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LA FEMME DE SEiSAKU aka Seisaku no tsuma - Japon - 1965 - de YASUZO MASUMURA
Avec :
Ayako Wakao, Takahiro Tamura, Yuka Kono, Nobuo Chiba, Yuzo Hayakawa
GENRE : Drame psychologique
NOTE : 8.5/10
Résumé :

A la veille de la guerre russo-japonaise, pour échapper à la misère, une jeune femme devient la concubine d'un vieillard.

Lorsque celui-ci décède, elle retourne à son village natal avec sa mère.


ACHETEZ CE FILM SUR :

Honte sur nous les cinéphiles que de découvrir si tardivement un cinéaste d'une telle qualité.

Mais heureux les curieux qui cherchent toujours à découvrir les cultures d'extrême-orient avec, comme ici, la sortie des deux coffrets Masumura.

Ceux-ci regroupent le meilleur (bien que "l'ange rouge" ne soit pas proposé) du cinéaste dans ce qu'il a de singulier. Quatre films sur les 57 qu'il a pu réalisés pour l'essentiel dans le cadre du studio Daiei, entre 1957 et 1982. Mais reconnaissons à ce coffret de saisir de ce qu'il en est de sa signature, sa problématique, sa technique. En quatre films CineMalta vous offre l'opportunité de saisir ce génie et de tomber sous le ravissement total. Quatre films, sortis chacun une année après l'autre .. et qui pourtant, malgré cette rapidité de réalisation, sont de purs écrins à la femme. Avec ces films nous aurons aussi l'opportunité de nous initier à une certaine littérature nipponne grâce à des auteurs comme Junichiro Tanizaki (pour "Passion") et Rampo Edogawa (en ce qui concerne "La Bête aveugle"), car l'art de Masumura est aussi de celui parfaitement transcrire ce qu'un romancier a voulu dire. Ce n'est pas un hasard si ceux ci participent souvent aux scénarios..

Intéressons nous au premier film que le coffret propose : "La Femme de Seisaku". Encore une fois, ce film est une adaptation cinématographique du roman homonyme écrit par Genjiro Yoshida et publié en 1965.

On peut déjà remercier l'avénement de la télévision à la fin des années 60 qui, privant les salles cinématographiques de tout un pan de son public, la Daiei se mis à chercher un nouveau concept pour un spectateur que ce petit écran ne peut satisfaire. Et à la routine du "déjà vu", le cinéma opposera le sexe et la violence. Tout ce que la télé ne pouvait encore donner à voir. Dans ce contexte, la Daiei confia le travail d'un film rose, sublime dans le genre, qui en respecte les règles autant qu'il s'en joue, et ce à Masumura qui réalisera alors " La Bête aveugle". A ce titre, quoique conçu et exécuté dans le cadre d'un grand studio, le cinéma de Masumura est annonciateur de la Nouvelle Vague nippone, qui verra bientôt émerger, sous la bannière d'une révolte ouverte contre le système, des réalisateurs tels qu'Oshima, Oshida ou Imamura.

Grâce à ce nouveau champ de perspectives de travail, le cinéaste va mettre en scène ses thèmes de prédilection : les femmes et leurs désirs.

Plus proche d'un Kim Ki Duk qui témoigne dans cette propension à se donner corps et âme chez une femme, que d'un Mizoguchi qui milite en quelque sorte pour le respect d'une femme qui ressemble plus à une mère, une femme blessée et délaissée .. Ici, point de larmes, mais de la crainte pour ces passions toute féminines .. et leurs victimes. Ici, c'est un cinéma éperduement lancé dans cette approche des femmes mais toujours dans une dialectique où la mort à sa place inévitable et la perte de l'identité inévitable par ces amours si entiers. On rapprochera aisément de ce Masumura, l'oeuvre exceptionnelle de Hiroshi Teshigahara où l’entomologiste Jumpei Niki arrive dans un village et la femme perstiférée.

Okane, la "femme de seisaku" est considérée comme un objet depuis ses 17 ans. Si belle et pure, elle a cette stature d'icône, tandis que les hommes font piètre figure devant ce tourbillon d'émotions et de sensualité. Pour l'avoir, dans le pur sens objectal du terme, il doit alors réfléchir, user de stratagèmes, et utiliser le pouvoir que la société lui donne face à la femme. Puisque considérées comme un objet alors il suffit de payer. De le voler. De le tuer. De l'emprisonner. Ici, avec "la femme de Seisaku", l'argent sera le moyen d'acquérir la belle.A la mort de son amant, elle est à présent la paria, la pestiférée, celle que tout le monde hue ou méprise de s'être donné à un vieillard sans être même mariée .. Pour subvenir aux besoins de sa famille comme d'elle-même.

Okane est de ces femmes. Bien malgré elle, il est vrai. Parce que fille de parents pauvres elle est condamnée à être la maîtresse d'un vieillard à 17 ans. A la mort de celui-ci, elle est peut entendre les gorges se déployer et les enfants de son compagnon la mettre dehors avec mépris. Pestiférée d'avoir juste voulu subvenir aux besoins de sa famille, et d'avoir eu pour seul choix celui de se vendre à un homme argenté, elle retournera dans son village avec sa mère l'en implorant sentant la mort venir.

Mais Okane n'a plus de rêves ni d'espoirs. Le genre humain la dégoûte et son village ne l'épargne pas. Elle refuse alors de se courber, de se taire ou de jouer son rôle de femme honteuse.

De cette singularité, Seisaku est immédiatement intrigué. Lui que tous respectent et admirent pour son engagement au sein de l'armée, parait indifférent à la jeune femme qui ne se lève pas au son de sa cloche et ne partage pas le travail aux champs. Seisaku va donc partir à la rencontre de la dame. Rebelle et farouche, elle éveille en l'homme un intérêt évident. Fasciné par cette part indomestiquable, il tombe amoureux et Okane lui rend la pareille au grand détriment du village. Elle intrigue, questionne de ce qu'il en est des normes, du vrai, du juste .. elle renvoit à la remise en question de sa virilité .. Elle bouscule tout sous ce voile de femme vulnérable et totalement consacrée à un amour qui la mange, la dévore .. Elle est de ces femmes qui envoûtent les hommes ..

Et c'est ici que l'on va sentir la contribution de Kaneto Shindo au scénario du film. La composition à quatre mains se réalise dans la sculpture d'un film : et Masumura, sculpteur, de se baser sur le scénario, la glaise, que lui donne Shindo.

Il y a ostensiblement chez ces deux hommes une congruence dans la représentation de la femme, avec une fascination mélée d'effroi (qu'on se souvienne du mythe de la Méduse, incarnant, à elle seule, la phobie du sexe féminin et l'envoutement qu'il exerce à la fois sur les hommes). Ici, justement notre héroine est telle la méduse, paria, pestiférée, éloignée du village natal afin de pas faire honte à ces gens bien-pensants .. Celui qui pourra vaincre la Méduse .. se devra donc d'être vierge de tous préjugés, tout comme Persée ..

Seisaku incarne l'opposé de Okane. Il n'a jamais eu à se battre pour avoir une femme, pour survivre, pour être respecté, pour simplement exister. il a été chéri, protégé, il reprèsente cette part dont le Japon est fier : le patriotisme, la vaillance, l'initiative, le travail. Quand deux êtres si différents se rencontrent, réalisant dans l'autre les chimères de ces valeurs pour Okane, une plénitude inédite pour Seisaku qui ne croyait pas la trouver en une femme mais dans son métier..

Okane est cet être sauvage, incompréhensible. Pythie aux réponses abscontes, à jamais soumises à ses désirs .. Fascinante dans sa primitivité .. Elle est aussi létale qu'intelligente quand elle a compris le système machiste où elle se doit d'évoluer. La femme "Masumuraienne", est entière, sans concession, malmenée et honnie, elle reprend toujours son destin et se bat .. Manipule, joue des oripeaux que les hommes disent séduisants pour mieux soumettre les dupes de cette comédie, elle est "La femme face à l'homme" bien pathétique devant cette puissance d'amour comme de haine .. Impuissant serait le mot le plus seillant .. dans les deux sens du terme. Elle combat, elle est stratège, manipulatrice .. mais si elle aime ..

De l'union de Seisaku et Okane, le Japon idéal et celui que l'on veut cacher, les ragôts vont bon train. Et Seisaku reste néanmoins cet homme aux valeurs analogues à celles de la majorité. Il retourne à la guerre et Okane ne supporte plus cette absence. Elle est vide, il manque une part d'elle même. Elle ne supporte plus la solitude, elle découvre des sensations qu'elle n'aurait jamais soupçonnées comme cette dépendance pathologique à l'autre. Elle est l'objet de l'autre, puisqu'elle l'attend.

Mais Okane est une femme, et là Masumura s'attelle à une analyse du désir au féminin sans limites prêt à tout pour réïfier l'homme qu'elle aime. Elle incarne selon Masumura le "désir nu", sans limites ni préjugés, affranchi de la morale et du regard d'autrui, voire de l'humanité. Telle Carmen "si je t'aime, prends garde à toi", Okane va devoir reduire Seisaku à l'incapacité de partir encore une fois.
Entières, voraces, devant ces hommes si pragmatiques, si matéralistes et qui découvrent un jour avec effroi ou ravissement cet amour sans limite. Ce moment où dans les yeux de l'autre seuls eux existent, il y a don de soi. Dans ce plan là, Masumura montre l'analogie qu'il fait entre le regard et la possession de l'autre. Le désir étant toujours assujéti au regard (les hommes sont ainsi faits, la plastique prédomine l'esprit). De ce désir, le regard se retrouve dans une perpétuelle quête de beauté absolue. Une fois celle-ci trouvée, le destin est toujours le même : il y a dissolution.
La femme de Seisaku offre une dimension létale à l'amour d'une femme qui finalement la fait cotoyer le folie en bousculant toutes les limites qu'elle se posait jusqu'alors pour un homme qu'elle veut. Qu'elle a décidé comme étant celui qui saura la combler. Dans le sens d'une plénitude enfin aquise, mais qui réduit l'homme à un simple objet. Un amour si violent et dévorant qu'il aliène et malmène l'objet d'amour.

Sans lui, la folie gagne, avec lui la séreinité mais la peur de le perdre. Alors la solution est aussi ignoble que cet amour est passionné.. De la folie des femmes et de leur enseignement de valeurs plus proches de l'amour, le don, la passion et le sacrifice si éloignées des valeurs masculines comme la guerre, la hiérarchie et les semblants qui enferment leurs singularités dans un masque étouffant ou qui, comme pour Seisaku, ne permet plus de voir sa part d'humanité velléïtaire, sa faiblesse devant une femme qu'il aime. En acceptant cela, balayant tous les archétypes du parfait japonais pour une femme qui l'aime sans aucun ambage, purement sans médailles, sans gloire, et même .. Mais la fin vous soulignera la force de cet amour létal.

Avec son analyse du désir au féminin, Masumura n'épargne pas la critique sociale. la comédie humaine qui conduit irrémmédiablement les femmes à la survie. Faire-valoir, amante, femme de ménage, cuisinière, sa place est estimée en fonction de l'homme avec qui elle est. Femme de, mère de, mais en aucun femme libre sinon l'opprobe est jetée sur celle qui refuse de se soumettre à ces moeurs niant son identité.

Okane est de ces femmes. Bien malgré elle, il est vrai. Parce que fille de parents pauvres elle se vend à un vieillard. Et ce sont ces mêmes femmes qui jettent l'opprobe sur une des leurs condamnée à survivre, subissant aussi cette même injustice de choix de destin et qui oublient bien vite une fois mariées aux pires des hommes.

Quant à la forme, on ne peut pas oublier Michelangelo Antonioni, Federico Fellini,Luchino Visconti (rappelons que Masumura a étudié le cinéma en partie en Italie) dans cette magnificience de la beauté des femmes, ce cinéma de plans serrés sur l' émotion, ces cadrages qui refusent les codes et qui ont permi d'ouvrir des champs de nouvelles techniques cinématographiques. Et ceci n'est pas sans ce don incroyable que possède Masumura de poser la femme comme une pure splendeur

via un au cinémascope savamment maîtrisé où le noir et blanc offrent finalement une sublime richesse permetant une jeu d'ombre et de lumière magnifiant les visages et permettant aussi de regarder ce que le cinéaste veut que l'on étudie plus habilement. On pense aussi à Bunuel, et Polanski quant à la thématique en Europe, même si, en effet, le représentation de la femme est différente et induit donc d'autres comportements. La femme est une muse séculaire. Et jusqu'à ce jour, elle a permis la réalisation des plus grands chefs d'oeuvre des arts.

De ce désir nu que Masumura, entomologiste des plus doués étudie et ,dont les réponses jamais concises mais toujours dans une optique d'ouvertures vers d'autres interrogations, pour arriver au plus près de la problématique qui l'intéresse, ne se trouvent que dans la compulsation de toute son oeuvre. Il va nous falloir continuer à regarder les films magnifiques de ce grand cinéaste qui, à défaut de nous donner les réponses à toutes nos question, pourra, peut-être nous y aider.

Dans ce sens, nous continuerons notre analyse avec ces trois autres films édités.

MATRIXA – 2007

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