FULL
TIME KILLER
Plus tu fuis la mort, plus tu t'en rapproches
Johnny To revient, après
The mission,
avec un film qui peut ravir les non-initiés mais laisser
sur leur faim ceux qui ont découvert le réalisateur
et ses pairs depuis longtemps. L'histoire de Fulltime Killer
est celle de O (Takashi Sorimachi), "
tueur professionnel
à plein temps " comme il le dit lui même
et qui se doit de tuer ceux qui le connaissent. O est calme,
limpide, et discret. Sitôt une mission remplie, il disparaît
"
comme un diable dans la nuit ". Tok est
également tueur à gages mais son style est tout
différent : artificiel, spectaculaire, tape-à-l'il,
Tok aime se donner en spectacle pour faire sortir O de sa
tanière et le provoquer en duel. Dans le style, "
il ne doit en rester qu'un ", le film exploite le
mythe des combats de titans que
John
Woo (
The Killer) ou
Tsui
Hark (
Time and Tide) avaient revisité
avant lui. Bien sûr le propos se veut original : une
femme, Chin (Kelly Lin - Lam Hei Lui) va réunir les
deux adversaires dans l'amour commun qu'ils lui portent. Le
règlement de compte professionnel prend alors l'allure
d'un duel sentimental, non dénué d'intérêt
grâce à l'intervention d'un quatrième
personnage, l'inspecteur incarné par Simon Yam Tat-Wah
qui, désabusé et limite psychotique, finira
comme écrivain peu inspiré, sinon par l'histoire
qu'il a vécue. Cette histoire, il reviendra à
Chin de lui en narrer la fin, "
puisqu'il faut bien
une fin ".
| Le thème des
deux frères et des Jeux Olympiques donne une
épaisseur historique au récit qui contribue
à sauver un peu le scénario des clichés
habituels. Ceux-ci jalonnent le film et les références
à Woo ou Hark s'apprécient au travers
des ralentis, zooms, effets visuels. Les références
au cinéma français ne sont pas non plus
délaissées (Melville, Clément,
Besson) et le film devient un melting-pot plaisant d'inspirations
en vrac. Tout y est pourtant, la légende qui
ne veut pas mourir, la force tranquille qui veut passer
pour mort et le pauvre inspecteur qui ne sait pas où
donner de la tête ni du flingue dans une séquence
de fusillade haute en hémoglobine. Est-ce à
Chin de choisir celui qui survivra ou au destin ? |
 |
On dit que le destin se répète souvent, c'est
ce qui avait valu à Brandon Lee de mourir dans des
circonstances étrangement similaires à celle
de son illustre père 20 après sa mort. Ici,
les deux personnages remplissent l'écran à la
mesure de leur ego. Tok est campé admirablement par
Andy Lau Tak-Wah en cabot sûr de lui, O est interprété
avec le flegme d'un Yakusa japonais. Lequel survivra ? Lequel
gagnera le cur de la belle Chin ?
Johnny To
choisit de nous le révéler dans un feu d'artifice
final. Celui qui a le moins peur de la mort "
puisque
plus tu fuis la mort, plus tu t'en rapproche " ?
Son précédent film distribué en France
était plus empreint de psychologie et de subtilité
dans la maîtrise du cadre. Il a opté ici pour
une débauche d'effets visuels sans réellement
parvenir à égaler les maîtres du genre.
De l'action, toujours plus d'action. Malgré tout, c'est
dans la tradition du cinéma Hong-Kongais de nous offrir
un moment de détente et d'humour tout en faisant réfléchir
(un peu !) aux valeurs portées par la société
asiatique. Alors profitons-en sans chercher plus loin, on
est sûr au moins, d'être gagnant à plein
temps.