On connaît tous Ann Hui pour être l’une des plus grandes réalisatrices asiatiques avec certainement Nin Ying pour la Chine continentale et Mira Nair pour l’Inde. Malheureusement ses œuvres des années 90 ont été peu dévoilés au grand public. Pour cette raison, le Festival de Vesoul donne la chance aux cinéphiles de découvrir ou de redécouvrir Le Chant de l’Exil, superbe long métrag,e loin des productions habituelles de Hong Kong .
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Ann Hui chante la vie d’ Hueyin, fraîchement sortie de ces études à Londres et qui doit rentrer à Hong Kong pour assister au mariage de sa petite sœur. Elle part ainsi son gré de la capitale britannique pour un retour aux sources. Mais depuis longtemps elle nourrit envers sa mère une haine réciproque. En effet depuis sa petite enfance, Heuyin a préféré ses grands parents que sa propre mère.
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Celle-ci d’origine japonaise a toujours caché sa nationalité à ses beaux parents pour ne pas s’attirer les foudres des quolibets racistes. Elle a aimé son mari mort trop jeune. Leur rencontre tient du miracle. Alors soldat pour le Guomindang, il rencontre une famille de japonais qui tente de rentrer au Japon car jadis installé dans le Nord Est de la Chine (petit rappel historique : A l’époque où la guerre sino-japonaise allait prendre une tournure catastrophique, nombres de pauvres japonais étaient envoyés par le Japon en Chine car cette population n’étaient pas capable de vivre sur l’île nippone et l’ont préféra les expédier comme expatriés afin de cultiver les terres chinoises.
Au lieu de les réprimander, il les sauva de leur misérable voyage et demanda à la fille Aïko, qui plus tard sera la mère de Hueyin, de rester avec lui. Elle accepta car elle en tomba immédiatement amoureuse. Aïko quitte donc ses racines, sa langue, pour suivre un homme par amour. Son apprentissage du cantonais (même si le film est tiré d’une pellicule en mandarin) ne se fait pas sans effort et c’est au prix de nombreux sacrifices qu’elle peut enfin se sentir chez elle. Seulement sa fêlure avec sa fille Hueyin, le mariage de la cadette et la mort prématurée de son mari, la laisse isolée, seule avec sa tristesse pour toute une vie. Elle décide alors de rentrer au Japon après plus d’une dizaine d’année passé à Hong Kong.
Sous le coup de la nouvelle, Hueyin, même en froid avec sa mère décide se reprend en main et part avec elle à la rencontre de sa famille nippone dont elle ne connaît rien.
Le Chant de l’exil, long métrage sur la mixité culturelle et le déracinement est considéré, à juste titre, comme l’une des meilleurs œuvres de Hong Kong. C’est toujours du particularisme que naquit les plus grand sentiments d’universalisme et l’épopée du Chant de L’Exil semble si particulière qu’elle nous touche tous de manière unanime. Hueyin, interprété par une excellente Maggie Cheung (à l’époque où elle prend de l’ampleur, encore inconnu des occidentaux), est l’incarnation même d’une nouvelle génération de femme en total désaccord avec sa mère d’origine japonaise, fervente gardienne des traditions séculaires.
Sur ce point Ann Hui exploite avec talents quelques portes ouvertes sur les différences européennes, chinoises (de Hong Kong) et japonaises. Européenne tout d’abord avec la jeunesse estudiantine de Hueyin, libre de parler comme elle le souhaite, d’agir comme elle le pense : en bref jouir d’une totale indépendance. Puis c’est le retour à Hong Kong, où la famille ne lésine pas sur la fierté, les traditions, le confucianisme. Enfin une escale au Japon, pays de respect, d’honneur, des sentiments dissimulés loin des débordements verbaux chinois.
Cette approche analytique des particularismes culturels, disséminés avec parcimonie tout au long de l’oeuvre, donne au Chant de L’Exil une résonance sans pareille.
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Mais l’essentiel se centre sur les relations mère fille véritable voûte architecturale du long métrage. Entre incompréhension caractérielle, puis rapprochement pour des raisons identiques que leurs exclusions culturelles, ces deux femmes de générations différentes se retrouvent bien plus solidaire qu’elles ne l’auraient pens .
Mais cela ne saurait dépouiller Le Chant de l’Exil de son imagerie superbe, de la formidable interprétation d’Aïko par Hsiao-fen Lu et des souffrances du déracinement.
Ainsi Le Chant de l’Exil mérite bien sa place dans le panthéon des plus belles oeuvres cinématographiques de Hong Kong.
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