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GENRE : Policier
NOTE : 6/10
RESUME :
L'inspecteur Lau (Tony Leung Chiu Wai) est un homme taciturne. Il n'hésite pas à utiliser sa femme et à sacrifier ses proches pour concrétiser ses ambitions personnelles. Son inférieur Chiu (Kaneshiro Takeshi) est un jeune flic fougueux, qui a un chagrin d'amour. Chiu enquête sur le meurtre d'un homme haut placé. Au cours de ses recherches, il fait la connaissance d'une mystérieuse jeune femme (Shu Qi), mène avec elle une histoire d'amour faite de faux-semblants. Des indices le poussent à s'intéresser aux agissements de son supérieur. L'amitié et l'amour résisteront-ils à l'épreuve de la vérité ?.
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Cela fait déjà quelques années que les fans du cinéma de Hong Kong dissertent et polémiquent sur le devenir d'un certain cinéma de genre, à savoir le polar, que cette île chinoise maîtrisait sans conteste avec les chefs de file comme John Woo, Ringo lam et Tsui Hark. Hong Kong a longtemps excellé dans l'art de travailler ce genre. Néanmoins, le départ de certains de ses cinéastes phares pour les sirènes américaines a laissé une place bien vide durant quelques années. Ceci ayant d'ailleurs permis à Johnnie To de s'essayer plus sérieusement à ce registre dans lequel il sait donner le meilleur ("The Mission", Breaking News", "A Hero never dies", "P.T.U"., "Election 1&2" ..) avec un style qui lui est devenu propre. Mais ne comptez que sur un seul homme ne permettait pas à la belle ville de continuer à régner sur cette base. Les U.S.A. semblant vouloir définitivement s'imposer sur tous les tableaux. |
| Souvenez-vous d'Infernal Affairs" (Law et Mak y ont aussi travaillé en tandem avec Felix Chong à l'écriture) et sa trilogie. Si le troisième opus n'a aucun intérêt, si ce n'est celui de prolonger un profit commercial engrangé par le succés des deux premiers, IA 1 et IA 2 ont surpris beaucoup d'entre nous au point d'être totalement optimistes quant à ce devenir du polar made in HK. Les Américains ont d'ailleurs vite repérés la petite pépite en l'adaptant pathétiquement sous le titre de "The Departed" ("Les Infiltrés"), avec un succés manifeste que l'on aura du mal à comprendre il est vrai, face à la densité d'un "Infernal affairs". Lau reconnaît lui-même qu'il a "[..] été déçu par le film de Scorsese, le scénario américain ayant détruit tout l’esprit du film original." |
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Suite à ce succés commercial international, Lau et Mak ne pouvaient que recommencer l'aventure sur un registre, ici, analogue.
Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, Lau et Mak ont fait appel à Felix Chong, une fois de plus, pour le scénario.
A l'affiche uniquement les stars du moment :Tony Leung, qui n'a plus rien à prouver quant à ses compétences d'acteur (de Wong Kar Waï à Tsui Hark en passant par Zhang yimou), Takeshi Kaneshiro, le beau gosse de la nouvelle génération qui symbolise à lui seul une union possible du Japon comme de la Chine et l'incontournable Shu Qi, objet de fantasme des prépubères comme des hommes plus mûrs. On penserait donc aisément à une brochette d'acteurs dite "bankable" qui permettrait un écho plus conséquent. Il pouvait paraître risqué néanmoins, du pur point de vue de la prestation, que Takeshi puisse interpréter un rôle si lourd.
Il est vrai que contrairement à Edison Chen, il ne souffre pas du syndrôme "belle gueule" malgré un physique avantageux. Avoir travaillé très vite avec To et Wong Kar wai l'a prévenu de l'étape difficile des films "guimauves". Néanmoins, l'attendre dans ce type de rôle n'était pas chose évidente. Les Wu Xia Pian féériques ("le secret des poignards volants") ou les films d'action-comédie comme ses interventions auteuristes ne laissaient pas soupçonner une capacité à interpréter un rôle loin d'être facile face à Tony Leung que nous savons tous excellent. En réunissant les deux acteurs, douze ans après "Chungking Express", les réalisateurs ont finalementment répondu au désir bilatéral de Leung et Kaneshiro de rejouer ensemble. |
Il fallait en plus d'une affiche commerciale, un vrai duo d'acteurs. Nous sommes donc rassurés :c'est le cas.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit pas simplement d'une bonne direction d'acteur, quoi que l'on doute que Tony Leung ait besoin de beaucoup d'aide. Son jeu et sa personnalité s'effacent doucement pour laisser la place à celui de Kaneshiro. Il est clair que Leung s'investit totalement dans les films où il joue. Il les porte et il les soutient de tout son jeu. "Confession of Pain" permet aussi à Takeshi de montrer définitivement qu'il fait partie intégrante de cette relève d'acteurs à gueule, virils et jouant avec magnificience le looser de notre époque. L'homme qui vit au jour le jour et subit son destin plus qu'il ne le dirige. On aurait pu imaginer la présence de Shu Qi à l'écran comme un handicap au film de par son jeu assez rigide, mais c'est habilement que Lau et Mak dirigent une Shu Qi qui excelle dans les rôles de lolita ou de la bimbo tout en légérete. ce choix, mercantile assurément, est cependant on ne peut plus pertinent dans le cadre d'un tel rôle. Plus faire valoir du personnage qu'interprète Takeshi, elle s'agite autour de notre héros et permet quelques jolies scènes. Mais les femmes sont loin d'être les éléments essentiels de ce film. |
| Il est patent que ce qui intéresse Lau et Mak c'est l'affrontement plus psychologique que brutal, les histoires d'hommes, le face à face de deux destins entremêlés, des hommes différents mais qui sont finalement en miroir (on songe alors à "Volte face", mais ceci va de soi, d'où pensez-vous que proviennent ces plans à 360 degrés ? Woo est un maître pour tous à Hk et il est difficile de ne pas être influencé par son travail magistral quant à la réalisation de plans où les affrontements sont de mise). Et dans "Confession of Pain" c'est en effet de cela qu'il s'agit.
Certains ont des femmes pour muses, d'autres des hommes .. les duos d'hommes, tout comme dans Infernal Affairs où Tony Leung et Andy Lau incarnaient sans le savoir ce duo, ici c'est avec Takeshi que Tony va avoir à faire. Avec "Confession of pain", il s'agit donc de confronter deux éthiques, deux représentations de la vie via deux destins très opposés. Il y a comme un petit goût de déjà vu. Pas seulement du point de vue scénaristique que certains ne détecteront peut-être pas, mais surtout dans la technique de réalisation. Les plans larges sur les toits, les sensations de vertige quant aux cercle de 360 degrés que réalisent parfois la caméra et surtout avec encore une fois cette manière, qui n'est plus unique à présent, de mettre en exergue le poids du passé chez un homme et l'incidence qu'il a sur son destin. C'est en ces termes que l'on définit la tragédie, et il s'agit d'une tragédie chinoise aux relans grecs sans conteste avec son cortège de dilemmes, d'affrontements fraternaux, de vengeance, de secrets, de haine et de passions.
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Mais lorsqu'ils deviennent répétitifs et gratuits, ils se vident de sens et deviennent lourds visuellement. Ce qui, malheureusement, est le cas de "Confession of pain". Là où "Infernal Affairs" offrait des plans extraordinairement justes quant à l'émotion suscitée, "Confession of pain" vous "canarde" de ces plans qui étaient là pour donner une densité à l'instant, et le vertige arrive très vite. La forme semble prendre le dessus, et le fond est soudain délaissé. La réalisation est donc bien inégale, oscillant entre la facture classique et la volonté du créatif (parfaitement maîtrisé dans Infernal affairs 1 & 2), supposée soutenir un propos, qui s'il apparaît passionnant au départ, en devient rapidement redondant puis finalement si évident qu'on a du mal à comprendre ces tergiversations.
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A la base, le scénario était plutôt bon. Il est clair que Felix Chong sait raconter des histoires d'hommes. Mais là où le bas blesse c'est que si les retournements de situation peuvent être des leviers très prolifiques en énigmes et interrogations, ils sont ici tristement prévisbles. Ajoutons à celà, ce soudain goût du pathos qui au lieu de créer l'empathie, agace par sa surenchère et son décalage avec les instants qui l'ont précédés. Le plus dur étant la fin. Pour deux raisons.
-D'abord, alors que nous avons déjà compris, il faut en plus écouter Tony Leung expliquer toute l'énigme. Comme si les réalisateurs craignaient le public comme déficient et qu'il fallait nécessairement réexpliquer ce qui de toute façon a été donné à voir et à entendre à plusieurs reprises. Le subtil n'est plus d'actualité contrairement à Infernal Affairs 1 1 et 2. Avec "Confession of Pain" le trio a décidé de répeter qui a fait quoi et comment.
-La démarche du film comme sa technique de réalisation qui semblent plus friandes de montrer nos deux héros noyés sous l'émotion et montrer des moments (très longs au niveau des plans) d'interrogation sur l'intérêt de leur vie. Et de nous ennuyer après une envolée qui promettait un vrai film d'hommes. Mais en outre, le plan très large puis rapproché sur ces deux hommes qui est supposé métaphoriser l'explosion d'une vérité perd tout son intérêt quant à ce qu'il va être dit. Nous le savions déjà. |
Néanmoins reste la surprise des prestations de ces deux acteurs que l'on estimera excellents mais malheureusement desservis par un scénario moins axé sur le sens, l'histoire, que les images et les plans mélangeant passé et instant présent pour illustrer les hypothèses ou les confessions des acteurs. Ces tableaux sont en effet pertinents mais à eux seuls ils ne peuvent donner une ossature consistante à ce film.
Au crédit de Lau et Mak de nous laisser voir une nouvelle facette du jeu de Tony Leung. La violence faisant partie intégrante du tableau, Tony la pratique sans émotion, brute, cruelle et impitoyable. et c'est là qu'elle interroge, qui plus est pratiquée avec un flegme assez déroutant. Certains la diront gratuite. Pour nous, elle sert plutôt à montrer les incidences de la haine et du traumatisme infantile.
Sachez que le projet d'une adaptation de "Confession of pain" par les Etats-Unis est déjà en cours. Malgré la déception de l'adaptation de son précédent film, Lau semble quand même intéressé par l'appât du gain et déclare : "[..]les négociations sont toujours en cours, mais je n’accepterais pas une offre en dessous de 1.5 millions de $. C’est la somme que j’ai reçue pour Infernal Affairs […]". Lau a d'ailleurs réaliser un film sous tutelle américaine en 2005 et qui sortira sur nos écrans en novembre 2007 "The Flock" avec Richard Gere, le genre : polar bien sûr. Malheureusement, au niveau du scénario, la "Lau team" a laissé la place à Hans Bauer (le très mauvais "Anaconda") et Craig Mitchell ("Highwaymen"). Nous posons un cierge afin qu'il ne s'aventure pas tel un Woo ou un Nakata pour s'auto-caricaturer et rapidement perdre l'illusion du rêve américain qui détruit toute individualité. |
MATRIXA - 2007
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