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CYCLO de Tran Anh Hung Année 1995 - Genre : Drame
Avec Le Van Loc ,Tony Leung Chiu Wai
CYCLO : 1995 - GENRE : Drame - NOTE : 8/10
Résumé
En 1995, à Ho Chi Minh Ville, au Viêt-Nam, un cyclo se fait voler son instrument de travail qui lui permettait de gagner sa vie. Mais il ne lui appartenait pas et sera contraint de devenir une petite frappe auprès d'une famille mafieuse pour rembourser sa dette.
Ses délits, de plus en plus graves, le plonge dans une tourmente infernale. Seul un miracle peut le sauver .
CRITIQUE
Deuxième long métrage de Tran Anh Hung, réalisé en 1995 et récompensé par un Lion d'Or à Venise, Cyclo change radicalement de son grand frère.
L'Odeur de la Papaye Verte était tourné en studio alors qu'ici tout a été entièrement réalisé au Viêt-Nam, pour le plus grand plaisir de l'équipe du film :
" Le tournage du film à Ho Chi Minh Ville a été très excitant, et cette fois-ci je n'avais plus besoin de me demander à chaque plan si on croyait au Vietnam, puisqu'on y était vraiment.
Au début, on appréhendait toutes les scènes de rues, sauf Tran Anh Hung qui n'en avait jamais faite et qui était très excité par le côté aléatoire de ce genre de tournage.
"
Et une chose est sûre : cela se voit ! Les couleurs sont plus vives et plus envoûtante. Le grain granuleux des années 50 laisse place ici à une image réaliste et à un jeu de lumière innovant, spécifiquement travaillé selon les souhaits du réalisateur :
" L'idée était de briser cette notion sacro-sainte de l'unité de lumière. L'enjeu esthétique pour Cyclo était clairement d'aller beaucoup plus loin que L'odeur de la papaye verte avec des ruptures de style assez fortes dans le cadre. "
Et les qualités visuelles de ce film rivalisent aisément avec le travail de Christopher Doyle, connu pour ses prouesses photographiques chez le cinéaste Wong Kar Wai.
Comme Tran Anh Hung aime tant le faire, Cyclo s'attache aux relations sociales mais dans des thèmes encore inexplorés comme la relation entre un parent et son enfant, le domaine du travail et le clivage psychologique entre l'innocence et la violence. Le cinéaste donne sa vision :
" L'histoire se passe de nos jours à Ho Chi Minh Ville au Vietnam. Un jeune homme de dix-huit ans exerce le métier de cyclo. Ses parents sont morts. Il vit avec son grand-père et ses deux sœurs dans un quartier pauvre. Fidèle à la parole de son père, lui-même cyclo, mort dans un accident il y a un an, le cyclo s'efforce d'améliorer sa condition. Mais on lui vole son instrument de travail, véhicule qu'il loue à sa patronne qui a un fils fou de son âge
Pour rembourser ce véhicule, il est forcé de commettre quelques sabotages, et très vite il est pris dans l'engrenage du monde du crime. La puissance qu'il ressent face à l'impunité de ses actes et l'argent facilement gagné lui donnent l'envie de s'intégrer à la bande que dirige le poète (Tony Leung Chui Wai). Le poète, par pur hasard a déjà un lien avec le cyclo puisqu'il prostitue sa grande sœur. L'innocence devient un enjeu entre le cyclo, le poète et la sœur…
En arrivant à Ho Chi Minh-Ville en 1991 pour les repérages, j'ai été saisi par une sensation purement physique d'un rythme émanant de cette ville, d'une fatigue extrême de la population, comme une exténuation. Deux ans après, cette sensation a gardé toute son intensité et, secrètement, elle s'est mêlée à une question que j'avais en tête depuis longtemps : quelle est la nature du lien qui lie un enfant à son père ? J'avais là l'essentiel : l'indispensable sensation physique et le thème. Il me restait à trouver l'accessoire : l'histoire


Le cyclo - ici le terme désigne aussi bien l'homme que son instrument de travail - s'est naturellement imposé comme le meilleur véhicule qui soit puisqu'il est en mouvement. A travers lui, je pourrais parler du monde du travail, de la fatigue, de la transpiration, de la nourriture, de l'argent. C'est pour moi tout à fait nécessaire d'enraciner mon thème dans ce sol social et concret. Quand j'ai commencé à écrire cette histoire sur la parole du père, sur un cyclo qui se démène, je me suis aperçu que je faisais là un travail purement social. Et le social vire au constat et limite le champ de réflexion. C'est ainsi que j'ai eu recours à un autre personnage plus " analytique " que le cyclo.

Ce personnage " analytique " ne peut être qu'un poète car le regard d'un poète n'est pas explicatif mais énigmatique. Tout le long du film, le cyclo ne comprend pas le parcours qu'il accomplit. Pour aider le spectateur, il fallait un passeur. C'est l'innocence qui unit ces deux personnages. Parce que Le Poète a perdu la sienne en choisissant la voie du crime pour échapper à la médiocrité et à la pauvreté, il est attiré par le cyclo en qui il voit un être innocent. Et au lieu d'aider le cyclo à s'en sortir, car il en a le pouvoir, il choisit de le mettre à l'épreuve… Et il fait de même avec sa grande sœur sans connaître ce lien de famille.
Il prostitue La Sœur pour ressentir souffrance et consolation quand il entend ses larmes, face à un client qui l'humilie ; ces larmes représentent pour lui l'innocence au travail.
Il est désespéré quand il voit la joyeuse insouciance de La Sœur sortant de chez un client, et quand, il entend le cyclo dire son désir de s'intégrer à la bande. Et je voulais montrer cette violence avec une grande douceur. "
Tran Anh Hung se permet même de porter une critique acerbe sur le fonctionnement de la société vietnamienne dans le manque de travail, d'aide sociale et d'aide médicale.
Le travail est une référence sociologique pour tout homme. Sans emploi dans un pays comme le Viêt-Nam, on devient esclave de la misère. Le seul remède devient alors la criminalité, l'argent facile et la prostitution pour les femmes.
Le manque d'aide sociale, présent dès la phase d'introduction du film, montre à quel point cette région du monde a encore du retard sur les pays développés.
Enfin l'absence d'aide médicale, le manque de pharmacie, de docteurs et de médicaments (notamment pour le fils autiste de la patronne du cyclo) laisse perplexe quant aux domaines sensibles comme l'avortement ou les soins aux personnes âgées.
En suivant la descente aux enfers du cyclo, Tran Anh Hung laisse transparaître les souffrances perpétuelles et individuelles du Viet-Nâm. Pour le démontrer, le cinéaste a su laisser ses plans interminables hors-jeu afin de filmer le cyclo d'une manière plus dynamique, caméra à l'épaule.
Ces modifications, cette adaptation à un style plus laconique donne au long métrage une dimension rarement atteinte entre un visuel étourdissant et mise en scène malicieuse.
Plusieurs réflexions nourrissent alors notre cortex sur la relation entre le poète et la sœur du cyclo, la frontière entre l'innocence et la violence, les plaisirs de l'impunité et enfin les césures dans le tissu familial vietnamien.
La maîtrise et le savoir faire de Tran Anh Hung servit par des acteurs éblouissants (le trio Le Van Loc, Tony Leung Chiu-Wai, Tran Nu Yen-Khe est magique) nous donne toutes les réponses à nos questions et permet d'établir Cyclo comme une étape obligatoire dans l'apprentissage social et culturel du Viêt-Nam. Un film culte, tout simplement.
Propos recueillis par Lazennec Edition.
CYCLO : 1995 - GENRE : Drame - NOTE : 8/10

CRITIQUE


Cyclo fait partie de ces films qui représente le cinéma asiatique. On y retrouvera Tony Leung Chiu Wai présentant un personnage d'une certaine maturité aboutissant malgré lui à réaliser certaines choses liées au contexte et à la situation de la vie au Vietnam. Ce sont ces situations que Tran Han Hung cherche à dénoncer dans ce film, des situations violentes d'un pays dont une grande partie vie dans la pauvreté. On croise au travers des scènes beaucoup de thèmes, comme le meurtre, l'amour, la famille
... comme si le réalisateur avait souhaité nous montrer ce qu'est la réalité sans romancer quoi que ce soit. Ce film est à voir pour son réalisme et l'ensemble des thèmes abordés. Cyclo reste un incontournable du cinéma vietnamien.

 



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