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ENTRETIEN avec Luisa Prudentino - PARTIE 2

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ACCES PARTIE 2 DE L'ENTRETIEN

LE REGARD DES OMBRES

Votre livre Le regard des ombres est une vraie mine d’informations sur le cinéma chinois contemporain mais c’est aussi une formule pédagogique qu’on a rarement l’occasion de lire, à la fois capable de toucher les néophytes et les spécialistes

C’était un peu mon but de signer un livre à tendance pédagogique. Je ne voulais pas quelque chose comme ce qui avait déjà été fait puisqu’il existe déjà des œuvres très complètes mais très techniques comme celle de Régis Bergeron ou de la Cinémathèque Française. D’ailleurs quand je recherche un point précis je vais naturellement piocher dans ces œuvres mais celles ci ne permettent pas d’établir une passerelle entre les découvreurs et les initiés. C’est ce qui m’a poussé à écrire Le regard des ombres. Je voulais parler du cinéma chinois et notamment du nouveau cinéma chinois car le cinéphile français, mis à part Chen Kaige et Zhang Yimou, ne pouvait pas connaître par sa si faible diffusion le reste du cinéma chinois. J’ai donc en résumé décidé de faire en quelque sorte un mode d’emploi. J’espère que tout le monde y trouvera son compte.

Est-ce qu’entre la France et l’Italie il y a une grande différence sur passion pour le cinéma chinois, que ce soit par le public, par les différentes manifestations ou bien même la distribution ?

Au niveau des festivals entre les deux pays c’est à peu près pareil, il y a de nombreuses manifestation en Italie sur le cinéma asiatique et particulièrement chinois. Par contre là où il existe une réelle différence c’est dans la distribution des films chinois. La France est en avance comparé à l’Italie.

Vous avez plus de chance en parlant au public français de tomber sur des gens qui connaissent Jia Zhangke que pour le public italien. En Italie aucun film de Jia Zhangke n’est sortit en salle ce qui est quand même assez déplorable. D’ailleurs tout ce qui touche aux éditions DVD est aussi en avance en France. Au niveau du travail des universités et des spécialistes, des publications le niveau est a peu de chose près le même.

La France a un regard différent et je ne pense pas que les relations politiques comme L’année de la Chine en France ou bien même les échanges diplomatiques ont joué dans cette différence mais c’est plutôt le public et les efforts à le sensibiliser à d’autres cultures cinématographiques.

LA DIFFUSION DU CINEMA CHINOIS EN FRANCE

En France, l’édition dvd en terme de cinéma chinois est encore assez pauvre. Seuls quelques Chen Kaige, Jia Zhangke ou Zhang Yimou existent. Est-ce que le cinéma chinois n’est pas porteur commercialement ?

Le cinéma japonais l’est peut être plus car on voit ressortir des anciens films d’Imamura, Kobayashi…. Y’a-t-il alors une plus forte communauté attachés au œuvres japonaises que chinoises ? Est-ce vraiment inégalitaire ?

C’est vrai qu’il y a en France une forte disparité entre les sorties de dvd de films chinois et japonais. Malheureusement comme c’est un commerce, les éditeurs ne sont pas en proie à l’envie de découverte. Comme les anciens réalisateurs japonais sont plus reconnus médiatiquement, les droits des films vont être plus facilement achetés. Mais bon je vois malgré le manque d’effort, une certaine dynamique et on ne peut que souhaiter que cela se développe d’avantage. Maintenant pourquoi y a-t-il plus de dvd de film japonais ? Tout simplement parce que le cinéma japonais est plus populaire que le cinéma chinois.

On voit aussi certains films chinois édités en France qui n’ont pas forcément un énorme intérêt culturel alors que d’autres comme Terre Jaune se font attendre….

Il y a comme une carence dans le travail de fond car seul les films distribués dans les festivals français où l’on récupère les sous titres et le master auront peut être la chance de se retrouver en dvd…

Mais voilà, vous avez mis le doigt sur le problème. Il y a un manque d’intérêt pour le cinéma chinois dans le travail d’édition lié notamment au coût et c’est pour cela que certains prennent la solution de facilité en reprenant les films présentés aux festivals français. Cela comporte ainsi un moindre investissement.

Il manque un travail de fond, de découverte et notamment de prises de risques que je reproche au diffuseur. Si l’on prend des risques sur cette cinématographie, il y a quand même de quoi faire quelque chose. Bien entendu cela s’avéra peut être peu payant sur le départ mais au fil du temps cela portera es fruits car il y a quand même des œuvres superbes qui pourront toucher le public et qui commercialement trouveront acheteurs. Il faut montrer au public notamment par le biais des festivals que la Chine recèle d’excellentes œuvres.

On a parfois du mal à comprendre comment un film tel que Terre Jaune où les critiques sont unanimes pour le considérer comme un chef d’œuvre ne soit pas édités alors que c’est certainement un prise de risque moindre qu’un film chinois où les avis sont plus partagés…

Vous savez, parfois il y a une fracture entre le public et les critiques. Terre Jaune a exclusivement suscité de bonnes critiques par les professionnels du cinéma mais aussi par des revues spécialisées comme les Cahiers du Cinéma. Mais au niveau de la diffusion au public c’est là où les ennuis ont commencé parce que le public s’est retrouvé devant un film très spécial sans avoir été prévenu au préalable. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de l’éditer ? Est-ce qu’il parlera à un certain public ? C’est là, la difficulté et il manque vraiment un travail de fond pour divulguer le plus possible le cinéma chinois au public. Par exemple je verrais très bien un diffuseur faire une petite collection consacrée au renouveau du cinéma chinois en les mettant dans le contexte de la découverte, de la popularisation du cinéma chinois grâce au festival. On parle de Zhang Yimou et Chen Kaige en ce moment pour leurs sorties de films, pourquoi ne pas faire un coffret regroupant leurs premières œuvres en disant : « voilà ces films sont leurs premières œuvres ». Bien sûr ces premiers films ne sont pas des films grands publics, mais sur le moment si vous faites un coffret il pourrait très bien marcher commercialement. D’une part il y a ceux qui disent que ce qu’ils font maintenant c’est de la soupe et vont s’intéresser aux œuvres antérieures, puis il y a ceux qui trouvent les œuvres actuelles excellentes et auront certainement envie de se plonger dans les anciennes œuvres pour mieux découvrir le travail de ces réalisateurs. Alors bien sûr ces films plaisent ou ne plaisent pas mais le but de faire connaître, d’élargir le public vers ensuite d’autres films chinois seraient atteint.

Oui c’est vrai. On a en France par exemple Jean Pierre Dionnet avec sa collection Asian Star et ses films achetés on dirait parfois un peu au pile ou face, avec un dialogue commercial proclament chaque film comme une merveille fait qu’au bout du compte le succès qu’il escomptait n’est pas atteint. Je ne sais même pas si Jean Pierre Dionnet connaît véritablement l’œuvre de Chen Kaige pour rééditer L’empereur et l’Assassin…

C’est vraiment dommage que certains diffuseurs ne s’intéressent pas plus au cinéma, car effectivement sortir un lot de films sans travail au préalable sur le public ça ne va forcément pas très bien marcher. Je peux comprendre le soucis commercial que les diffuseurs ont car bien entendu il y a certaine rentabilité à tenir et qu’un Titanic va certainement mieux se vendre qu’un Terre Jaune, ça c’est sur (rires), y a pas photo là dessus.

Mais je pense que même commercialement il y a quelques effets à créer sur le public. En reprenant l’exemple de Zhang Yimou vous sortez Qiu Ju + Ju Dou et vous avez déjà deux excellents films. Sur Terre Jaune il y a peut être plus de spécificités culturelles mais les deux films de Zhang Yimou sont accessibles et intéressants même pour un public néophyte. C’est pour ça qu’honnêtement il y je ne comprends pas : bon je vois mal un éditeur comme ça du jour au lendemain sortir Terre Jaune ; c’est vrai c’est un choix difficile. Mais dans le contexte d’une découverte, d’une sortie liée avec un autre film récent du même réalisateur et avec une bonne communication, ça marche !

Mais est ce que le matériel d’origine est encore exploitable ? Le gouvernement n’est il pas un frein supplémentaire ?

Bon sincèrement il n’y aura pas vraiment de problèmes techniques car le matériel est là mais c’est plutôt du côté administratif que ça se jouera. Vous savez que les éléments administratifs et étatiques avec les chinois vont toujours très lentement (rires). Enfin un point commun avec la France et l’Italie (rires). C’est vrai qu’au bout d’un moment les professionnels du cinéma peuvent se sentir démotiver par la lenteur et par les rébarbatives tâches administratives pour finalement se diriger sur des œuvres japonaises où l’ont sait que les tâches sont beaucoup plus rapides, qu’il n’y a pas de bureau de censure etc… Il faut vraiment savoir que parfois c’est comme ça que cela se passe.

Mais bon en même temps, honnêtement les autorités chinoises s’améliorent sur ces conditions de partenariats et si la volonté de diffuser certains films est forte ce n’est pas ça qui puisse empêcher les diffuseurs de le faire. En bref c’est la volonté qui manque…

Merci à Luisa Prudentino, 2006.

3 ème partie sur le cinéma chinois avec Luisa Prudentino
PROPOS RECEUILLI PAR HINOMURA
TEXTE Prorpiété de CINEASIE 2006


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