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Yoshimi Matsubara vient d'emménager
dans un nouvel appartement avec sa fille Ikuko, âgée
de six ans. Tout juste en conciliation de divorce, son besoin
de stabilité se fait pressant, son ex-mari, oppressant
et l'immeuble ancien dans lequel elles viennent d'emménager
apparaît comme une solution de fortune à cette
vie déjà bancale. A mesure que les jours passent,
l'ambiance devient inquiétante, des bruits à l'étage
inhabité du dessus et surtout cette eau, froide et malsaine
qui suinte du plafond, comme une présence. |
Hideo Nakata revient. Après
Ring 1 et
2 dont on s'était déjà émerveillé
que le deuxième volet soit meilleur que le premier, fait
suffisamment rare pour être mentionné, le voici
à nouveau dans son registre favori, le film d'épouvante,
la terreur psychologique à grandes économies d'effets
spéciaux. Dans ce film, il a réussi à faire
de l'eau le personnage principal, à lui intimer la force
terrifiante qui caractérisait Kozue, son précédent
personnage. De chacun des films de Nakata se dégage une
étonnante sensibilité féminine dans un
genre habituellement foncièrement masculin. Cette sensibilité
se trouve exacerbée dans Dark Water par la symbiose
magique entre les deux actrices qu'on dirait mère et
fille à la ville.
Hitomi Kuroki (Yoshimi Mastubara) et Rio Kanno (Ikuko)
se complètent et se nourrissent d'une même énergie
vitale contre l'élément aquatique destructeur
qui tend à les séparer. Ce qui confère
au film cette crédibilité, c'est avant tout la
situation familiale qu'elle dépeint. Yoshimi qui perçoit
la menace grandissante qu'on lui retire la garde de sa fille
devient, jour après jour, plus vulnérable à
la tension liquide qui s'immisce dans leur vie.
Jusqu'à endosser la responsabilité totale de ce
qui leur arrive, dans une scène visuellement très
proche de la scène du puits dans Ring.
Tout est féminin dans ce film, jusqu'à l'eau maléfique
qui entend tout à la fois avertir les protagonistes de
son pouvoir et les chasser de ce sanctuaire interdit où,
vécut il y a quelques années de cela une petite
fille et son père, à jamais séparés. |
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| Cet effet miroir, ce parallèle
antédiluvien, Nakata en joue jusqu'à épuisement,
jusqu'à confondre ses personnages dans les remous tumultueux
d'une eau putride. Les personnages masculins n'ont ici pour
fonction que d'empêcher le bonheur calme entre Yoshimi
et Ikuko. Même l'avocat bien intentionné qui venait
rétablir l'équilibre devient injoignable à
l'instant crucial. Ce qui fait la puissance de Dark Water,
ce n'est pas la subtilité de son scénario. Pour
qui sait nager un tant soit peu dans l'univers de Nakata, les
ressorts de la tragédie qui se joue sous ses yeux n'a
plus beaucoup de secret. Ce qui fait son style, sa personnalité,
c'est qu'il sait jouer et réinterpréter avec brio
toutes les cordes du genre. Du plan de dos, le champ contre-champ
furtif, du point de vue de la caméra dont on se demande
toujours s'il est celui, subjectif, d'une présence, aux
accords dissonants de Kenji Kawai déjà brillant
dans Avalon
d'Oshii qui montre ici qu'il peut composer une partition
angoissante, devenant un personnage à part entière.
Bref ce qui fait le talent de Nakata, c'est sa mise en scène,
sa facilité à s'entourer des bons partenaires,
sa façon de filmer, de Réa-lyser un scénario,
de le décomposer en ses éléments constitutifs
pour les faire jaillir sur l'écran de nos fantasmes. |
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| C'est malheureusement ce qui manque aux
studios américains qui tentent en vain de retranscrire
dans leur propre culture, avec leurs propres clichés
l'uvre du cinéaste. Lorsque l'on voit le nombre
des films de Nakata
dont les remakes sont actuellement en production, on peut légitimement
se poser la question : " Mais qu'est-ce qui les dérange
à ce point chez le japonais pour qu'ils refusent de voir
son uvre diffusée largement sur leurs écrans
? " Ce qui les arrange sûrement en revanche, c'est
le nombre d'entrées du dernier remake de Ring,
très pauvre et réchauffé. Sans vouloir
faire de l'anti-américanisme primaire, dans cette période
trouble, qu'est-ce que les jupes plissées des lycénnes
de Ring
(Nakata)
ont elles à envier à celles des collégiennes
du Cercle (la version réchauffée). Qui
pourra remplacer l'irremplaçable Hitomi Kuroki dans le
futur remake de Dark Water ? Qui pourra imiter l'inimitable
Hideo
Nakata pour donner à l'eau sombre
de la mort la même vitalité angoissante ? Alors
pour vous éviter d'aller perdre votre temps devant une
version liquéfiée, d'aller nager en eaux troubles
ne laissez pas passer celle de Nakata
limpide et puissante comme de l'eau de roche. |
| GALERIE |
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