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FEATHERS IN THE WIND de De Song Il Gon - Corée 2004
Avec Jang Hyun-Sung, Lee So-Youn, Jo Sung-Ha
GENRE : Comédie Sentimentale
NOTE : 8.5/10
RESUME :
Un jeune couple avait fait une promesse : se retrouver dans 10 ans, jour pour jour, sur l’île où jaillie leur amour. Les années passèrent et le couple se sépara. Cependant Hyung Sung tient à sa promesse et retourne sur l’île. Il se prépare alors à rencontrer son ancien amour mais elle ne vient pas. Hyung Sung redécouvre l’île de leur promesse et par la même occasion, commence son introspection sentimentale….

Le cinéma Coréen disponible chez Asia-Diffusion

Feathers in the Wind fut l’une des grandes surprises de la cinématographie coréenne de 2004. D’une simplicité et d’une sentimentalité sans pareille, le long métrage de Song Il Gon pointe son nez aux côtés des meilleures œuvres de Kim Ki Duk et de Hong Sang Soo.

Hyung Sung est un médiocre réalisateur en mal d’inspiration. Ses amours passent et finissent par se tarir. Il se souvient alors d’une promesse vieille de 10 ans faites à sa compagne de l’époque qu’il n’a jamais su oublier.

Elle était une virtuose du piano et s’était exilé en Pologne pour sa carrière où elle rencontra un chef d’orchestre allemand. Comme on dit, « Loin des yeux, loin du cœur », et leur éloignement les a brisé.

Malgré ces années passées sans nouvelles, leur promesse tenait à se revoir sur l’île d’Udo, vestige de leurs premiers ébats amoureux. Hyung Sung fait le voyage, se préparant à rencontrer celle qui un jour lui prit son cœur sans le lui rendre. Il réserve dans le seul hôtel de l’île la même chambre qu’autrefois. Ce lopin de terre perdu au milieu de la mer est désert : seul la pluie et le vent viennent animer une région à l’abris du temps qui s’écoule. Hyung Sung fait alors la rencontre d’une sympathique fille qui s’occupe de l’hôtel en compagnie de son oncle, gérant de la bâtisse. En attendant la venue de sa lointaine bien aimée, Hyung Sung redécouvre l’île et ses secrets, débutant son introspective sentimentale. Il n’y a rien à faire sur cette île venteuse si ce n’est les promenades et les bouts de conversation entamée avec la jeune fille qui passe ses journées à se languir, excepté pour sa passion, le tango, où elle s’exerce régulièrement en pensant à sa tante.

Le jour J arrive et Hyung Sung sera bientôt fixé sur la venue ou la définitive absence de son ancien amour….
Feathers in The Wind est d’une rare préciosité cinématographique pour le pays au matin calme car la nation coréenne éprouve actuellement une douce difficulté à se réinventer un cinéma d’auteur après les glorieux essais de Kim Ki Duk, Hong Sang Soo ou bien même dans une autre registre, Lee Chang-Dong.

Cette œuvre est devenue en quelque sorte le manifeste autoproclamé d’une nouvelle vague de talents coréens. Alors que le cinéma national se déchire entre productions commerciales, long métrage pour adolescents et pseudo films d’horreur, Song Il Gon donne de d’espoir à ceux qui attendait une relève aux peu d’indépendants actuels, malgré des premières œuvres en deçà de celle-ci.

Feathers in The Wind est en tout point une réussite et touchera les plus sentimentaux d’entre nous en proie aux vicissitudes les plus sombres.
D’une simplicité brillante, Song Il Gon donne au tournage DV toutes ses lettres de noblesses. Les préjugés à l’encontre du DV submergeaient le cinéphile en faisant de ce procédé technique l’apanage des premières œuvres de réalisateurs, facile et peu coûteuse.

Ici, toutes ces idées préconçues tombent dans un océan de sentiments si bien maîtrisé qu’il serait difficile d’attenter un procès contre la vidéo digitale. La nature environnante, à savoir une île déserte où vents et bruines s’épousent avec nostalgie, donne à Feathers In the Wind toute sa substance créative, propice aux turpitudes sentimentales et l’imagerie mise en avant laisse rêveuse ou mélancolique. Entre tango, piano du jardin, plume de paon, et une couleur grise vitrine d’une lassitude certaine, aucunes fausses notes ne dérèglent la mise en scène minutieuse de ce long métrage. Le l’espace-temps de cette île à la fois paisible et immuable se décharge d’émotions perdues devenant en quelques sortes le refuge d’âmes en peine. Accompagné d’une musique ibérique en phase avec les sentiments des protagonistes, Song Il Gon accentue le métissage culturel de son œuvre et laisse au cinéphile une superbe bande sonore à se procurer d’urgence.

Un réalisateur au cœur blessé, un oncle plongé dans un profond mutisme depuis le départ de sa bien aimé et enfin une fille joyeuse, pourtant di fragile : c’est la recette appliquée par le metteur en scène sur la représentation des personnages, nombreux modèles d’expériences sociales déchues.

Les tumultes sentimentaux qui les frappent sont à l’image de ce vent maritime, fort et changeant. Par ce traitement épuré, Feathers in The Wind se dote d’une profondeur encore rarement atteinte dans le cinéma pan asiatique.

Cela a été en grande partie possible grâce au travail remarquable des acteurs, redonnant courage au public trop souvent gavé d’œuvres coréennes consensuelles où les interprètes sont devenus au fil du temps de simple pompe à fric, 100% pur produit mercantile.
Ainsi pour toutes ces raisons Feathers in The Wind est un cadeau cinématographique tombé du ciel coréen, doté d’un univers propre à ne manquer sous aucun prétexte et digne de figurer parmi les plus grandes œuvres nationales de ces toutes dernières années. Est-ce le début d’une nouvelle génération de films d’auteurs ? Les paris sont ouverts…

Hinomura - Juin 2006
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