont soulignées, faisant un peu penser à celles qui précèdent les duels au pistolet des westerns italiens (S. Leone en chef de file). King Hu exalte l'instant précédant l'action et permet à Cheng Pei-Pei, d'imposer ce qu'il faut de tension pour tenir à distance ses adversaires... Légère, incisive, et expéditive, elle va d'un brigand à l'autre, entaillant les flancs, transperçant les chairs, et s'apprêtant à l'assaut suivant . |
Plus comédienne que professionnelle des arts martiaux, Cheng Pei-Pei est la véritable révélation du film. On peut imaginer que King Hu ai délibérément oeuvré dans cette mise en exergue de son caractère féminin afin d'amener un élément de surprise supplémentaire, et de se démarquer des éternels destins des grand héros masculins. Néanmoins la performance globale de Cheng Pei-Pei est réelle et a fait date dans l'histoire du cinéma de Hong-Kong ( Ang Lee lui rend par deux fois hommage, en lui offrant le rôle de « Jade la Hyène » dans « Tigre et Dragon » et en l’évoquant de manière ostentatoire dans le personnage de Jen Yu/ Jia Long qu’interprétait Zhang Ziyi).
« L'hirondelle d'or » n'en demeure pas moins exempt de légers défauts, notamment de petits accidents narratifs mis en scène hâtivement par un King Hu sous la pression stricte de la Shaw Brothers, peu enclin au perfectionnisme exacerbé du réalisateur. Il est nécessaire de rappeler que le mythique studio fonctionnait à l'époque à plein régime et qu'en cette année de 1966 pas moins de 44 films étaient sortis sur les écrans de Hong-Kong, la plupart issu d'un carnet de commande plus industriel qu'artistique. On ressent donc un peu de précipitation en fin de film, tranchant nettement avec la gestion de l'espace et du temps de la première heure.
On peut aussi reprocher à l' Hirondelle d'or : les geysers de sang qui viennent de tous cotés sauf de celui de la victime, les seaux d'eau censés suggérer les éclaboussures lors d'une chute dans un lac, le jeu très approximatif de certains acteurs, les chorégraphies parfois figées lors de scènes de combat..
Alors pourquoi donc est-ce un film que l’on dit culte ?
« L ‘hirondelle d’or » était un compromis entre le théâtre populaire et les nouvelles attentes du public chinois des années 60. Ici,les combats, spectaculaires, se déroulent selon un rythme aujourd'hui négligé, qui fait précéder l'explosion de violence d'une longue période de tension et d'attente. A noter aussi que le recours au surnaturel, le folklore traditionnel chinois et les rapports complexes entre les personnages apportent une innovation, une fraîcheur qui sera plus tard utilisée par les plus grands. Néanmoins, si ce rythme est nettement plus lent que celui des films du genre faits aujourd'hui, la magie opère toujours, et inspire encore de jeunes cinéastes. « Zu, les guerriers de la montagne magique » de Tsui Hark, est ainsi un hommage ouvert au chef d'œuvre de King Hu, tout comme « Tigre et Dragon » de Ang Lee. |
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Comble de l’anecdote .. sachez que King Hu avouait pourtant ne rien connaitre ni ne rien comprendre aux arts martiaux. De plus, alors qu'il officiait dans une industrie, qui plus est dans un genre, on ne peut plus machiste, King Hu a tout a long de son oeuvre mis la femme au premier plan, imposant et consacrant des actrices telles que Cheng Pei-Pei et Xu Feng. Deux obstacles qui ne l’ont pas empêché de persévérer dans cette ouverture. Pour cela il méritait déjà une vraie considération. Une fois le film vu, la boucle sera bouclée, et vous verrez ce réalisateur tel un grand Monsieur du cinéma. |