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Death Trance Japon 2005 de Yûji Shimomura
Avec :
Tak Sakaguchi, Yôko Fujita, Ben Hiura, Kentaro Seagal,Takamasa Suga, Yûki Takeuchi
GENRE : Chambara Futuriste
NOTE : 7.5/10
RESUME :

Au cours d'une période futuriste,un combattant recherche toujours des combats lui permettant de développer ses compétences. Il est dit que dans un temple repose un tombeau que l'on dit magique. Certains avancent que celui qui l’ouvrira se verra accorder tout ce qu’il pourra souhaiter. D’autres y voient le sarcophage mais aussi la prison où il pouvait enfermer la déesse de la destruction. Toutes ces rumeurs ne s’accordent que sur un point: le sarcophage doit quitter son sanctuaire situé dans l’est, afin d’être transporté vers les forêts perdues de l’ouest, pour y être ouvert.

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:

Oyé braves gens, fans d'animés, de cinéma multiculturel dans un patchwork où les coutures ne sont jamais grossiérement cousues et pourtant si nippon .. De "Shinobi" à "The Princess Blade" en passant par "Versus", Shimomura va savoir vous donner ce que vous cherchez dans la direction d'acteur comme dans les chorégraphies magistrales qu'il maîtrise avec un souci de l'esthétsime et de l'impact physique plutôt que dans le sens du ballet Shaw Brothers ( auquel il reconnait néanmoins avoir puisé tous ses films cultes, "drunken master" restant son film fétiche ).

Encore faut-il que vous ayez la patience et le recul de ne pas l'amalgamer à un vulgaire plagiat de Kitamura. Il n'en est rien, il a participé à "Versus", et il est évident que ce film est au diapason avec son univers. Et puis il appartient à cette génération où l'appêtit "no-limits" disjoncté du XXI èeme siècle offre un pan entier de possibilités techniques et scénaristiques.

Il y a une impression de plagiat au départ. C'est évident : on pouvait craindre une sorte de "Versus 2", qui plus est sans le génie de Kitamura même avec le directeur de la chorégraphie des combats du film culte aux commandes. On craignait le pire, revoir Tak dans un rôle dont la personnalité est pratiquement identique à celle de celui de "Versus", un budget riquiqui.. une forêt bourrée de zombies, des obstacles à tout va en se trimballant, non pas une gentille humaine mais un moine. On dirait du "Versus" : ça a la couleur de Versus, le gout de "Versus", mais ce n'est pas "Versus".

La singularité de Shimomura repose dans son aptitude à syncrétiser toutes les valeurs nipponnes avec un emballage à l'image de celui qui fait vibrer la jeunesse de son pays mais, aussi, et là est la gageure, montrer aux séniors combien il est totalement japonais. Et il faut l'avouer : c'est totalement jouissif que de retrouver son univers habitant un film. Comme une continuité d'un monde idéal qu'un homme a su mettre sur pellicule. Il a, ce don de travailler uniquement avec les croyance snipponnes et d'en faire un spectacle furieusement plaisant. Expliquons rapidement les croyances japonaises afin de mieux décrypter le film de Shimomura.


A la base, le Japon vit dans une double tradition religieuse : le shinto et le bouddhisme (qui vient de la Chine au VI ème siècle). Dans le premier, "la voie des Dieux" on a un monde de croyances plutôt qu'une doctrine organisée comme dans le second. Les esprits de la nature, les dieux ancestraux et quelques hommes qu'on aurait divinisés forment le socle Il accorde une essence spirituelle à tous les êtres de l'univers, au monde des hommes comme à celui des animaux et de la flore. Dasns le "Shinto", pas d'éthique, pasde précepte à observer si ce n'est de satisfaire les "kami" (dieux) en leur faisant des offrandes et "en suivant le chemin de son coeur". Cette simplicté de culte via une religion sans morale ni idée explicite de l'au-delà qui expliquent finalement ce goût très nippon pour les matériaux bruts, les espaces boisés (là est le terrain de "Death Trance") et les rivières à l'eau claire.

D'un autre côté, le bouddhisme, plus intellectuel puisque venu de l'écriture. Avec lui, le cycle immuable des renaissances démontre que tout est éphémère et illusoire. L'être, dans sa vie d'homme, n'a donc qu'une existence anedoctique et limitée. Il faut échapper à la prison des passions et de l'ignorance et tuer en soi ce désir. On atteind alorsla dissolution dans le satori.

Grave et Ryuen, le moine incarnent à eux deux ces deux mouvances religieuses. Ils traversent une forêt peuplée de zombies qui sont des plus teigneux et qui permettent des combats dignes des jeux videos plutôt que de Liu-Chiang (pour parler du maître de la chorégraphie des arts martiaux). C'est un fait : Shimomura est cette

éponge qui absorbe ce que la jeunesse japonaise vit et rêve de vivre . Croyances shinto et bouddhistes, mangas, animés, avec les hommages ponctuels à la culture jeux-videos (totalement considérée en tant que tel au Japon) via une chorégraphie des combats dignes des "Tekken" (kapouera et catch sont de rigueur), speedée et si peu crédible quant à l'aisance de se relever après de tels coups offrent une dimension humoristique et fantastique au possible.

 

Shimomura n'omet donc pas les nouvelles combinaisons de genres préférées de la new generation : l'anticipation mêlée à l'horreur (puisque nous sommes la génération des "avenirs terribles"), l'humour, la dérision, style eastern-sushi (neologisme pour célébrer ce genre tout japonais qu'incarne Misumi ) mais en plus, totalement délirant. Comme d'habitude, on osera dire, Sakaguchi n’est pas le combattant hautement discipliné; impulsif, il est assez intelligent pour s’entourer d'hommes aussi habiles de leurs mains, à commencer par Kentaro Seagal (fils du Steven incontournable), à savoir Sid, un chasseur de prime avec une allure de rocker des années 50 mêlée à un un air très futuriste, et une femme mystérieuse mais furieusement habile de ses mains au combat : Yuri. Elle sait ce qu'il en est du sarcophage et de Grave, mais ne dit rien. Elle cherche désespérement à lui défendre l'accés au tombeau quand Ruyen tente de ramener à la raison cet homme qui se refuse à toutes croyances, cupide et téméraire. Il poursuit acharné, son chemin entêté à la recherche de ce cercueil où repose la déesse du Mal ..

Une galerie de combattants, donc, tous dotés d'un art particulier à l'image, encore une fois d'un jeu-vidéo du fait de la chorégraphie très "fantasque". Rien que son retour vaut déjà la peine de voir ce film. Possèdant toujours ce charisme, cette dérision et ce regard unique pour jouer le candide comme le suffisant, avec une posture, qui pour certains fera la preuve de la suffisance de Tak Sakaguchi , alors qu'il incarne avec excellence le parfait personnage de manga : solitaire, se voulant fort mais vulnérable au possible devant une femme comme une petite fille. Mis ces mauvaises langues sont souvent du genre masculin, on pourra compatire .. Non seulement, il est clair que Yushimura intégre la culture Kitamura qui finalement est en total diapason avec la jeunesse nipponne, mais en plus ses influences européennes dans un esthétisme singulier sont il faut le reconnaître non seulement belles mais des plus bien posées ...

Il faut décoller de "Versus" même si il est vrai que le réalisateur n'ose que peu nous détourner de ce film là ..

Si vous avez été totalement bluffés par le "Versus" de Ryuhei Kitamura, vous serez aux anges avec le "Death Trance" de Shimomura. L'humour, le style, le scénario alibi pour les délires les plus extrêmes, voilà le dessein commun des deux hommes. L’élève Shimomura surpasse le maître Kitamura dans le "sans limite", et insuffle à ce film une qualité de manga anachronique et insolite qui témoigne de l'aisance de cette nouvelle génération à réaliser des films speedés avec un budget ridicule (les Jam Films en sont un exemple paradigmatique). Une conglomération de genres parfaitement maitrisés (imaginez l'univers de Lynch mélé à celui de Misumi dans un style hype ), quelque chose de post-apocalyptique avec un univers de survie permettant une fantaisie (dans le sens du fantasme) et du fantastique. Ce film est un pur exercice visuel bourré de références à des cinémas qui ont marqués la nouvelle génération de cinéastes nippons : Lynch, Burton comme les Wachowski, mais aussi et surtout chez ses confrères que sont Misumi, Miike et Kitamura. Un film de samourai futuriste que ce "Death trance", quand "Versus" proposait un combattant lambda. Néanmoins, ici il y a un esthétisme que "Versus" n'offrait pas dans le genre "sophistiqué" mis plutôt sale et jouant le côté caméra réaliste, furieusement pressé d'en arriver à la bataille.

Shimomura prend plus son temps pour poser ses personnages et sa narration . Il y a bien un scénario, fantastique ici, et pourvoyant un éventail de couleurs et de tableaux magnifiques. Ajoutez à cela l'excellent Tak, qu'on adore ou que l'on déteste et qui sait parfaitement représenter ce "heros-loser" attachant et drôle.

Si vous êtes un(e) fan du film de zombies "Versus", de Ryuhei Kitamura, réjouissez-vous! Bien sûr, "Death Trance" n’est pas la suite tant attendue de ce carnage sur écran, mais c’est ce qui s’en approche le plus tout en allant plus loin. Il y a incontestablement un réel travail au niveau de l'image comme sur la mise en avant de la culture japonaise, les croyances expliquées plus haut permettent de comprendre aussi bien la fin que l'univers fantastique. Claque magistrale dans la lignée du speedé Kitamura, avec un Tak Shigamura qui sait, (mais joue t-il vraiment ?), interpréter sans pareil le héros solitaire, agaçant au possible, drôle et émouvant, combattant hors-pair mais sans manière, aucune .
N'ometons pas le versant "moral" de la fin du film .. la boîte de pandore (approche "Shinto") devant le vaniteux guerrier .. mais si véhément qu'il se relevera pour combattre encore (approche "Shinto" dans l'homme divinisé mais aussi "bouddhiste" puisque la vie n'est qu'un éternel recommencement..) et ainsi d'imaginer une suite à ce petit bijou qui est un régal pour les pupilles comme pour les zygomatiques. Une sorte de conte pour adulescents, génération des 15-40 ans qui y trouveront leurs repères. Et à ceux qui réchignent encore à soutenir cette nouvelle génération de cinéastes à la culture cinématographique totalement imbriquée aux nouvelles technologies qui sont ces éléments incontournables et qui appartiennent à notre siècle, on répondra .. "pensez à ceus qui vous disez "de mon temps , c'était mieux"".

Le refus de l'avenir qui va plus vite que l'avancée de notre entendement comme de notre ouverture est un frein à l'avancé intellectuelle. Il faut aller dans le sens de notre temps et voilà ce que propose cette génération de "hype" qui jamais n'omettent ni leur patrimoine... ni l'amour du cinéma qui constitue le socle du 7ème art. "Death Trance" c'est tout ce qui nous fascine dans l'univers japonais dans son versant "no-limits" et que nous n'avons jamais su devancer.

MATRIXA - 2007

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