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DES TEMPS ET DES VENTS
Avec :
Özkan Özen, Ali Bey Kayal, Elit Iscan
GENRE : DRAME HISTORIQUE
NOTE : 7.5/10
RESUME :

Un petit village pauvre, adossé aux rochers, et tourné vers une mer sublime, parsemé d’oliveraies sur ses flancs.

Les habitants du village sont des gens simples et laborieux. Ils vivent au rythme de l’air, de l’eau, de la nuit, du jour et des saisons. Les appels à la prière ponctuent cinq fois par jour la vie du village. Ils sont conscients qu’ils sont passagers tout comme les animaux, les arbres qui les entourent. Les parents élèvent les enfants comme ils l’ont été. Ils manifestent leur amour maladroitement et considèrent les châtiments corporels comme dictés par le ciel. Les pères ont toujours un fils préféré, les mères sont très dures avec leurs filles.

Le fils de l’imam, Omer, souhaite désespérément la mort de son père. Yakub est amoureux de la maîtresse d’école. Yildiz, tout en fréquentant l’école, essaie d’assumer tous les travaux de la maison que sa mère lui donne sans pitié.

Les enfants grandissent lentement en passant de la colère à la culpabilité et vice-vers.

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Cineasie.com n’a pas l’habitude de côtoyer les cinématographies du proche et moyen orient, voir même à proximité des portes de l’Europe.

Cependant les règles sont faites pour être enfreintes (je risque gros en disant ça) et des Temps et des Vents, projeté à Vesoul 2007 en vaut la chandelle.

Le long métrage de Reha Erdem (ancien étudiant de l’université Paris VII) s’ouvre sur une première scène symbolique où un homme tousse de manière continue, confirmant le début d’une forte maladie respiratoire.

De ces instants d’indélicatesses auditives, le spectateur sait d’ors et déjà que le film sera âpre, rêche et amer. C’est un style singulier, mais tout à l’honneur du cinéma turc.

Cet imam atteint par la toux est père d’un enfant, Omer, qui souhaite tous les jours sa mort. A chaque difficulté que la patriarche rencontre, ce fils aîné s’en réjouit jusqu’à imaginer les plus vils procédés pour le pousser vers son ultime souffle de vie.

Omer ne se sent pas très bien dans sa peau. Son père lui préfère son cadet, bien plus jeune mais plus assidu, affichant une scolarité exemplaire. Il se laisse glisser peu à peu vers l’oisiveté avec quelques camarades du village. Son papa n’hésite pas à le frapper, conséquence irrémédiable de ses erreurs juvéniles, qui poussera certaines femmes du village et particulièrement les grands mères à dire : « tous des enragés, ces pères ».

Il y a dans ces paroles incisives une résurgence de la société turque qui laisse à la rue et à sa providence l’éducation des enfants, tout en dénonçant avec virulence, la violence des hommes, qui, en battant leurs progénitures, transmettent un habitus dangereux.

Avec Yakup, le jeune Omer fume la cigarette et aime se reposer les après midi sous le feuillage de la nature.

C’est un peu son passe temps, un moyen de s’évader du monde si dur que sa famille lui impose.

Yakup est quant à lui face à des différends familiaux asymétriques à ceux d’Omer. En effet, le frère à son père a toujours été perçu comme le bon élément de la famille selon le grand père. Ce très vieil homme ne voit dans son fils (et père de Yakup) qu’un malheureux fainéant, incapable de cultiver la terres que ses parents ont si durement acquise. De fil en aiguille, le cinéaste dresse un portrait conflictuel de la sacro sainte structure familiale turque…

Alors que la société tend à donner une image positive du giron familial, Reha Erdem émiette cette doxa par un voyage à l’intérieur de la composite ottomane. Avec ce long métrage, le cinéaste excelle dans la représentation et dans le fantasme d’Omer à vouloir en finir avec son père, et ce, par tous les moyens possibles et inimaginables : piqûre de scorpion, le faire tomber du minaret, lui supprimer ses doses médicamenteuses ou bien encore le pousser de la falaise. Ces caricatures deviennent même un jeu pour le jeune turc, véritable offense à la respectueuse image du « père ».

La mise en scène, très étoffée malgré certaines longueurs et certaines incertitudes dans les réponses aux réflexions exposées, apporte un réel bagage technique et visuel efficace. Les différents plans récurrents des enfants assoupis sous un parterre de feuilles sont des phases lyriques de haute volée et d’une originalité rare. Le réalisateur se joue aussi de certaines contraintes techniques en affichant une grande maîtrise dans une séquence où une jeune fille lâche dramatiquement le bébé qui lui était confié et où réside une fulgurante beauté cinématographique dans l’une des pires situations sociales du long métrage

De toute cette description analytique des Temps et des Vents, c’est bien la notion d’une vie monotone aux désaccords sociaux majeurs que le réalisateur essaie de démontrer. Sa virtuosité permet aux spectateurss de comprendre par les plus petits gestes de la vie quotidienne de ce village tous les rouages d’une société en développement entre tradition religieuse immuable et fuite en avant occidentale.

Ainsi dans une dernière image où les deux adolescents mélangeront leur sang pour devenir des frères, Reha Erdan rejoint les calques de leurs deux familles et achèvent Des Temps et Des Vents dans un admirable portrait d’une délectation précieuse.

HINOMURA - 2007

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