Cependant attention, c’est vrai qu’il y a un cinéma officiel exécrable et pareil dans le cinéma indépendant.
Fin 2003 (NDLR : là ou Luisa Prudentino nous a laissé avec son livre), les cinéastes indépendants se posaient déjà la question : Est-ce un bien pour nous et pour notre cinéma indépendant de continuer sur la voie non officielle, toujours sur le qui vive et malheureusement à se priver de notre public naturel (NDLR : en effet si un long métrage ne passe par le Bureau Officiel il est interdit de diffusion en Chine) ?
Il y a eu alors des cinéastes en Chine qui ont décidé de se battre contre ce système de censure. La réflexion était « dans quelle mesure était il possible de l’intégrer sans perdre de ses idées indépendantes ? »
La deuxième chose que je constate aujourd’hui je suis c’est de voir que le cinéma est en train d’aller dans une bonne direction. Pour preuve, les deux chefs de files de la sixième génération de cinéaste chinois, c'est-à-dire Jia Zhangke et Wang Xiaoshuai ont fait leurs films The World et Shanghai Dreams dans un système officiel. Tout le monde se posait des questions si ils avaient été obligé de faire des concessions et moi je persiste à dire qu’ils ont signé là leurs meilleures œuvres.
Alors bien sûr, cela ne veut pas dire que tout d’un coup les règles de la censure se sont assouplis, que soudain le bureau des films est devenu un important partenaire des cinéastes indépendants. La censure en Chine existe toujours mais il y a eu un pas en avant. Tous les cinéastes de la profession ont compris qu’il fallait se battre pour une cause commune, pour sauver la cinématographie nationale car un nouvel ennemi les terrassait dans les salles obscures et sur les marchés chinois : la concurrence étrangère, notamment américaine.
Il subsiste encore et toujours des films de ‘commande’ qui véhicule certains messages, certaines valeurs mise en avant par le politique, mais à côté de cela il y a des œuvres magnifiques comme le dernier film de Ning Ying Mouvement Perpétuel qui est sortit en Chine. Ning Ying qui rappelons-le a toujours combattue la censure sur place. Il y a donc de l’espoir, du concret.
On a pu déceler une période entre fin 2003 et début 2004 où l’on ressentait les effets de cette transition et de ces interrogations sur le devenir du cinéma chinois. Le cinéma indépendant souhaitait relever le défi sur sa sortie de l’ornière. Je peux vous dire aujourd’hui que je suis allé sur place en mai de l’année 2005 puis en décembre de la même année, et entre ce court laps de temps j’ai vu une quantité de films extrêmement intéressant. Je ne vois presque plus si ils sont indépendants ou officiels. Le cinéma chinois est donc véritablement sur la bonne voie…
La censure est une arme à double tranchant : d’un côté elle marque la singularité du cinéma chinois et d’un autre côté elle crée les contraintes qu’on lui connaît. Est-ce qu’aujourd’hui cette censure s’adapte à l’évolution chinoise ou reste elle la barrière que tout cinéaste doit franchir ?
Il ne faut pas se leurrer, la censure existe toujours et avec elle son lot de difficultés. Regardez dans la société, les sites Internet sont verrouillés pour bloquer l’accès à certaines informations mettant à mal les politiciens, la presse elle aussi est limitée dans sa liberté d’expression.
C’est quelque chose qui ne va disparaître de si tôt si bien que le parti ne souhaite pas sa disparition car c’est un moyen unique de contrôle sur la population.
L’Etat chinois s’est vu devant de nouvelles difficultés : Avec Internet, comment tout contrôler ? Ce n’est pas possible. En même temps cette censure a développé une scène artistique qui a énormément de succès comme dans la littérature avec par exemple Les Bonbons chinois de Mian Mian. Ce sont les romans le plus lus en Chine et qui circulent quand même sous le nez de la censure. Avant vous ne pouviez pas les acheter dans les librairies et encore. Mais avec Internet…
La Chine est sur ce point très étrange. Un vieil adage dit « chaque chose est vrai et son contraire aussi ». On ne peut pas affirmer une chose en Chine car son contraire est là et vrai aussi. La vérité pure et dure comme nous la voyons nous occidentaux n’existe pas. Pour la censure c’est pareil, elle est omniprésente mais il y a toujours moyens de la contourner. De plus il y a de manières officielles de manœuvrer à sa suppression au moins en ce qui concerne le cinéma. L’assouplissement est en voie de développement car auparavant elle était lourde et s’immisçait à toutes les étapes de l’élaboration d’un long métrage. Maintenant elle a tendance à être fixé à un moment donné. Laissons le temps au temps, les choses iront forcément dans le bon sens, mais pas de toute suite..
On peut poser une question parallèle à la précédente ; est ce que sans la censure, comme Jia Zhangke le souhaiterait lorsqu’il s’est exprimé pour votre livre, le cinéma chinois garderait son particularisme ? Est-ce que les contraintes n’étaient pas aussi une force ?
Comme tout comme pays, l’histoire nous apprend qu’à chaque fois qu’il y a eu des difficultés, des limitations, des atteintes à la liberté d’expression, il y a toujours eu une avant-garde de talents qui a su développer les meilleures idées artistiques existantes. Maintenant je veux dire aussi que la censure en général n’est pas une bonne chose. Cela peut être stimulant mais ce n’est pas pour le cinéaste une excellente condition de travail que d’avoir en permanence cette épée de Damoclès.
Alors le cinéma chinois va-t-il perdre sa particularité ? Oui il va perdre une de ces caractéristiques, car un jour la censure n’existera plus, dans un futur que j’estime très lointain. Mais ce que le cinéma chinois va perdre en singularité il va en liberté. |
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Pour les réalisateurs qui souhaitent passer cette censure, n’y a-t-il pas un risque de rendre leurs œuvres plus lisses même si les procédés techniques, l’imagerie peuvent faire passer des messages importants ? Par soucis de temps ou de facilité ou bien même de réaction de la censure, les cinéastes ne vont-ils pas s’auto censurer en amont ?
C’est déjà arrivé mais il y a eu aussi tout le contraire. Vous avez des cinéastes qui ont fait je ne pas combien d’aller retour au bureau de la censure pour se faire couper un morceau de pellicule. Ils en ont eu vraiment ras le bol et laissent tomber. Vous avez aussi des cinéastes qui se disent déjà que certaines scènes ne passeront pas le cap de la censure et qui vont de leur gré supprimer ces scènes.
Mais il y a d’autres cas. Un réalisateur qui se souhaite développer une histoire d’une manière bien précise ne passera pas par la censure et préfèrera alors confectionner tout ceci par la voie de l’indépendance.
D’ailleurs c’est comme ça qu’est apparu finalement le cinéma indépendant. |
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Ils font tout de même appels à des capitaux étrangers… alors est ce que de ce côté sont ils finalement aussi libre qu’on pourrait le penser ?
n ce qui concerne l’appel aux capitaux étrangers, oui c’est une façon de faire. Mais au tout début ce sont la famille et les amis qui mettaient la main à la poche pour assumer le coût d’un long métrage. Maintenant avec les co-productions, y a t’il une influence ? Je pense certainement que oui, car il y a quand même des enjeux économiques, des enjeux d’images et d’argent sur les participations au festival. De plus dans la diffusion, la commercialisation, le cinéaste n’a pas vraiment son mot à dire. Mais le plus important, pour las cinéastes avec lesquels j’ai parlé c’est de rester maître sur son plateau de tournage. Bon, si un réalisateur a envie de parler d’un sujet et que ces co-producteurs ne souhaitent pas que ça le soit pour des raisons commerciales ou de partenariat avec la Chine, l’arrangement et les modifications sont alors vites entreprises. Ou alors vous faites comme Jia Zhangke et Wang Xiaoshuai et vous créez vos propres maisons de productions, encore faut il qu’elles soient viables financièrement.
De toutes façons les sociétés de production essayent au maximum d’œuvrer dans la liberté du réalisateur, car plus on laissera un cinéaste s’exprimer pleinement plus il aura de chance de réussir son film ce qui va dans le sens des intérêts des producteurs. Tout ça c’est aussi un sacré business…
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