Film en compétition dans la rubrique Visage des Cinémas d’Asie Contemporains, L’Express des Steppes (en kazakh « Stepnoi Express ») est la quatrième long métrage d’Amanzhol Aitouarov, cinéaste formé à Moscou en 1986. Après une longue absence de près de treize ans, le cinéaste nous revient avec une œuvre touchante, sociale et patriarcale.
Petit rappel, le Kazakhstan est devenu un pays indépendant le 16 décembre 1991 après l’éclatement de L’U.R.S.S., c’est donc à nouveau un jeune pays et une cinématographie qui n’a eu cesse de se développer depuis ces années.
Présenté en première internationale, L’Express des steppes nous emmène voyage à la poursuite d’un jeune français, Etienne, en tourisme d’affaire au Kazakhstan. Dans le train par lequel il traverse le pays, des voleurs à la tire lui subtilise son porte monnaie. Le temps de s’en apercevoir, le voleur est déjà descendu du train et Etienne part à sa poursuite. Mais avant même qui lui met la main dessus, le train glisse à nouveau sur les rails, laissant seul et perdu le jeune Etienne.
Heureusement pour lui, une vendeuse de lait de jument l’aide à reprendre espoir, car ici les trains pour la capitale Almaty ne passent que très rarement.
Ainsi il découvre Saoulé, fille d’un père garde-voie, et leur petite habitation. En attendant la prochaine venue du train, celui-ci doit s’habituer au rudiment local et aux traditions loquaces de la petite famille.
Etienne apprend beaucoup aux côtés de ces gens simples, mais son esprit est déjà ailleurs et il se doit de retourner à Almaty pour des raisons professionnelles. Petit à petit Saoulé et Etienne tombe réciproquement amoureux et le jeune français décide de l’emmener à la capitale pour peut être même partir en France. Le père au courant de rien, et en l’absence de sa fille, commence à s’inquiéter pour elle. Il décide alors de la chercher à Almaty et de la raisonner, mais apparemment Saoulé a déjà choisit sa voie.
Il est rare de voir en France un film kazakh et l’Express des Steppes nous en fait l’honneur en consacrant une partie du long métrage à notre beau pays par l’origine française du personnage principal interprété par François Labbé.
Dans un décor et un environnement superbe, le cinéaste Amanzhol Aitouarov touche par ses initiatives, de donner au monde une vision différente de ce que peut nous montrer les documentaires sur sa patrie d’origine.
Tiré d’un roman, L’Express des Steppes traite des relations entre un père et sa fille, mais aussi entre les kazakhs et les étrangers.
Entre fiction et documentaire, Amanzhol Aitouarov emploi des acteurs non professionnels et pour une fois,cela joue en sa défaveur.
En effet François Labbé jouant le rôle d’Etienne le français, a le mérite de dégager de son interprétation une énergie essentielle au long métrage, mais son côté fleur bleu, naïf offre une image tronquée des français et au cinéphile une irréaliste interprétation. A force d’exceller dans la gentillesse, le cinéaste kazakh donne à son public national une image pour le moins amusante au départ mais trompeuse sur le long terme. Et même vers le milieu du long métrage, Etienne se transforme en un bélître cherchant à ramener en France sa compagne sans passer par la case parentale.
Le Chant de l’exil, long métrage sur la mixité culturelle et le déracinement est considéré, à juste titre, comme l’une des meilleurs œuvres de Hong Kong. C’est toujours du particularisme que naquit les plus grand sentiments d’universalisme et l’épopée du Chant de L’Exil semble si particulière qu’elle nous touche tous de manière unanime. Hueyin, interprété par une excellente Maggie Cheung (à l’époque où elle prend de l’ampleur, encore inconnu des occidentaux), est l’incarnation même d’une nouvelle génération de femme en total désaccord avec sa mère d’origine japonaise, fervente gardienne des traditions séculaires.
Sur ce point Ann Hui exploite avec talents quelques portes ouvertes sur les différences européennes, chinoises (de Hong Kong) et japonaises. Européenne tout d’abord avec la jeunesse estudiantine de Hueyin, libre de parler comme elle le souhaite, d’agir comme elle le pense : en bref jouir d’une totale indépendance. Puis c’est le retour à Hong Kong, où la famille ne lésine pas sur la fierté, les traditions, le confucianisme. Enfin une escale au Japon, pays de respect, d’honneur, des sentiments dissimulés loin des débordements verbaux chinois.
Cette approche analytique des particularismes culturels, disséminés avec parcimonie tout au long de l’oeuvre, donne au Chant de L’Exil une résonance sans pareille.
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Sur ce dernier point, une césure brise le long métrage en deux : une première partie à la découverte de la steppe, l’autre sur le monde urbain, le futur Kazakhstan et l’improbable retour aux sources. Le cinéphile peut intégré une scission aussi forte lorsqu’il prend en considération la culture locale où le mariage demande du temps mais de là à lésiner la décision du père, si présent, si fort et fragile à la fois, il y a des raisons qui nous échappe.
D’ailleurs ce père brille de son caractère entre forte tradition familiale et ouverture au monde même si cette dernière caractéristique s’opère de manière coercitive par la venue de cet étranger français. Un funeste destin pourtant l’attend, car Saoulé semble un moment l’avoir oublié. Lors de ses retrouvailles avec la terre de ces ancêtres, Amanzhol Aitouarov s’essaie au déracinement mais en demi teinte en vue de la une brillante introduction au monde kazakh.
Ainsi même si tout n’est pas parfait, cette œuvre offre à la France une raison de se faire connaître des kazakhs et laisse envisager une plus grande fraternité entre nos deux nations.
D’une excellente scène d’humour sur le lait de jument, à une éphémère comédie entre la descente d’un train et le transport de pastèque, en passant encore par un tissu générationnel se déchirant face à l’arrivée d’un voyageur français, L’Express des Steppes se laisse dévorer des yeux et c’est bien là l’essentiel. |