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Ghost In The Shell de Mamoru Oshii - Japon - 1995 - Genre : Animation Futuriste
GENRE : Action / Groupe D'intervention - Note : 8/10
Résumé
Suite à une tentative d'assasinat d'un officier japonais déjouée en 1909, le cours de l'histoire est changé et le Japon devient un allié des Etat-Unis durant la seconde guerre mondiale et le pays s'approprie la Corée. En 2009, Saigo(Toru Nakamura) et Sakamoto(Jang Dong-Kun) sont deux agents du JBI(japanese investigation bureau) et enquête sur les agissements d'un groupuscule de terroristes coréens appelés les Hureisenjin.
Critique :
" Dans un futur proche, les réseaux informatiques quadrilleront l'univers. Mais ce progrès n'aura pas balayé nos nations et nos groupes ethniques. "
Ghost In The Shell
(Le fantôme dans la coquille), Manga prémonitoire sur un possible futur de notre société, a été réalisé par Mamoru Oshii, auteur célèbre de l'animation japonaise. Tiré du manga de Masamune Shirow, l'histoire se situe à une époque où l'évolution technique et informatique de la société a placé l'individu au cœur d'un inextricable réseau informatique et électronique. L'histoire suit le Major Kusanagi, cyborg d'une section (n°9) qui lutte contre le cybercrime. Le film va développer l'histoire de ce cyborg, de sa vie à sa mort où plutôt de sa conception à sa renaissance, par son union avec un être né du net.
Suite au prologue qui introduit brièvement l'intrigue, mais place surtout l'ambiance du film, le spectateur assiste à la naissance (ou maintenance) du Major Kusanagi. A la fin des différentes étapes de l'élaboration du cyborg, Kusanagi prend une position foetale en lévitation dans l'eau (similitude à la naissance humaine dans le corps de la mère), et s'éveille dans son appartement, plongé dans la pénombre. Ouverture sur la vie et vue de la ville. Première correspondance à la caverne de Platon.

" La simulation informatique mime, à l'aide de systèmes de traitement de l'information, des échanges d'information. En somme, avec la notion d'information, les phénomènes d'organisation que l'on trouve dans la nature sont apparus comme virtuellement équivalents. " Cybernétique, Le Trésor, Dictionnaire des sciences, Flammarion
La société de Ghost in the Shell a développé toute une gamme d'êtres vivants dont les plus élaborés sont les cyborgs, corps hybrides du vivant et de la machine. L'individu se situe à un niveau d'imbrication homme-machine de plus en plus élaboré, et seul le cerveau semble ne pas pouvoir être encore reproduit. La plupart des individus de la section 9 sont des cyborgs, à part Togusa et le chef de la section.
Cependant, l'informatisation de cette société implique que l'être humain fasse dorénavant parti d'un vague réseau, où maintenant le ghost (projection de la conscience humaine présent chez tous les êtres humains) est piratable. Le ghost possède ainsi une correspondance informatique, et il peut être soumis à un virus informatique qui transforme la psyché de l'individu, modifiant sa mémoire et par là même son identité.
L'homme se rapproche ainsi de plus en plus de la vie artificielle, où le cerveau reste l'ultime enclave qui ne peut pas être simulé mais seulement optimisé (Togusa).


Mais l'arrivée du Puppet Master, programme basé sur une intelligence artificielle évoluée, qui est devenu " une entité vivante, pensante, issue de l'océan d'informations ", intègre la partie manquante. Il représente dans le film un aboutissement du connexionnisme, branche de la cybernétique né dans le milieu des années 40. " Le connexionnisme se présente comme une reconstruction rationnelle, au moyen de systèmes de traitement de l'information, de l'œuvre de la nature. " Connexionnisme, Le Trésor, Dictionnaire des sciences, Flammarion
Le Puppet Master repose ainsi par son existence la définition de la vie comme un code informatique complexe.
Il devient le premier être virtuel à posséder un ghost, soit une conscience ou une projection de sa complexité.

" L'histoire de notre planète est celle d'un chaos initial d'éléments qui, peu à peu, se sont regroupés en structures plus riches, leur complexité entraînant la mise en œuvre de pouvoirs plus étendus. " Complexité, Le Trésor, Dictionnaire des sciences, Flammarion
L'équipe même de la section 9 joue sur cette ambivalence homme machine. Togusa n'est un flic intègre qui amène la diversité. Mais ce dégage ici un point important, lorsque Kusanagi lui dit : " Si nous pensons pareil, nous serons prévisibles. Et puis, deux opinions valent mieux qu'une. Ce qui est vrai pour le groupe l'est pour l'individu. A force de se spécialiser, on devient faible. C'est la mort lente. " La diversité, complexification des formes qui empêche la disparition et permet l'évolution, sera un des arguments du Puppet Master pour amener Kusanagi à se lier et disparaître pour donner une nouvelle entité, un nouvel être souche.

Au-delà de la vie, la complexité et la réunion par points de symétrie amène deux êtres de nature distincte à pouvoir s'unir. La mise en réseau et l'informatisation poussée de la société humaine ont permis de dégager un terrain fertile pour l'existence d'une diversité en pleine évolution. Et c'est par le Puppet Master et Kusanagi, deux entités différentes qui sont les clés de la mise en relation de deux réseaux : humain et informatique.
Si le Puppet Master est né du net, la ville symbolise le réseau des êtres biologiques, et le personnage de Kusanagi y est très réceptif. Kusanagi représente le lien humain qui permettra une mise en réseau avec le monde informatique, amenant l'évolution de la vie à un niveau supérieur.

En prenant, par exemple, le moment ou Batou et Kusanagi discutent sur le bateau, lorsque le major dit : " Une multitude d'ingrédients composent le corps et l'esprit, comme tous ces composants qui font de moi un individu à part entière. Bien sûr, mon apparence me différencie des autres, mais mes pensées n'appartiennent qu'à moi, et j'ai le sens de ma propre destinée. Il y a ça et les informations que je rassemble et utilise à ma façon. Le tout, en se mélangeant, me crée et détermine ma confiance. Pourtant, je me sens confinée, limitée dans mon évolution. ", Kusanagi s'éloigne pendant que la ville s'approche d'elle.

La ville représente un état supérieur dans une représentation récursive. Kusanagi est à la ville ce que les éléments de son corps sont à elle-même. Un élément qui fait parti d'un ensemble plus grand et dont le sens dépasse l'élément qui le constitue. La ville possède une présence organique, viscérale, décadente, similaire à un corps en vie, structurée comme tout corps complexe en un réseau ; société humaine composée d'innombrables connexions démultipliées par l'informatisation.
" Soit " ma main ", " ce papier ", au moment où j'écris, en robe de chambre, dit Descartes : douter de mes sens, c'est douter du plus évident, et par là, viser un vertige. " Larousse, Grand Dictionnaire de la Philosophie
La ville s'inscrit dans une deuxième symbolique, celle de l'allégorie de la caverne de Platon. Le fait que Kusanagi dise : " Ce que nous voyons n'est qu'un pâle reflet dans un miroir. Seulement après, nous nous retrouverons face à face ", avec la voix du Puppet Master évoque directement un questionnement de la réalité. Succède à cette séquence le cheminement de Kusanagi dans la ville où elle se retrouve déjà démultipliée dans le réseau urbain. Réseau des ombres.

" Si l'on est toujours sûr que la vie n'est pas un songe, cela n'empêche pas d'y rêver ; j'introduis par ce biais le rêve dans la " réalité ", pour donner à cette dernière des couleurs et des contours conformes à quoi ? A mes désirs. […] Or si la vie a texture de songe, c'est pour autant que pareil étourdissement réussit […] ; dans la mesure où, donc, les désirs et les fantaisies qu'ils projettent font partie de sa trame réelle, voire, trament sa réalité comme subjective. […] Etre libre ne consiste alors plus à surmonter l'illusion dans ni par le doute (dans une incertitude angoissée qui s'enveloppe dans ses propres plis et circule dans ses propres détours), mais, soudain retour au baroque, à l'effectuer sans trembler. " Pierre-Henri Castel, Larousse, Grand Dictionnaire de la Philosophie, p.1076
Au niveau de la recherche esthétique, ce film est une réelle réussite (si ce ne sont les personnages féminins trop souvent plantureux dans l'animation japonaise…). La plupart des instants de contemplation, ne sont pas des images " gratuites " mais bien des moments où les plans, mouvements, et séquences sont une projection directe des sentiments des personnages. Même lorsque Batou et Kusanagi poursuive Corgi, celui-ci prend le temps de s'arrêter pour observer les choses qui l'entourent. Ces instants de contemplation, les attitudes des personnages donne au film la sensation de se trouver parfois dans un rêve éveillé.
La musique réalisée par le compositeur Kenji Kawai, participe d'autant mieux à donner à cette fable philosophique toute la profondeur dont elle a besoin. Entre coeurs aux voix cristallines et sons qui rentrent en résonances, qui ne s'est jamais posé dans un fauteuil pour se laisser bercer par la beauté de cette musique…

" J'ai toujours aimé le cinéma. Les films de Bergman en particulier. Ainsi en tant que réalisateur, lorsque je crée un film d'animation, je ne l'envisage pas comme un simple dessin animé, mais comme une œuvre cinématographique à part entière ". Mamoru Oshii,, DVD Pathé Vidéo

Et c'est bien à un " film " que nous convie Mamoru Oshii,i ; œuvre d'anticipation, où se mêle la grâce et le doute, mené par une intrigue complexe. On se trouve à la fin de la première séance à vouloir déjà revoir le film pour se plonger à nouveau dans cet univers si complexe : de la vie à la cybernétique, de la réalité à l'imaginaire, un songe…

" Où va aller la "nouvelle née"? Le Net est vaste et infini... "



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